{"id":2355,"date":"2014-01-06T01:40:02","date_gmt":"2014-01-06T06:40:02","guid":{"rendered":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/?p=2355&#038;lang=fr"},"modified":"2019-02-27T15:29:32","modified_gmt":"2019-02-27T20:29:32","slug":"histoire-du-quartier-mile-end-prologue","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/histoire-du-quartier-mile-end-prologue\/","title":{"rendered":"Histoire du Mile End: Prologue"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #3c5610;\"><em> Avec cet article, M\u00e9moire du Mile End entreprend la publication d&#8217;une monographie sur l&#8217;histoire du quartier, r\u00e9dig\u00e9e par Yves Desjardins. M\u00eame si le quartier a fait l&#8217;objet de nombreux articles et \u00e9tudes, il n&#8217;existait pas jusqu&#8217;ici de synth\u00e8se de ces travaux; nous esp\u00e9rons combler ainsi cette lacune. Les \u00e9ditions du Septentrion ont publi\u00e9, au printemps 2017, une version corrig\u00e9e et mise \u00e0 jour de ce travail : <a href=\"https:\/\/www.septentrion.qc.ca\/catalogue\/histoire-du-mile-end\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Histoire du Mile End<\/a>\u00a0. L&#8217;auteur tient \u00e0 remercier ici son complice de MME, Justin Bur, pour ses nombreux conseils et son grand souci de rigueur; Joshua Wolfe, \u00e9galement membre du C.A. de MME, qui a accept\u00e9 d&#8217;en faire b\u00e9n\u00e9volement la traduction anglaise; Bernard Vall\u00e9e et Catherine Browne de \u00abMontr\u00e9al explorations\u00bb, deux \u00e9rudits passionn\u00e9s par l&#8217;histoire montr\u00e9alaise, pour leur travail de r\u00e9vision; l&#8217;historien Jean-Claude Robert pour ses corrections et ses commentaires toujours pertinents; les historiennes Mich\u00e8le Dagenais et Lucia Ferretti qui ont lu et comment\u00e9 des parties du manuscrit. Et enfin, Susan Bronson, pionni\u00e8re de la recherche contemporaine sur la passionnante histoire du Mile End. Il va sans dire que les \u00e9ventuelles erreurs n&#8217;engagent que la responsabilit\u00e9 de l&#8217;auteur.<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>Le quartier du Mile End, au nord-ouest du Plateau Mont-Royal, est un des hauts-lieux de la \u00abbranchitude\u00bb plan\u00e9taire,<a name=\"foot_loc_2355_1\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Simon Coutu, La vague \u00abhipster\u00bb d\u00e9ferle \u00e0 Montr\u00e9al, L&#8217;Actualit\u00e9, 24 mai 2012. En ligne\u00a0:\u00a0http:\/\/www.lactualite.com\/culture\/la-vague-hipster-deferle-a-montreal\/\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/histoire-du-quartier-mile-end-prologue\/#foot_text_2355_1\">1<\/a> incubateur de nouvelles tendances et de la sc\u00e8ne alternative, il est m\u00eame devenu un objet d&#8217;\u00e9tude universitaire.<a name=\"foot_loc_2355_2\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Norma M Rantisi, Deborah Leslie, Materiality and creative production: the case of the Mile End neighborhood in Montr\u00e9al, Environment and Planning, vol 42, no 12, d\u00e9c. 2010, pp. 2824-2841. En ligne : http:\/\/www.envplan.com\/abstract.cgi?id=a4310\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/histoire-du-quartier-mile-end-prologue\/#foot_text_2355_2\">2<\/a><\/p>\n<p>Pourtant, pendant pr\u00e8s d&#8217;un si\u00e8cle, le Mile End \u00e9tait avant tout un lieu de passage : point d&#8217;arriv\u00e9e de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;immigrants pour lesquels quitter ce quartier, associ\u00e9 \u00e0 la pauvret\u00e9 des d\u00e9buts, est souvent le but premier. Il s&#8217;y est d&#8217;abord form\u00e9 un village canadien-fran\u00e7ais, habit\u00e9 par une population qui avait elle-m\u00eame immigr\u00e9 des campagnes environnantes; une bonne partie de ses habitants travaillaient dans les carri\u00e8res de pierre adjacentes.\u00a0L&#8217;\u00e9difice Peck, au coin de Saint-Laurent et Saint-Viateur, symbolise bien les transitions subs\u00e9quentes en m\u00eame temps que la mutation actuelle du quartier : pendant des g\u00e9n\u00e9rations, il a abrit\u00e9 des vagues successives d&#8217;immigrants, juifs, italiens, grecs et portugais, travaillant pour un maigre salaire dans ses manufactures de v\u00eatements. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est le si\u00e8ge social canadien d&#8217;Ubisoft, avec sa faune multinationale de programmeurs, concepteurs et designers.<\/p>\n<p>Une plong\u00e9e dans les racines du quartier permettra de d\u00e9couvrir que c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette vocation de lieu de passage qui a contribu\u00e9 \u00e0 faire du Mile End un espace unique : d\u00e8s le d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la cohabitation de plusieurs groupes ethniques parlant de nombreuses langues, appartenant \u00e0 des classes sociales et \u00e0 des religions diverses y est la norme. \u00abNo mans land\u00bb coinc\u00e9 entre l&#8217;est canadien-fran\u00e7ais catholique et l&#8217;ouest anglo-protestant, le Mile End constitue un espace de m\u00e9tissage social et culturel o\u00f9 l&#8217;empreinte de ces g\u00e9n\u00e9rations est toujours visible.<\/p>\n<p>Ces vagues d&#8217;immigration peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9es ainsi :<\/p>\n<p>\u20141850\u20131890 : un village aux portes de la ville, d\u00e9j\u00e0 divis\u00e9 entre les secteurs est et ouest de la rue Saint-Laurent. \u00c0 l&#8217;est, une population d&#8217;ouvriers et d&#8217;artisans franco-catholiques vivant \u00e0 proximit\u00e9 de leur lieu de travail (surtout les carri\u00e8res); \u00e0 l&#8217;ouest, une zone agricole mais aussi une sorte de \u00abterrain de jeu\u00bb campagnard pour l&#8217;\u00e9lite anglophone qui y poss\u00e8de des villas, vergers, champs de course et terrains de chasse.<\/p>\n<p>\u20141890\u20131920 : la deuxi\u00e8me phase de la r\u00e9volution industrielle am\u00e8ne une urbanisation rapide de tout le secteur, qui reste largement ouvrier \u00e0 l&#8217;est alors que c\u00f4t\u00e9 ouest des promoteurs ambitieux veulent y d\u00e9velopper une banlieue pour la nouvelle classe moyenne des cols blancs (\u00abThe Annex\u00bb).<\/p>\n<p>\u20141920\u20131950 : la 2e vague de l&#8217;immigration juive, celle des \u00abdowntowners\u00bb venus d&#8217;Europe de l&#8217;Est, s&#8217;installe massivement dans le quartier, ce qui co\u00efncide avec un \u00e2ge d&#8217;or de la culture yiddish en opposition \u00e0 celle des \u00abuptowners\u00bb arriv\u00e9s au 19e si\u00e8cle, plus favorables \u00e0 l&#8217;assimilation \u00e0 la communaut\u00e9 anglophone.<\/p>\n<p>\u20141950\u20131980 : les Juifs laissent leur place aux nouvelles vagues d&#8217;immigration de l&#8217;apr\u00e8s-guerre : Ukrainiens, Grecs, Italiens et Portugais.<\/p>\n<p>\u20141980\u20132013 : la vague actuelle, qui peut \u00eatre qualifi\u00e9e de celle du \u00abretour\u00bb, car ce sont souvent les enfants de ceux qui ont quitt\u00e9 le Mile End qui y reviennent pour lui donner son caract\u00e8re contemporain.<\/p>\n<h3>Prologue : le quartier de mon p\u00e8re<\/h3>\n<p>Enfant des banlieues de l&#8217;apr\u00e8s-guerre et du baby-boom, j&#8217;ai grandi \u00e0 Laval dans un environnement o\u00f9 nous semblions tous identiques\u00a0: francophones et catholiques. Pourtant, nous avions des voisins juifs : les Heckler, anglophones et originaires d&#8217;Autriche. Plus vieux, je comprendrai qu&#8217;il s&#8217;agissait sans doute de r\u00e9fugi\u00e9s d&#8217;une Europe d\u00e9vast\u00e9e par la guerre et l&#8217;antis\u00e9mitisme. Nos relations \u00e9taient polies mais distantes; un de mes souvenirs d&#8217;enfant \u00e9tait de me rendre \u00e0 leur petite p\u00e2tisserie, seul commerce ouvert le dimanche dans tout le quartier.<\/p>\n<p>Mes parents, par contre, avaient grandi dans un environnement beaucoup plus pluriethnique : pour ma m\u00e8re, il s&#8217;agissait de Notre-Dame-de-Gr\u00e2ce, majoritairement peupl\u00e9 par la classe moyenne anglophone pendant l&#8217;entre-deux guerre, ce qui lui permit de devenir parfaitement bilingue. L&#8217;enfance et la jeunesse de mon p\u00e8re \u00e9taient plus associ\u00e9es \u00e0 la pauvret\u00e9 : il nous racontait un quartier pauvre et gris, marqu\u00e9 par le ch\u00f4mage massif de la grande crise des ann\u00e9es 30. Dans ses r\u00e9cits, ce quartier prenait une valeur mythique : comment, gr\u00e2ce aux \u00e9tudes et au travail, il avait r\u00e9ussi \u00e0 le quitter, ascension sociale confirm\u00e9e par le mariage avec ma m\u00e8re, issue d&#8217;une classe sociale sup\u00e9rieure, et par un environnement banlieusard, conforme \u00e0 l&#8217;\u00abAmerican dream\u00bb, qu&#8217;il pouvait offrir \u00e0 ses enfants. En m\u00eame temps, le r\u00e9cit de ses souvenirs d&#8217;enfance \u00e9voquait un univers beaucoup plus color\u00e9, vivant et tapageur, que l&#8217;uniforme banlieue o\u00f9 je grandissais; mais un univers \u00e9galement marqu\u00e9 par de profondes divisions sociales, accentu\u00e9es par les diff\u00e9rences de langue et de religion.<\/p>\n<p>Ce quartier, le Mile End, je suis all\u00e9 y vivre \u00e0 mon tour, \u00e0 partir de 1973, 20 ann\u00e9es apr\u00e8s que mon p\u00e8re l&#8217;eut quitt\u00e9. Je me souviens de son incompr\u00e9hension : son fils a\u00een\u00e9 retournait sur les lieux m\u00eame de la pauvret\u00e9 et de la mis\u00e8re qu&#8217;il avait fuies. Et c&#8217;est vrai qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque, le Mile End avait triste mine<a name=\"foot_loc_2355_3\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Nicole Durand, \u00c9tude descriptive des caract\u00e9ristiques du Mile-End, Plan de r\u00e9am\u00e9nagement social et urbain, document ron\u00e9otyp\u00e9, 1967. Associ\u00e9 aux d\u00e9buts des \u00abtravailleurs sociaux\u00bb, ce document est un bon exemple de l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 le quartier \u00e9tait per\u00e7u comme l&#8217;un des plus pauvres de Montr\u00e9al\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/histoire-du-quartier-mile-end-prologue\/#foot_text_2355_3\">3<\/a>\u00a0: \u00e9tudiant de 19 ans, j&#8217;occupais un 5 et demi, au modique loyer de 65.00$ par mois, sur la rue Saint-Viateur Est juste au coin de Saint-Laurent, en face de la manufacture de v\u00eatements Peck, aujourd&#8217;hui quartier-g\u00e9n\u00e9ral qu\u00e9b\u00e9cois d&#8217;Ubisoft. Le boulevard Saint-Laurent dans ce secteur, entre Mont-Royal et Bernard, \u00e9tait alors un quasi-d\u00e9sert urbain, avec de nombreux immeubles placard\u00e9s et quelques commerces juifs d&#8217;un autre \u00e2ge qui survivaient tant bien que mal\u00a0: abattoirs kascher, \u00e9piceries poussi\u00e9reuses, boutiques de tissus. Le cin\u00e9ma Verdi situ\u00e9 tout pr\u00e8s, fr\u00e9quent\u00e9 par la gauche intellectuelle des ann\u00e9es 60, venait de d\u00e9m\u00e9nager \u00e0 l&#8217;Outremont; le Lux, bar branch\u00e9 qui allait amorcer la \u00abgentrification\u00bb de tout ce secteur de la <em>Main<\/em>, n&#8217;allait ouvrir, dans un \u00e9difice abandonn\u00e9, que dix ans plus tard (figure 1).<\/p>\n<div id=\"attachment_2135\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/urbexplo\/4340074384\/in\/set-72157623292786854\/\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2135\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2135 \" title=\"Saint-Laurent et Fairmount, 1976\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/122413_1817_Notespourun1-600x323.jpg\" alt=\"Boulevard Saint-Laurent, au nord-ouest de Fairmount, printemps 1976.\" width=\"600\" height=\"323\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/122413_1817_Notespourun1-600x323.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/122413_1817_Notespourun1-1024x552.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/122413_1817_Notespourun1.jpg 1189w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2135\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1 : \u00c9difices abandonn\u00e9s, boulevard Saint-Laurent, au nord-ouest de Fairmount, printemps 1976. Le \u00abLux\u00bb allait occuper l&#8217;immeuble de gauche neuf ans plus tard. Photo de Philippe DuBerger<\/p><\/div>\n<p>Juste derri\u00e8re notre immeuble, la compagnie de chaussures <em>Yellow<\/em> s&#8217;appr\u00eatait \u00e0 d\u00e9truire un p\u00e2t\u00e9 de maisons entier pour y construire un stationnement\u00a0: une s\u00e9rie de triplex \u00e0 fa\u00e7ades de pierre grise qui, s&#8217;ils avaient surv\u00e9cu, transform\u00e9s en \u00abcondos\u00bb, se vendraient aujourd&#8217;hui des centaines de milliers de dollars chacun (Figure 2).<\/p>\n<div id=\"attachment_2136\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/urbexplo\/4383606463\/in\/photostream\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2136\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-2136 \" title=\"Saint-Dominique, 1976\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/122413_1817_Notespourun2-600x277.jpg\" alt=\"Rue Saint-Dominique, au nord de Saint-Viateur, printemps 1976. Photo de Philippe DuBerger\" width=\"600\" height=\"277\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/122413_1817_Notespourun2-600x277.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/122413_1817_Notespourun2-1024x474.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/122413_1817_Notespourun2.jpg 1280w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2136\" class=\"wp-caption-text\">Figure 2 : Rue Saint-Dominique, au nord de Saint-Viateur, printemps 1976. Photo de Philippe DuBerger<\/p><\/div>\n<p>L&#8217;ouest de Saint-Laurent, par contre, \u00e9tait beaucoup plus anim\u00e9. Sur les quelques rues allant jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;avenue du Parc plusieurs communaut\u00e9s se c\u00f4toyaient\u00a0: Italiens qui f\u00eataient chaque ann\u00e9e en juin sur Saint-Viateur le patron de leur r\u00e9gion d&#8217;origine, \u00abSan Marziale\u00bb; Grecs, sans doute les plus nombreux alors, qui dominaient les rues Saint-Urbain, Esplanade et surtout Parc, o\u00f9 leurs commerces et restaurants foisonnaient; Portugais, dont le territoire principal commen\u00e7ait au sud de Saint-Joseph; et les Juifs bien s\u00fbr, particuli\u00e8rement \u00e0 l&#8217;approche de Jeanne-Mance, mais essentiellement Hassidims. Plusieurs des Juifs de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente, qui avaient quitt\u00e9 le quartier lors de la grande migration des ann\u00e9es 50, demeuraient propri\u00e9taires de nombreux duplex et triplex, mais essentiellement comme \u00abplacement\u00bb: ils louaient les logements minimalement entretenus aux nouveaux arrivants et \u00e0 des \u00e9tudiants comme moi. Et, lorsque le jeu n&#8217;en valait plus la chandelle, ils les revendaient \u00e0 des familles grecques et portugaises pour qui l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 marquait une premi\u00e8re \u00e9tape dans leur ascension sociale.<a name=\"foot_loc_2355_4\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Un film de l&#8217;ONF, tourn\u00e9 en 1973, Our street was paved with gold, t\u00e9moigne de cette mutation. Le cin\u00e9aste, Albert Kish, revisite le quartier o\u00f9 il a grandi pendant les ann\u00e9es 50. Quelques commer\u00e7ants juifs sont toujours pr\u00e9sents, mais ce sont les Grecs et les Portugais qui dominent maintenant les rues de son enfance\u00a0: http:\/\/www.nfb.ca\/film\/our_street_was_paved_with_gold\/\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/histoire-du-quartier-mile-end-prologue\/#foot_text_2355_4\">4<\/a><\/p>\n<p>Cette communaut\u00e9 juive \u00e9tait pourtant au c\u0153ur des r\u00e9cits de mon p\u00e8re \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de sa propre jeunesse : le triplex de ma famille, celui de la \u00abtaverne de la veuve Wilson\u00bb, situ\u00e9 sur Laurier imm\u00e9diatement \u00e0 l&#8217;est de l&#8217;avenue du Parc (figure 3), \u00e9tait \u00e9voqu\u00e9 comme un rare \u00eelot francophone au milieu d&#8217;un oc\u00e9an juif o\u00f9 le yiddish \u00e9tait la langue de la rue. En fait, nous disait-il, le quartier avait alors (entre 1930 et 1950) deux fronti\u00e8res bien distinctes : celle du boulevard Saint-Laurent, bien s\u00fbr, avec \u00e0 l&#8217;est les rues peupl\u00e9es d&#8217;ouvriers catholiques francophones et, \u00e0 l&#8217;ouest, les rues au c\u0153ur de la vie juive de l&#8217;entre-deux guerres, celles \u00e9voqu\u00e9e par Irving Layton et Mordecai Richler. Moins connue, et pourtant peut-\u00eatre encore plus herm\u00e9tique, la fronti\u00e8re de l&#8217;avenue du Parc : car de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, c&#8217;\u00e9tait Outremont, la ville de l&#8217;\u00e9lite canadienne-fran\u00e7aise. Une des anecdotes les plus color\u00e9es de mon p\u00e8re concernait l&#8217;une de ses s\u0153urs : comment, apr\u00e8s \u00eatre all\u00e9e jouer avec des petites filles de son \u00e2ge qui vivaient \u00e0 Outremont, ces derni\u00e8res s&#8217;\u00e9taient faites interdire de jouer de nouveau avec ma tante, parce qu&#8217;elle vivait du \u00abmauvais c\u00f4t\u00e9\u00bb de l&#8217;avenue du Parc.<\/p>\n<p>Mais les principales histoires de mon p\u00e8re concernaient surtout la cohabitation avec les Juifs. Il en tirait m\u00eame une fiert\u00e9 certaine\u00a0: son anglais acquis dans les jeux et les confrontations de rues, incluait des insultes en yiddish qui \u00e9maillaient son vocabulaire; aussi, son r\u00f4le de \u00abshabbat goy\u00bb qui obtenait de l&#8217;argent de poche en allant allumer et fermer les lumi\u00e8res pendant les jours de sabbat, et l&#8217;art de faire des \u00abdeals\u00bb, qui lui sera pr\u00e9cieux lorsque viendra son tour de faire des affaires. Mon p\u00e8re a quitt\u00e9 le Mile End en 1953 pour offrir la vie de banlieue\u00a0\u00e0 ses enfants : le triplex de l&#8217;avenue Laurier fut vendu au d\u00e9but des ann\u00e9es 70; la communaut\u00e9 juive \u2013 avec l&#8217;exception notable des Hassidims arriv\u00e9s surtout apr\u00e8s 1945 \u2013 a massivement d\u00e9sert\u00e9 le quartier lors des m\u00eames ann\u00e9es 50 pour s&#8217;installer \u00e0 Snowdon, Hampstead et C\u00f4te St-Luc. Comme pour mon p\u00e8re, le quartier \u00e9voquait surtout dans leurs m\u00e9moires la pauvret\u00e9 des d\u00e9buts au Canada.<\/p>\n<div id=\"attachment_2357\" style=\"width: 523px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/archivesdemontreal.ica-atom.org\/park-ave-looking-east-of-laurier-s-j-hayward-192;rad\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2357\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-2357 \" title=\"Parc et Laurier (v. 1920)\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Maxime-Jarry-rue-Laurier-570x600.jpg\" alt=\"Avenue du Parc, coin Laurier en regardant vers l'est, v. 1920 (Archives de la Ville de Montr\u00e9al \u2013 CA M001 VM098-Y-D1-P025)\" width=\"513\" height=\"540\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Maxime-Jarry-rue-Laurier-570x600.jpg 570w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Maxime-Jarry-rue-Laurier.jpg 798w\" sizes=\"(max-width: 513px) 100vw, 513px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2357\" class=\"wp-caption-text\">Figure 3 : Avenue du Parc, coin Laurier en regardant vers l&#8217;est, v. 1920 \u2013 Archives de la ville de Montr\u00e9al \u2013 CA M001 VM098-Y-D1-P025<\/p><\/div>\n<p>Plus que jamais, le Mile End semblait assumer son destin de quartier de transition o\u00f9 chaque nouvelle vague d&#8217;immigrants laisse son empreinte avant de c\u00e9der sa place \u00e0 d&#8217;autres nouveaux arrivants. Pour ma part, l&#8217;histoire du quartier, mais surtout celle de la cohabitation entre tous les groupes qui l&#8217;ont occup\u00e9 et comment cette cohabitation a model\u00e9 un espace urbain unique, m&#8217;a toujours fascin\u00e9.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec cet article, M\u00e9moire du Mile End entreprend la publication d&#8217;une monographie sur l&#8217;histoire du quartier, r\u00e9dig\u00e9e par Yves Desjardins. M\u00eame si le quartier a fait l&#8217;objet de nombreux articles et \u00e9tudes, il n&#8217;existait pas jusqu&#8217;ici de synth\u00e8se de ces travaux; nous esp\u00e9rons combler ainsi cette lacune. Les \u00e9ditions du Septentrion ont publi\u00e9, au printemps [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":2357,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[25],"tags":[20,33],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2355"}],"collection":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2355"}],"version-history":[{"count":40,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2355\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4988,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2355\/revisions\/4988"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2357"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2355"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2355"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2355"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}