{"id":2766,"date":"2014-04-17T11:22:04","date_gmt":"2014-04-17T15:22:04","guid":{"rendered":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/?p=2766&#038;lang=fr"},"modified":"2015-12-25T21:52:21","modified_gmt":"2015-12-26T02:52:21","slug":"mission-mile-end","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/mission-mile-end\/","title":{"rendered":"Mission Mile End"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p class=\"soustitre\">Par Sarah Gilbert, traduction de Val\u00e9rie Palacio-Quintin (premi\u00e8re publication le 2 mai 2009).<\/p>\n<p>\u00c7a faisait des ann\u00e9es que Luboslaw Hrywnak et moi \u00e9tions voisins, mais nous ne le savions pas. Puis, \u00e0 partir du jour o\u00f9 j\u2019ai fait sa connaissance, je me suis mise \u00e0 le croiser partout\u00a0: sur l\u2019avenue du Parc pr\u00e8s de son appartement, sur Saint-Viateur ou devant la Mission communautaire Mile End, o\u00f9 nous nous sommes rencontr\u00e9s. V\u00eatu d\u2019un parka ou d\u2019un coupe-vent bleu, selon la saison, il erre \u00e7\u00e0 et l\u00e0 comme s\u2019il \u00e9tait perdu dans ses pens\u00e9es. Il arbore des lunettes \u00e0 monture d\u2019acier et une barbe blanche, tirant sur sa cigarette avec l\u2019intensit\u00e9 d\u2019un fumeur d\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Lubo-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-2769\" alt=\"Lubo-1\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Lubo-1.jpg\" width=\"322\" height=\"250\" \/><\/a><\/p>\n<p>Je suis pass\u00e9e devant la Mission \u00e0 l\u2019angle des rues Bernard et Saint-Urbain des milliers de fois. Quand je me suis finalement d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 entrer pour m\u2019informer sur l\u2019organisme, la directrice Roslyn Macgregor a demand\u00e9 \u00e0 Lubo de s\u2019occuper de moi.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a d\u2019autres endroits o\u00f9 l\u2019on peut avoir un repas gratuit\u00a0\u00bb, me dit-il en buvant son caf\u00e9 \u00e0 la lueur des rayons de soleil qui p\u00e9n\u00e8trent \u00e0 travers les fen\u00eatres bord\u00e9es de plantes-araign\u00e9es. \u00ab\u00a0Mais ici, c\u2019est diff\u00e9rent\u00a0: c\u2019est plus petit, plus intime et plus chaleureux. Les gens se connaissent. Pendant des semaines, on peut s\u2019asseoir \u00e0 la m\u00eame table, reconna\u00eetre les m\u00eames visages. On re\u00e7oit un accueil affable et personnel.\u00a0\u00bb Comme dans un petit caf\u00e9 du quartier, mais probablement de fa\u00e7on plus amicale.<\/p>\n<p>Lubo s\u2019assoit sur le bord de la pi\u00e8ce. Les gens passent en s\u2019exclamant\u00a0: \u00ab\u00a0Bonjour Lou! Bonjour Lubo!\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Je connais tout le monde ici maintenant\u00a0\u00bb, dit-il. Cela fait pr\u00e8s de 20\u00a0ans que Lubo vient \u00e0 la Mission, depuis l\u2019\u00e9poque o\u00f9 c\u2019\u00e9tait une soupe populaire servie dans le sous-sol de l\u2019\u00e9glise anglicane de l\u2019Ascension (aujourd\u2019hui la biblioth\u00e8que du Mile End) sur l\u2019avenue du Parc.<\/p>\n<p>Il me raconte qu\u2019il est tomb\u00e9 malade lorsqu\u2019il \u00e9tait dans sa jeune vingtaine alors qu\u2019il \u00e9tudiait en litt\u00e9rature \u00e0 Concordia. Il re\u00e7oit des prestations m\u00e9dicales; c\u2019est la raison pour laquelle il ne peut pas travailler. \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas d\u2019emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, mais j\u2019aime les gens. Je viens ici, je socialise et je donne un coup de main.\u00a0\u00bb Parfois, il transporte des sacs de dons ou il aide \u00e0 faire la vaisselle.<\/p>\n<p>Roslyn Macgregor est pr\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9glise anglicane Saint-Cuthbert, Saint-Hilda et Saint-Luke. Elle dirige la Mission \u00e0 temps partiel. Le regard vif et la t\u00eate blanche, elle s\u2019assoit souvent \u00e0 une table au milieu de la pi\u00e8ce pour discuter et r\u00e9gler les probl\u00e8mes avec le personnel. \u00c0 ses yeux, Lubo joue un r\u00f4le particulier \u00e0 la Mission. \u00ab\u00a0Pour moi, il est la preuve que ce que l\u2019on fait a de la valeur, dit-elle. On est l\u00e0 pour les gens, pour leur offrir un foyer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 midi, un b\u00e9n\u00e9vole sort de la cuisine et demande si quelqu\u2019un peut essuyer les tables. Des gens sortent les chaises du garde-robe et placent les couverts ainsi que les serviettes de table. Roslyn souhaite la bienvenue aux membres et incite la vingtaine de convives \u00e0 saluer le travail des b\u00e9n\u00e9voles.<\/p>\n<p>Lubo se tient \u00e0 sa gauche. C\u2019est un rituel qu\u2019ils pratiquent depuis des ann\u00e9es. Lorsqu\u2019elle a termin\u00e9, il r\u00e9cite le b\u00e9n\u00e9dicit\u00e9. \u00ab\u00a0Que Dieu b\u00e9nisse la nourriture que nous allons prendre et qu\u2019il nous donne la gr\u00e2ce de poursuivre notre chemin\u00a0\u00bb, r\u00e9cite-t-il d\u2019abord en anglais, puis en fran\u00e7ais, puis en ukrainien, avant de conclure par \u00ab\u00a0Amin\u00a0\u00bb. Et Roslyn de r\u00e9p\u00e9ter \u00ab\u00a0Amin\u00a0\u00bb en ukrainien. Au menu aujourd\u2019hui, une salade de macaroni.<\/p>\n<p>Avec ses boulangeries fines, ses restaurants hauts de gamme et ses boutiques d\u2019articles pour b\u00e9b\u00e9s, le Mile End du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ne semble pas \u00eatre un quartier o\u00f9 l\u2019on a besoin d\u2019une soupe populaire ou d\u2019une banque alimentaire. Pourtant, \u00e0 proximit\u00e9 des rues bord\u00e9es de triplex et de petits jardins o\u00f9 les pancartes <i>\u00c0 vendre<\/i> se transforment en <i>Vendu<\/i> dans le temps de le dire, on trouve des habitations \u00e0 loyer modique. Sur Saint-Laurent et sur l\u2019avenue du Parc, il n\u2019est pas rare que des concierges lancent des matelas dans les ruelles pour signifier aux occupants qu\u2019ils sont \u00e9vinc\u00e9s.<\/p>\n<p>Certains membres de l\u2019organisme, comme Lubo, habitent dans ces immeubles; d\u2019autres se logent dans les quelques appartements du coin pas encore r\u00e9nov\u00e9s, tandis que d\u2019autres dorment sous le viaduc de Rosemont. \u00ab\u00a0Si on a un probl\u00e8me d\u2019argent ou avec notre propri\u00e9taire, notre pr\u00eatre peut nous aider, m\u2019explique Lubo. Roslyn m\u2019est venu en aide dans le pass\u00e9\u00a0\u00bb, ajoute-t-il. Roslyn dirige l\u2019organisme depuis 14\u00a0ans; elle a vu le Mile End devenir un quartier de plus en plus riche et branch\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a beaucoup de discussions \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale en ce moment sur le d\u00e9veloppement et l\u2019embourgeoisement possible de la rue Saint-Viateur Est. Ce haut lieu de l\u2019industrie de la guenille pourrait faire place \u00e0 l\u2019industrie du multim\u00e9dia ainsi qu\u2019\u00e0 de nouvelles habitations. \u00ab\u00a0Qu\u2019adviendra-t-il des pauvres?, s\u2019interroge Roslyn. Dans tout projet domiciliaire, il faut pr\u00e9voir du logement social.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00eener, les gens fouillent dans le tas de v\u00eatements \u00e0 vendre. Blotti dans des chandails, le chat errant gris que l\u2019organisme a adopt\u00e9 se r\u00e9veille et se pousse.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je re\u00e7ois environ 11\u00a0000\u00a0$ en prestations, m\u2019explique Lubo. Ma survie est garantie, mais je pense quand m\u00eame que ma situation pourrait s\u2019am\u00e9liorer. Le seuil de pauvret\u00e9 est \u00e9tabli \u00e0 25\u00a0000\u00a0$ au Canada. Une fois dans ma vie j\u2019ai demand\u00e9 un dollar \u00e0 un gars. Il a refus\u00e9. Je me suis dit : plus jamais. Quand je vois des gens manger tranquillement dans un restaurant chic, je ne leur en veux pas. Mais je pourrais. C\u2019est d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lubo et moi avons les m\u00eames petits carnets de notes. Tout comme moi, il en a rempli un grand nombre. Il dit avoir \u00e9crit des centaines de pages de journal intime, sauf que lui, il \u00e9crit en ukrainien. Je lui demande de me lire une page.\u00a0\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, c\u2019est P\u00e2ques et je lis des pages de la Bible\u2026 Je ressens souvent ma propre bont\u00e9\u2026\u00a0\u00bb, me traduit-il \u00e0 voix basse.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris tous les jours. Je ne travaille pas, mais j\u2019ai le temps de m\u2019\u00e9panouir comme \u00eatre humain, de d\u00e9velopper ma conscience, d\u2019\u00e9prouver de la compassion.\u00a0\u00bb Il ferme son carnet et le remet dans sa poche. \u00ab\u00a0Si j\u2019avais de l\u2019argent, j\u2019ach\u00e8terais plus de tabac et de la meilleure nourriture plus souvent, et je vivrais dans un appartement en meilleur \u00e9tat. Je n\u2019ach\u00e8terais pas de maison; je louerais un appartement, un beau. J\u2019aime mon appartement, mais la pauvret\u00e9 ne poss\u00e8de aucun charme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lubo jette un regard dans la pi\u00e8ce qui est orn\u00e9e d\u2019une jolie banni\u00e8re de bienvenue accroch\u00e9e \u00e0 une corde \u00e0 linge. \u00ab\u00a0Je suis chanceux de pouvoir venir ici. Cet endroit ne peut pas accueillir tous les pauvres de la ville.\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Lubo-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-2770\" alt=\"Lubo-2\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Lubo-2.jpg\" width=\"322\" height=\"245\" \/><\/a><\/p>\n<p><i>Mission communautaire Mile End. 99, rue Bernard Ouest, Montr\u00e9al.<\/i>\u00a0<i>L\u2019organisme dirige une banque alimentaire le vendredi, sert trois d\u00eeners chauds par semaine et vend 1\u00a0$ l\u2019unit\u00e9 des v\u00eatements qui lui sont donn\u00e9s. Les membres ont aussi acc\u00e8s \u00e0 des ordinateurs branch\u00e9s sur Internet, \u00e0 un t\u00e9l\u00e9phone gratuit, \u00e0 un groupe d\u2019art communautaire, \u00e0 des s\u00e9ances de yoga, \u00e0 des cours de couture ainsi qu\u2019\u00e0 une clinique juridique. Pour de plus amples d\u00e9tails:\u00a0http:\/\/www.mileendmission.org\/accueil\/<\/i><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Sarah Gilbert, traduction de Val\u00e9rie Palacio-Quintin (premi\u00e8re publication le 2 mai 2009). \u00c7a faisait des ann\u00e9es que Luboslaw Hrywnak et moi \u00e9tions voisins, mais nous ne le savions pas. 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