{"id":2498,"date":"2014-02-20T11:54:47","date_gmt":"2014-02-20T16:54:47","guid":{"rendered":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/?p=2498&#038;lang=fr"},"modified":"2022-10-14T15:24:13","modified_gmt":"2022-10-14T19:24:13","slug":"chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/","title":{"rendered":"Chapitre 2 : De la Tannerie des B\u00e9lair au village de C\u00f4te-Saint-Louis"},"content":{"rendered":"<p>Le premier hameau qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 sur un territoire auparavant uniquement occup\u00e9 par des fermes \u00e9tait situ\u00e9 \u00e0 l\u2019intersection des actuelles rues Mont-Royal et Henri-Julien. On l\u2019a surnomm\u00e9 <i>village de la tanneries des B\u00e9lair<\/i>, en raison de la dynastie familiale qui s\u2019est install\u00e9e l\u00e0.\u00a0Jean-Louis Plessis dit B\u00e9lair, n\u00e9 en France en 1678, a appris le m\u00e9tier dans son pays natal. En 1710, l\u2019intendant veut mettre fin au monopole exerc\u00e9 par les familles qui poss\u00e8dent les deux seules tanneries de Montr\u00e9al (les Delauney et les Barsalou). Il accorde donc \u00e0 Plessis le droit d\u2019exercer lui aussi ce m\u00e9tier. Apr\u00e8s avoir lou\u00e9 ses services \u00e0 d\u2019autres entrepreneurs, Jean-Louis Plessis a accumul\u00e9 suffisamment de capital en 1714 pour acheter son propre terrain et y \u00e9tablir sa tannerie.<a name=\"foot_loc_2498_1\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" \u00c0 ce sujet, voir\u00a0: Peter N. Moogk, Jean-Louis Plessy dit B\u00e9lair,\u00a0Dictionnaire Biographique du Canada en ligne\u00a0:\u00a0http:\/\/www.biographi.ca\/009004-119.01-f.php?&amp;id_nbr=1594 .\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_1\">1<\/a><\/p>\n<p>Il acquiert huit arpents en superficie au coteau Saint-Louis, au prix de 600 livres. Sur ce lopin de terre, \u00e0 l&#8217;emplacement d&#8217;un ruisseau, B\u00e9lair fait construire par un maitre charpentier un moulin \u00e0 tan avec une roue \u00e0 eau. Lorsque B\u00e9lair y installe sa tannerie, le secteur est pratiquement d\u00e9sert. Mais il est sur le point de devenir plus accessible gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ouverture, en 1717 par les Sulpiciens, d&#8217;un \u00abgrand chemin du Roy\u00bb \u2014 l\u2019actuel boulevard Saint-Laurent \u2014 destin\u00e9 justement \u00e0 favoriser la communication avec les terres nouvellement ouvertes au milieu de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>Deux raisons expliquent le choix du site : les tanneries doivent se tenir loin de la ville, car les activit\u00e9s li\u00e9es au traitement des peaux brutes g\u00e9n\u00e8rent de fortes odeurs, et elles ont \u00e9galement besoin de beaucoup d\u2019eau; un ruisseau, venant de la montagne, se trouvait justement \u00e0 cet endroit.<a name=\"foot_loc_2498_2\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Pour comprendre comment ce m\u00e9tier \u00e9tait pratiqu\u00e9 : Jocelyne Perrier,\u00a0Les techniques et le commerce de la tannerie \u00e0 Montr\u00e9al au XVIIIe si\u00e8cle,\u00a0Scienta Canadensis : revue canadienne d&#8217;histoire des sciences, des techniques et de la m\u00e9decine, vol. 24, 52, 2000, p. 51-72. En ligne : http\/\/id.erudit.org\/iderudit\/800415ar\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_2\">2<\/a>\u00a0La portion du chemin qui relie les tanneries \u00e0 la ville, via le chemin Saint-Laurent, sera d\u2019ailleurs d\u2019abord connue sous le nom de \u00abchemin des Tanneries\u00bb. C\u2019est aujourd\u2019hui une partie de l\u2019avenue du Mont-Royal.<\/p>\n<p>Mais si les Plessis-B\u00e9lair furent les premiers \u00e0 s\u2019installer dans le secteur, ils n\u2019y rest\u00e8rent pas longtemps seuls. En 1742, son fils Charles, qui a repris la gestion de la tannerie, poursuit une autre famille de tanneurs \u00e9tablie \u00e0 proximit\u00e9, les Robreau dit Duplessis, pour avoir d\u00e9tourn\u00e9 le ruisseau alimentant l\u2019entreprise familiale.<a name=\"foot_loc_2498_3\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Proc\u00e8s entre Charles Plessis dit B\u00e9lair, fils, demandeur, et Pierre Robreau dit Duplessis, marchand et tanneur, pour le d\u00e9tournement d\u2019un ruisseau.\u00a0BAnQ, TL4, S1, D4876\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_3\">3<\/a><\/p>\n<p>M\u00eame si le juge donne raison \u00e0 Charles, sa victoire sera de courte dur\u00e9e\u00a0: en 1749, il vend sa tannerie \u00e0 l\u2019entrepreneure Louise de Ramezay qui en confie la g\u00e9rance \u00e0 son concurrent, Pierre Robreau.<a name=\"foot_loc_2498_4\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" H\u00e9l\u00e8ne Par\u00e9,\u00a0Louise de Ramezay,\u00a0Dictionnaire Biographique du Canada en ligne\u00a0: http:\/\/biographi.ca\/009004-119.01-f.php?id_nbr=2137\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_4\">4<\/a> Il y a probablement aussi eu r\u00e9conciliation entre les deux familles car, entre-temps, Robreau a \u00e9pous\u00e9 Marie-Louise Plessis-B\u00e9lair, la fille de Jean-Louis et la s\u0153ur de Charles.<a name=\"foot_loc_2498_5\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" On retrouve la trace de ce mariage gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9claration de tutelle de leur enfant mineur, apr\u00e8s leurs d\u00e9c\u00e8s\u00a0: BAnQ, CP601, S5, D1730. Pour les liens familiaux entre les Robreau et les Plessis-B\u00e9lair, voir\u00a0:\u00a0http:\/\/www.nosorigines.qc.ca\/GenealogieQuebec.aspx?genealogy=Jean-Louis_Plessis&amp;pid=4030&amp;lng=en\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_5\">5<\/a><\/p>\n<p>Vers 1750, Charles ach\u00e8te d&#8217;autres terres \u00e0 proximit\u00e9 de la tannerie, et aussi une longue bande \u00e9troite, situ\u00e9e juste \u00e0 l\u2019ouest des actuelles rues Sainte-\u00c9lisabeth et Laval, qui part des limites de la ville fortifi\u00e9e, traverse le faubourg Saint-Laurent vers le nord et escalade la c\u00f4te \u00e0 Baron, l\u2019actuelle rue Sherbrooke.<a name=\"foot_loc_2498_6\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Alan M. Stewart,\u00a0Settling an 18th Century Faubourg\u00a0: Property and Family in the Saint-Laurent Suburb, 1735-1810,\u00a0MA (histoire), Universit\u00e9 McGill, 1988, p. 14-15.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_6\">6<\/a> Dans une \u00e9tude sur le d\u00e9veloppement du faubourg Saint-Laurent, Alan M. Stewart indique que la famille s\u2019enrichira \u00e9galement en lotissant les terres qu\u2019elle poss\u00e8de \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du faubourg.<\/p>\n<p>Chose certaine, en 1781, les deux familles sont d\u00e9j\u00e0 bien implant\u00e9es sur le coteau Saint-Louis.<\/p>\n<p class=\"soustitre\">Le coteau Saint-Louis en 1781<\/p>\n<p>Nous le savons parce que cette ann\u00e9e-l\u00e0, les seigneurs de Montr\u00e9al \u2013les Messieurs de Saint-Sulpice- font un aveu et d\u00e9nombrement (c&#8217;est-\u00e0-dire une \u00e9num\u00e9ration des propri\u00e9t\u00e9s et des propri\u00e9taires) de leur domaine.<a name=\"foot_loc_2498_7\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Claude Perrault,\u00a0Montr\u00e9al en 1781, Payette radio, 1969, pp. 268-270 (il s\u2019agit de la transcription de la \u00abD\u00e9claration de fief et seigneurie de l\u2019isle de Montr\u00e9al\u00bb pr\u00e9par\u00e9e par le Sulpicien Jean Brassier).\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_7\">7<\/a><\/p>\n<p>Son contenu nous donne un aper\u00e7u de l\u2019\u00e9tat du vaste territoire du Coteau Saint-Louis, qui se situe au-del\u00e0 du faubourg Saint-Laurent et s\u2019\u00e9tend jusqu\u2019\u00e0 la limite de la paroisse de Montr\u00e9al, pr\u00e8s de l\u2019actuelle rue Jean-Talon. On y d\u00e9crit un espace partag\u00e9 entre 20 propri\u00e9taires, dont deux communaut\u00e9s religieuses, les Demoiselles de la charit\u00e9 (S\u0153urs grises) et les Religieuses hospitali\u00e8res (H\u00f4tel-Dieu). Ces derni\u00e8res y poss\u00e8dent, dans le secteur ouest adjacent \u00e0 la montagne, dit la terre de la Providence ou Mont Sainte-Famille, cent cinquante arpents, compos\u00e9s de taillis, terres en friches et de terres labourables. Sauf pour deux vergers (dont l\u2019un contient un pressoir \u00e0 cidre), les terres de leurs voisins (Dumeyniou, Lepailleur, h\u00e9ritiers Caron, etc.) sont d\u00e9crites comme constitu\u00e9es de friches, \u00abfredoches\u00bb (fardoche) et taillis. On peut donc penser que, tout comme les communaut\u00e9s religieuses qui r\u00e9sident encore \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des limites de la ville fortifi\u00e9e, ces propri\u00e9taires utilisent les terres surtout pour leurs ressources arboricoles, sans y r\u00e9sider. Ainsi, un acte notari\u00e9 nous apprend que les Religieuses hospitali\u00e8res exploitent un four \u00e0 chaux, aliment\u00e9 par le bois qu\u2019elles font couper sur ces terres.<a name=\"foot_loc_2498_8\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Requ\u00eate en ce qui concerne la terre de la Providence, cit\u00e9 par Nicole Valois, Analyse paysag\u00e8re de l\u2019arrondissement naturel et historique du Mont-Royal, Ville de Montr\u00e9al, Juin 2010, p. 27.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_8\">8<\/a><\/p>\n<p>Vers l\u2019est,\u00a0une fois travers\u00e9 l\u2019actuel boulevard Saint-Laurent, la situation est toute autre. Les clans Plessis-B\u00e9lair et Robrau-Duplessis y poss\u00e8dent huit propri\u00e9t\u00e9s et cinq tanneries. Un hameau s\u2019est form\u00e9 car, en plus des tanneries, on y d\u00e9nombre maisons, granges et \u00e9tables. Connu avant la fin du 18e si\u00e8cle sous le nom de \u00abvillage de la Tannerie des B\u00e9lair\u00bb, c\u2019est le premier village \u00e0 \u00e9merger sur le plateau qui domine la ville au nord du faubourg Saint-Laurent. Et si ce sont les activit\u00e9s li\u00e9es aux tanneries qui donnent naissance au village, c\u2019est une autre activit\u00e9, l\u2019exploitation des carri\u00e8res de pierre, qui en favorisera la croissance tout au long du 19e si\u00e8cle.<\/p>\n<div id=\"attachment_2494\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Tannerie.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2494\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2494\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Tannerie-600x582.jpg\" alt=\" La tannerie des B\u00e9lair, intersection des rues Tannerie (Mont-Royal) et Rabain (Henri-Julien). La ligne bleue indique le ruisseau en provenance du Mont-Royal qui la traversait. Fortifications Survey, 1869. Biblioth\u00e8que et Archives Canada.\" width=\"600\" height=\"582\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Tannerie-600x582.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Tannerie.jpg 791w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2494\" class=\"wp-caption-text\">La tannerie des B\u00e9lair, intersection des rues Tannerie (Mont-Royal) et Robin (marqu\u00e9e \u00abRabain\u00bb; devenue Henri-Julien). La ligne bleue indique le ruisseau en provenance du Mont-Royal qui la traversait. <a href=\"https:\/\/bac-lac.on.worldcat.org\/search?databaseList=638&amp;queryString=se:Fortification%20surveys%20Canada\"><em>Fortification Surveys<\/em><\/a>, 1869. Biblioth\u00e8que et Archives Canada.<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_2496\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/JMC_305_avenue_du_Mont-Royal_Est.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2496\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2496\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/JMC_305_avenue_du_Mont-Royal_Est-600x419.jpg\" alt=\"Maison des Jeunesses musicales du Canada, qui occupe aujourd'hui un emplacement tout pr\u00e8s de celui de la tannerie. (Wikimedia Commons)\" width=\"600\" height=\"419\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/JMC_305_avenue_du_Mont-Royal_Est-600x419.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/JMC_305_avenue_du_Mont-Royal_Est.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2496\" class=\"wp-caption-text\">La maison des Jeunesses musicales du Canada (ancienne clinique Laurier), qui occupe aujourd&#8217;hui un emplacement tout pr\u00e8s de celui de la tannerie. (Wikimedia Commons)<\/p><\/div>\n<p class=\"soustitre\">Les carri\u00e8res<\/p>\n<p>L\u2019existence d\u2019une veine de pierre calcaire grise jouera un r\u00f4le clef dans la pr\u00e9-urbanisation du secteur. Elle \u00e9tait utile aux tanneries : la chaux qu\u2019on fabriquait \u00e0 partir de la combustion de roches calcaires \u00e9tait employ\u00e9e dans un bain qui \u00e9liminait les poils des peaux de b\u00eates qu&#8217;on allait tanner.\u00a0Mais cette pierre a aussi \u00e9t\u00e9 surtout utile en construction, car elle sera utilis\u00e9e dans la plupart des \u00e9difices publics montr\u00e9alais construits au 19<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. En 1823, d&#8217;ailleurs, un Plessis-B\u00e9lair propose aux marguilliers de la paroisse Notre-Dame de leur fournir de la pierre pour la construction de la nouvelle \u00e9glise.<a name=\"foot_loc_2498_9\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Olivier Maurault,\u00a0La paroisse, Histoire de l\u2019\u00e9glise Notre-Dame de Montr\u00e9al,\u00a0Mercure de France, 1929, p. 79. Moses Knapp, voisin des Plessis-B\u00e9lair, y participe aussi (p. 85).\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_9\">9<\/a>\u00a0Ces activit\u00e9s attirent sur le coteau Saint-Louis une communaut\u00e9 d\u2019ouvriers et d\u2019artisans qui travaille dans les tanneries et les carri\u00e8res environnantes.\u00a0Le chemin des Tanneries (devenu rue des Carri\u00e8res vers 1875) se poursuit vers le nord; son trac\u00e9 qui \u00e9pouse le contour sinueux des diff\u00e9rentes carri\u00e8res au fur et \u00e0 mesure de leur exploitation, se d\u00e9marque du trame orthogonal dominant qui sera adopt\u00e9 pour les lotissements urbains du Plateau Mont-Royal.<a name=\"foot_loc_2498_10\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Isabelle Caron,\u00a0Des m\u00e9moires \u00e0 \u00abexcaver\u00bb\u00a0: interpr\u00e9ter la pr\u00e9sence des carri\u00e8res de pierre grise \u00e0 Montr\u00e9al,\u00a0Journal de la Soci\u00e9t\u00e9 pour l\u2019\u00c9tude de l\u2019Architecture au Canada, vol 27, nos 3-4, 2002, pp. 14-29.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_10\">10<\/a><\/p>\n<p>Jacques Viger, connu surtout comme inspecteur des chemins de 1813 \u00e0 1840 et comme premier maire de Montr\u00e9al (1833-1836) r\u00e9alisa un grand nombre d\u2019\u00e9tudes et de rapports sur la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019administration montr\u00e9alaise de son \u00e9poque. Il est responsable d\u2019un recensement tenu en 1825 dans lequel il d\u00e9nombre 116 personnes au village des B\u00e9lair, dont une majorit\u00e9 de journaliers (35).\u00a0M\u00eame si certains d&#8217;entre-eux sont peut-\u00eatre des engag\u00e9s dans les fermes environnantes, la majorit\u00e9 est\u00a0employ\u00e9e dans les carri\u00e8res.\u00a0Parmi les autres m\u00e9tiers recens\u00e9s, on note 5 agriculteurs (ainsi qu&#8217;un \u00abparc \u00e0 vaches\u00bb contenant 99 animaux), 1 forgeron, 2 ma\u00e7ons et 1 aubergiste. Viger compte 24 maisons, dont \u00abune grande tannerie en pierre\u00bb et note la pr\u00e9sence d\u2019un magasin.<a name=\"foot_loc_2498_11\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" D\u00e9nombrement du Comt\u00e9 de Montr\u00e9al fait en 1825 par MM Louis Guy et Jacques Viger, BAnQ, P694. Selon Jean-Claude Robert, la proportion des journaliers y est de 61%\u00a0: Aper\u00e7u\u00a0sur les structures socioprofessionnelles des villages de la r\u00e9gion nord de Montr\u00e9al durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle,\u00a0Cahiers de g\u00e9ographie du Qu\u00e9bec, vol. 28, no 73-74, 1984, p.69.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_11\">11<\/a><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_2503\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Carri\u00e8res.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2503\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2503\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Carri\u00e8res-600x383.jpg\" alt=\"\u00abSketches in the Montreal Quarries\u00bb, Canadian Illustrated News, 1877 (BAnQ)\" width=\"600\" height=\"383\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Carri\u00e8res-600x383.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Carri\u00e8res-1024x654.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Carri\u00e8res.jpg 1172w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2503\" class=\"wp-caption-text\">\u00abSketches in the Montreal Quarries\u00bb, Canadian Illustrated News, 1877 (BAnQ)<\/p><\/div>\n<p>Le m\u00eame Viger, comme responsable de l\u2019inspection et de l\u2019entretien des chemins publics, nous a laiss\u00e9 en 1840, un t\u00e9moignage pr\u00e9cieux sur le territoire qui allait devenir l\u2019est du Mile End.<a name=\"foot_loc_2498_12\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Jacques Viger,\u00a0Rapports sur les chemins, rues, ruelles et ponts de la cit\u00e9 et paroisse de Montreal, Lovell, 1840, 33 p.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_12\">12<\/a>\u00a0Aux fins de l\u2019administration des chemins, ce secteur est appel\u00e9 \u00abdivision Saint-Michel\u00bb; il est travers\u00e9 par le \u00abchemin Saint-Michel\u00bb, plus connu sous le nom du chemin des Tanneries (plus tard rue des Carri\u00e8res). L\u2019exploitation des carri\u00e8res y domine le paysage\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>C\u2019est principalement de la division St. Michel qu\u2019on tire la pierre de taille et autres pierres \u00e0 b\u00e2tisse, le sable et la chaux employ\u00e9s dans les constructions de la ville et de ses environs; ces belles et abondantes carri\u00e8res sont m\u00eame exploit\u00e9es pour les b\u00e2tisses de Qu\u00e9bec. En outre de ce roulage, pesant et destructeur, il y a encore celui, tr\u00e8s consid\u00e9rable, de toutes les voitures venant du nord de l\u2019Ile, et au-del\u00e0 par la route du Sault, d\u00e9bouchant dans la division de la Visitation. Le sol g\u00e9n\u00e9ral est ou rocheux, ou sablonneux et veule.<a name=\"foot_loc_2498_13\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Ibid. p. 21.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_13\">13<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Ce territoire jouxte, \u00e0 l\u2019ouest, une autre division, celle de Sainte-Catherine, et le chemin Saint-Laurent constitue la fronti\u00e8re entre ces deux territoires. \u00c0 cet endroit, l\u2019intersection o\u00f9 les chemins desservant les divisions de Saint-Michel et Sainte-Catherine se rejoignent et croisent \u00abla route en continuation de la rue Saint-Laurent\u00bb, soient les actuelles rues Mont-Royal et Saint-Laurent, en fait un carrefour fort achaland\u00e9 d\u00e9j\u00e0 appel\u00e9 \u00abMile End\u00bb. Viger d\u00e9crit de la fa\u00e7on suivante l\u2019\u00e9tat de la rue Saint-Laurent\u00a0plus au sud :<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>C\u2019est une rue extraordinairement fatigu\u00e9e par le roulage le plus pesant, celui des carri\u00e8res de la cit\u00e9, etc. C\u2019est le d\u00e9bouch\u00e9 de St. Michel, de St. Laurent [Ici, Viger veut dire la paroisse de Saint-Laurent situ\u00e9e dans le nord de l\u2019\u00eele], et de Sainte-Catherine, comme de tout ce qui vient de voyageurs des paroisses au-del\u00e0 de l\u2019Ile de ce c\u00f4t\u00e9, par les trois chemins sus-cit\u00e9s qui y aboutissent \u00e0 Mile-End.<a name=\"foot_loc_2498_14\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Ibid., pp. 7-8.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_14\">14<\/a><\/p><\/blockquote>\n<div id=\"attachment_2497\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Plan-Jobin-1834.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2497\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2497\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Plan-Jobin-1834-600x555.jpg\" alt=\"Andr\u00e9 Jobin, Carte de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al (extrait), 1834. BAnQ\" width=\"600\" height=\"555\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Plan-Jobin-1834-600x555.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Plan-Jobin-1834-270x250.jpg 270w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Plan-Jobin-1834.jpg 791w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2497\" class=\"wp-caption-text\">Andr\u00e9 Jobin, Carte de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al (extrait), 1834. BAnQ<\/p><\/div>\n<p>Viger sugg\u00e8re d\u2019ailleurs plus loin d\u2019imposer une taxe aux carri\u00e8res et un p\u00e9age sur le chemin Victoria (l\u2019actuelle avenue Papineau\u00a0: un chemin priv\u00e9, ouvert en 1810 par le notaire Joseph Papineau en mettant en vente les lots le longeant, et qui vient juste d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9 public), afin d\u2019y construire un \u00abchemin \u00e0 lisses\u00bb (tramway \u00e0 traction animale) qui permettrait le charroi des pierres de carri\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la Place de la Reine du faubourg Qu\u00e9bec, qui deviendrait alors le lieu de d\u00e9p\u00f4t de ces mat\u00e9riaux. Le tout, \u00e9videmment, pour d\u00e9sengorger le chemin Saint-Laurent.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tat des chemins qui relient ce village \u00e0 la ville constitue un enjeu important pour les propri\u00e9taires de carri\u00e8res. L\u2019entretien de ces chemins est d\u2019ailleurs au c\u0153ur de la gouvernance montr\u00e9alaise qui conna\u00eetra plusieurs r\u00e9organisations dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle.<a name=\"foot_loc_2498_15\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Pour en savoir plus \u00e0 ce sujet : Dany Foug\u00e8res, Les ann\u00e9es de dispersion et du m\u00eame auteur, Organisation et peuplement de l\u2019\u00eele \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de Montr\u00e9al 1840-1890, dans Histoire de Montr\u00e9al et de sa r\u00e9gion, Tome 1, PUL, 2012 pp. 307-387.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_15\">15<\/a><\/p>\n<p>Entre autres pour acheminer les lourds chargements de pierre vers la ville sur des routes carrossables, le syst\u00e8me des corv\u00e9es n\u2019est plus du tout ad\u00e9quat\u00a0: en 1840, le gouverneur confie donc la gestion des chemins \u00e0 des syndics (<i>Turnpike Trust) <\/i>qui organisent des barri\u00e8res \u00e0 p\u00e9age destin\u00e9es \u00e0 faire payer les usagers.<a name=\"foot_loc_2498_16\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Ce syst\u00e8me survivra jusqu&#8217;au 20e si\u00e8cle. \u00c0 ce sujet, Jean-Claude Robert, R\u00e9seau routier et d\u00e9veloppement urbain dans l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al au XIXe si\u00e8cle, dans Horacio Capel et Paul-Andr\u00e9 Linteau, dir. Barcelona-Montr\u00e9al, d\u00e9veloppement urbain compar\u00e9, pp. 104-106.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_16\">16<\/a><\/p>\n<p class=\"soustitre\">Le village de C\u00f4te Saint-Louis<\/p>\n<p>Avec l&#8217;activit\u00e9 des carri\u00e8res, le hameau s&#8217;est surtout d\u00e9velopp\u00e9 au nord de la tannerie, entre les actuelles avenue Laurier et rue Saint-Gr\u00e9goire : quelques maisons villageoises y ont d&#8217;ailleurs surv\u00e9cu jusqu&#8217;\u00e0 ce jour. En 1846, le village avec ses environs est incorpor\u00e9 sous le nom de Village de la C\u00f4te-Saint-Louis. Ses r\u00e9sidents deviendront c\u00e9l\u00e8bres dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19<sup>e<\/sup>si\u00e8cle, lorsqu\u2019ils seront connus sous le nom de \u00abPieds-Noirs\u00bb; nous en reparlerons. Quant aux familles Plessis-B\u00e9lair et Robreau, elles poss\u00e9deront des propri\u00e9t\u00e9s sur le coteau Saint-Louis pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, comme en t\u00e9moignent le livre de renvoi du premier cadastre de Montr\u00e9al en 1872 et diff\u00e9rentes cartes conserv\u00e9es \u00e0 la BAnQ.<a name=\"foot_loc_2498_17\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Louis Sicotte,\u00a0Extrait du livre de renvoi official de la paroisse de Montr\u00e9al,\u00a0La Minerve, 1872 et BAnQ, CA601, S16, SS1, D93; CA601,S40, SS2, D215.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_17\">17<\/a>\u00a0D\u2019ailleurs, en 1991, un journaliste de <i>La Presse<\/i> a interview\u00e9 un r\u00e9sident de la rue Mentana, Jean Plessis-B\u00e9lair, qui revendiquait fi\u00e8rement ses racines au c\u0153ur du Plateau!<a name=\"foot_loc_2498_18\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Jean-Pierre Bonhomme, Jean Plessis-B\u00e9lair ne quitterait pas la rue Mentana pour tout l\u2019or du monde, La Presse, 6 juillet 1991, p. A13.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_18\">18<\/a><\/p>\n<p>On peut \u00e9mettre l&#8217;hypoth\u00e8se que les propri\u00e9taires des carri\u00e8res du coteau ont pes\u00e9 lourd pour obtenir l\u2019incorporation en village, afin d\u2019obtenir un plus grand contr\u00f4le sur leur territoire. Dans son article sur les <i>Pieds-Noirs<\/i>, Robert Pr\u00e9vost \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>Le nombre des familles dans les environs devint assez consid\u00e9rable pour que les autorit\u00e9s songeassent \u00e0 leur donner une administration. Dans le d\u00e9but, le territoire fut administr\u00e9 par des commissaires, parmi lesquels on rel\u00e8ve les noms de MM. Godard Lapointe, \u00c9douard Cadorette et Jean Pr\u00e9noveau, avantageusement connu \u00e0 Montr\u00e9al comme entrepreneur et comme possesseur de riches carri\u00e8res dans la localit\u00e9. Ce hameau florissant ne pouvait rester sous le contr\u00f4le des fonctionnaires et, en 1846, les chefs de famille de la localit\u00e9, les Dupr\u00e9, les Martineau, les Potvin, les Lapointe, etc., song\u00e8rent \u00e0 l\u2019incorporation.<a name=\"foot_loc_2498_19\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Robert Pr\u00e9vost, L\u2019origine des Pieds-Noirs, Le Petit Journal, 27 mars 1938, p. 11.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_19\">19<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>En fait, comme le souligne Dany Foug\u00e8res, particuli\u00e8rement dans les mois entourant la cr\u00e9ation du village, le syst\u00e8me de gouvernance locale de la province est particuli\u00e8rement instable\u00a0: entre 1845 et 1855, dans la foul\u00e9e du rapport Durham, on instaure un syst\u00e8me municipal, on le d\u00e9fait, puis on en \u00e9tablit un nouveau. Sur le territoire de la paroisse de Montr\u00e9al autour de la ville, une vaste municipalit\u00e9, Hochelaga, est cr\u00e9\u00e9e le 18 juin 1845; moins d\u2019un an apr\u00e8s, le 9 juin 1846, Hochelaga est \u00e0 son tour subdivis\u00e9e en cinq municipalit\u00e9s, dont celle de la Visitation, qui verra son propre territoire amput\u00e9 de la partie \u00abcommun\u00e9ment appel\u00e9 village des Tanneries des B\u00e9lair\u00bb moins de cinq mois plus tard, soit le 14 octobre 1846.<a name=\"foot_loc_2498_20\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Une correction a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e le 20 octobre. Gazette du Canada, 24 octobre, 31 octobre, 7 novembre, 14 novembre 1846 (http:\/\/www.collectionscanada.gc.ca\/base-de-donnees\/gazette-du-canada\/093\/001060-119.01.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_20\">20<\/a> Ce nouveau village de la C\u00f4te-Saint-Louis comprend le territoire du coteau Saint-Louis des Sulpiciens \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la ville de Montr\u00e9al, augment\u00e9 d\u2019une bande sise entre la rue Saint-Hubert d&#8217;aujourd\u2019hui et le chemin Papineau, justement l\u00e0 o\u00f9 d\u2019importantes carri\u00e8res \u00e9taient situ\u00e9es. Ses fronti\u00e8res sont alors d\u00e9finies ainsi\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>Le village de la C\u00f4te Saint-Louis commun\u00e9ment appel\u00e9 \u00abLa Tannerie des Bellaires\u00bb, et formant partie de la municipalit\u00e9 de La Visitation, constitu\u00e9e et limit\u00e9e par le dit Statut du Canada de la neuvi\u00e8me Victoria, chapitre soixante-et-dix-huit, sera born\u00e9e comme suit: au sud-est, par les limites de la cit\u00e9 de Montr\u00e9al; au sud-ouest, par les limites de la municipalit\u00e9 de la C\u00f4te des Neiges;<a name=\"foot_loc_2498_21\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Cette municipalit\u00e9 de la C\u00f4te-des-Neiges, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re comme celle de la Visitation, inclut le territoire de la C\u00f4te Sainte-Catherine (Outremont). Elle s\u2019\u00e9tend au nord-est jusqu\u2019\u00abaux limites des terres de madame Nolan\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire jusqu\u2019\u00e0 la rue Hutchison actuelle.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_21\">21<\/a>au nord-ouest, partie par les limites de la paroisse de Saint-Laurent et partie par les bornes de la paroisse du Sault-au-R\u00e9collet; et au nord-est, partie par le chemin commun\u00e9ment appel\u00e9 Chemin Papineau, depuis les limites de la cit\u00e9 de Montr\u00e9al susdites, jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;intersection du chemin de la C\u00f4te de la Visitation; et de l\u00e0, par une droite ligne en prolongement du dit chemin, jusqu&#8217;aux limites de la paroisse du Sault-au-R\u00e9collet susdite.<a name=\"foot_loc_2498_22\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Gazette du Canada, op cit, \u00a0cit\u00e9 dans Serge Courville (dir.), Paroisses et municipalit\u00e9s de la r\u00e9gion de Montr\u00e9al au 19e si\u00e8cle (1825-1861), PUL, 1988, p. 115-117.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_22\">22<\/a><\/p><\/blockquote>\n<div id=\"attachment_2558\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1846.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2558\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2558\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1846-600x451.jpg\" alt=\"1846\" width=\"600\" height=\"451\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1846-600x451.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1846.jpg 680w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2558\" class=\"wp-caption-text\">Le village de la C\u00f4te-Saint-Louis et la ville de Montr\u00e9al, 1846.<br \/>Carte de base: Les c\u00f4tes de l&#8217;\u00eele de Montr\u00e9al, d&#8217;apr\u00e8s Jean-Charles B\u00e9dard (vers 1805) \u2013\u00a0Section d&#8217;arpentage, Travaux publics, Ville de Montr\u00e9al<\/p><\/div>\n<p>Cette nouvelle r\u00e9organisation du territoire sera \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. D\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, en 1847, le l\u00e9gislateur abolit toutes les municipalit\u00e9s \u2013 \u00e0 l\u2019exception des villes et villages incorpor\u00e9s \u2013 et les remplace par des comt\u00e9s. Les municipalit\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle des paroisses reviendront en 1855, pour de bon. Les seules municipalit\u00e9s ant\u00e9rieures \u00e0 1855 sur l&#8217;\u00eele de Montr\u00e9al sont donc la ville de Montr\u00e9al proprement dite, et le village de C\u00f4te-Saint-Louis.<\/p>\n<p>Pour expliquer comment C\u00f4te-Saint-Louis a pu obtenir et conserver son statut municipal, dans l\u2019\u00e9tat actuel des recherches, on ne peut avancer que des hypoth\u00e8ses. Car le reste de la paroisse \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9coup\u00e9 en c\u00f4tes et villages, m\u00eame si aucun ne b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une incorporation municipale. Jean-Claude Marsan explique dans son ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence sur l\u2019urbanisation de Montr\u00e9al que le syst\u00e8me de peuplement en c\u00f4tes, une \u00abunit\u00e9 de voisinage\u00bb<a name=\"foot_loc_2498_23\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Pour reprendre une expression de Jean-Pierre Collin, dans Histoire de l\u2019urbanisation de la paroisse de Montr\u00e9al, 1851-1941, INRS, mai 1984, ron\u00e9otyp\u00e9, p. 21.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_23\">23<\/a>, fait en sorte que ses r\u00e9sidents ont le sentiment d\u2019appartenir \u00e0 une communaut\u00e9 distincte, c\u2019est-\u00e0-dire \u00abl\u2019unit\u00e9 territoriale \u00e9l\u00e9mentaire de coh\u00e9sion sociale (\u2026), au point de faire na\u00eetre chez le censitaire une identification profonde \u00e0 un territoire propre et un sens d\u2019appartenance \u00e0 une communaut\u00e9 humaine sp\u00e9cifique\u00bb.<a name=\"foot_loc_2498_24\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Jean-Claude Marsan, Montr\u00e9al en \u00e9volution, M\u00e9ridien, 1994, p. 56.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_24\">24<\/a>\u00a0Mais comment expliquer que d\u2019autres communaut\u00e9s villageoises de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al \u00e9galement bien structur\u00e9es, comme Saint-Henri ou Cote-des-Neiges, n\u2019aient pas obtenu le m\u00eame statut que C\u00f4te-Saint-Louis?<\/p>\n<p>Il faut alors regarder du c\u00f4t\u00e9 des grands propri\u00e9taires fonciers\u00a0: avec l\u2019essor des travaux publics \u00e0 Montr\u00e9al, ceux qui poss\u00e9daient les carri\u00e8res de C\u00f4te-Saint-Louis jouissaient d\u2019une richesse et d\u2019une influence non-n\u00e9gligeables. Cette piste est indiqu\u00e9e par Dany Foug\u00e8res lorsqu\u2019il \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>Les principaux promoteurs de l\u2019incorporation municipale se trouvent parmi les plus grands propri\u00e9taires fonciers, lesquels voient en la corporation municipale un pr\u00e9cieux outil politique pour l\u2019avancement de leurs projets. Invariablement, la demande d\u2019incorporation tient simultan\u00e9ment (\u2026) d\u2019une volont\u00e9 de mise en valeur du territoire et de l\u2019ambition de doter celui-ci d\u2019infrastructures publiques.<a name=\"foot_loc_2498_25\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Dany Foug\u00e8res, op cit, p. 359.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis\/#foot_text_2498_25\">25<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019influence de ces grands propri\u00e9taires et promoteurs fonciers ne fera d\u2019ailleurs qu\u2019augmenter dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle, alors que l\u2019urbanisation atteint le secteur\u00a0: C\u00f4te Saint-Louis sera d\u00e9membr\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 son tour \u00e0 cause de l\u2019action de ces promoteurs, avant d\u2019\u00eatre finalement annex\u00e9e par Montr\u00e9al, en 1893. Pour comprendre le r\u00f4le qu\u2019ont jou\u00e9 ces promoteurs dans le d\u00e9veloppement du Mile End, nous allons nous pencher dans le prochain chapitre sur deux familles, parmi les plus grands propri\u00e9taires fonciers du territoire situ\u00e9 de part et d\u2019autre du chemin Saint-Laurent\u00a0: c\u00f4t\u00e9 ouest, les Bagg et, c\u00f4t\u00e9 est, les Beaubien.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Rev. par Justin Bur sept. 2021; oct. 2022<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le premier hameau qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 sur un territoire auparavant uniquement occup\u00e9 par des fermes \u00e9tait situ\u00e9 \u00e0 l\u2019intersection des actuelles rues Mont-Royal et Henri-Julien. On l\u2019a surnomm\u00e9 village de la tanneries des B\u00e9lair, en raison de la dynastie familiale qui s\u2019est install\u00e9e l\u00e0.\u00a0Jean-Louis Plessis dit B\u00e9lair, n\u00e9 en France en 1678, a appris le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":2503,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[25],"tags":[29],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2498"}],"collection":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2498"}],"version-history":[{"count":49,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2498\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5894,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2498\/revisions\/5894"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2503"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2498"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2498"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2498"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}