{"id":2992,"date":"2014-09-09T22:14:32","date_gmt":"2014-09-10T02:14:32","guid":{"rendered":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/?p=2992&#038;lang=fr"},"modified":"2021-05-14T13:25:47","modified_gmt":"2021-05-14T17:25:47","slug":"la-gardienne-du-champ","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-gardienne-du-champ\/","title":{"rendered":"La gardienne du champ"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p class=\"descriptif\"><em>Le Champ des possibles est depuis mai 2013 un espace naturel prot\u00e9g\u00e9. Mais en septembre 2009, lorsque Sarah Gilbert a r\u00e9dig\u00e9 ce portrait, c&#8217;\u00e9tait encore largement le r\u00eave d&#8217;une artiste, Emily Rose Michaud.\u00a0M\u00e9moire du Mile End\u00a0tient \u00e0 remercier Michel Tanguay pour la traduction.<\/em><\/p>\n<p><i>(30 septembre 2009)<\/i><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 est de la rue Saint-Viateur et d\u2019une d\u00e9chirure dans la cl\u00f4ture de mailles, entre les tours de manufactures et les voies de chemin de fer, se trouve un terrain vague envahi par la mauvaise herbe et sillonn\u00e9 de sentiers de terre.<\/p>\n<p>Ce terrain, relativement grand pour le Mile-End, a fait parler de lui r\u00e9cemment, en partie gr\u00e2ce \u00e0 Emily Rose Michaud.<\/p>\n<div id=\"attachment_2996\" style=\"width: 331px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/gardienne-du-champ-1.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2996\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-2996\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/gardienne-du-champ-1.jpg\" alt=\"Emily Rose Michaud (Photos : Sarah Gilbert).\" width=\"321\" height=\"239\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2996\" class=\"wp-caption-text\">Emily Rose Michaud (Photos: Sarah Gilbert).<\/p><\/div>\n<p>Si vous lui en parlez, elle vous dira qu\u2019il n\u2019a rien d\u2019un terrain vague.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est un espace sauvage, au beau milieu de la ville,\u00a0\u00bb d\u00e9clare-t-elle. Emily et les autres voisins qui fr\u00e9quentent le secteur l\u2019appellent le Jardin Roerich, la Prairie Maguire ou encore le Champ des possibles, The Field of Possibilities. Et malgr\u00e9 la contamination qu\u2019y ont laiss\u00e9 des d\u00e9cennies d\u2019utilisation comme cour de chemin de fer, ces proposants consid\u00e8rent que le terrain poss\u00e8de son propre \u00e9cosyst\u00e8me et constitue un habitat.<\/p>\n<p>Autrefois propri\u00e9t\u00e9 du CP, le lot #2334609 a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 par la ville en juin [2009] et l\u2019on discute de projets pour sa mise en valeur.<\/p>\n<p>Emily a 26 ans. Pendant que nous marchons, elle s\u2019empare de mon stylo et gribouille des esquisses dans mon carnet pour me faire voir ce qu\u2019elle envisage. Elle me dit que je l\u2019ai attrap\u00e9e dans une de ses matin\u00e9es d\u00e9bordantes d\u2019\u00e9nergie, mais c\u2019est difficile de l\u2019imaginer amorphe!<\/p>\n<p>Elle a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e dans ce grand espace ouvert quand elle \u00e9tait \u00e9tudiante en arts et qu\u2019elle prenait plaisir \u00e0 s\u2019y promener avec les propri\u00e9taires de chiens, les travailleurs des manufactures des avenues de Gasp\u00e9 et Casgrain et les r\u00e9sidants du quartier transitant vers la rue St-Denis.<a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/gardienne-du-champ-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-2997 alignright\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/gardienne-du-champ-2.jpg\" alt=\"gardienne du champ-2\" width=\"213\" height=\"522\" \/><\/a><\/p>\n<p>Deux ans plus tard, elle choisit d\u2019y r\u00e9aliser un projet dans le cadre d\u2019un cours de sculpture, et sa relation avec les lieux s\u2019est approfondie. \u00ab\u00a0J\u2019ai pay\u00e9 plusieurs centaines de dollars pour faire livrer 4 tonnes de compost. Je me disais que beaucoup d\u2019artistes d\u00e9pensent autant que \u00e7a pour de la toile et des couleurs,\u00a0\u00bb explique-t-elle.<\/p>\n<p>Elle a recrut\u00e9 une douzaine de b\u00e9n\u00e9voles pour l\u2019aider \u00e0 \u00e9tendre le compost, plus de la paille, des feuilles et du carton pour dessiner une forme qu\u2019elle avait peinte en vaporisant de la couleur sur la neige en novembre.<\/p>\n<p>Au printemps, du gazon nouveau, d\u2019un vert brillant, a pouss\u00e9 l\u00e0, dessinant la \u00ab\u00a0banni\u00e8re de la paix\u00a0\u00bb, ou symbole de Roerich, un motif utilis\u00e9 pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale pour prot\u00e9ger des bombardements les b\u00e2timents patrimoniaux.<\/p>\n<p>Emily avait termin\u00e9 son cours de sculpture, mais elle sentait qu\u2019elle ne pouvait pas d\u00e9crocher. Elle voulait entretenir la platebande symbolique et prot\u00e9ger la vie du champ. \u00ab\u00a0C\u2019est devenu une obsession,\u00a0\u00bb dit-elle.<\/p>\n<p>Elle a r\u00e9uni le club de jardinage <i>Sprout Out Loud<\/i> (Poussez fort) et cr\u00e9\u00e9 un blogue consacr\u00e9 au champ (http:\/\/pousses.blogspot.com), qu\u2019elle appelait maintenant le jardin Roerich. Elle entreprit d\u2019organiser le travail sur le site et la plantation de sauge et de hostas re\u00e7us en cadeau, en plus de monardes et de tr\u00e8fle rouge achet\u00e9s avec son propre argent.<\/p>\n<p>Diane Boyer, une jardini\u00e8re du Mile-End qui s\u2019est jointe \u00e0 <i>Sprout Out Loud<\/i>, dit qu\u2019Emily lui a ouvert les yeux et l\u2019a amen\u00e9e \u00e0 voir l\u2019espace d\u2019une mani\u00e8re toute nouvelle.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je traversais simplement le terrain vague pour me rendre quelque part, sans y penser\u00a0 \u00e0 deux fois. Puis Emily s\u2019est mise \u00e0 en parler comme d\u2019un champ avec sa propre biodiversit\u00e9. J\u2019y ai vu des li\u00e8vres, ce qui \u00e9tait plut\u00f4t inattendu, mais je ne me rendais pas compte de combien \u00e7a faisait contrepoids \u00e0 tout le b\u00e9ton, \u00e0 l\u2019asphalte et aux b\u00e2timents autour. C\u2019est vraiment pr\u00e9cieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En plus des corv\u00e9es de nettoyage et de plantation, Emily a programm\u00e9 et coordonn\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements du dimanche dans le champ. Bronwyn Chester a prononc\u00e9 une conf\u00e9rence sur les arbres du terrain, Lana Kim McGeary sur les herbes aromatiques sauvages et le botaniste Roger Latour sur ce qu\u2019il appelle<i> flora urbana<\/i>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019entretien du terrain demande beaucoup d\u2019\u00e9nergie, dit Diane. Et de fait, le symbole est immense. C\u2019est un gros travail de paysagisme. Et en contexte de b\u00e9n\u00e9volat, c\u2019est toujours les m\u00eames qui font tout le travail. Emily est tr\u00e8s forte physiquement. Je la regarde avec ses cheveux tr\u00e8s longs, et je vois une sorte de d\u00e9esse X\u00e9na!\u00a0\u00bb dit-elle en \u00e9voquant cette super-h\u00e9ro\u00efne de la t\u00e9l\u00e9vision affrontant les forces du mal dans la Gr\u00e8ce antique.<\/p>\n<p>Emily, qui ne cache pas son inconfort quand on la compare \u00e0 une d\u00e9esse-princesse, a pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 dans ses efforts pour lancer des ponts entre l\u2019art et la science sur le site, alors que le Jardin Roerich\/Prairie Maguire a gagn\u00e9 en importance. Le printemps dernier, Annie Cavanagh, qui pr\u00e9parait une ma\u00eetrise en sciences, a approch\u00e9 Emily en proposant une exp\u00e9rience de bior\u00e9habilitation, ou de d\u00e9contamination par des moyens biologiques. Dans ce but, Annie a plant\u00e9 100 tiges de saule sur la circonf\u00e9rence ext\u00e9rieure du cercle de Roerich, o\u00f9 elles ont pris racine et pouss\u00e9 tout l\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019en ao\u00fbt, quand la ville les a fauch\u00e9es, dans sa guerre contre l\u2019herbe \u00e0 poux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s triste,\u00a0\u00bb soupire Emily, qui a r\u00e9cemment rencontr\u00e9 les autorit\u00e9s municipales (dans le cadre du sous-comit\u00e9 environnement du Comit\u00e9 des citoyens du Mile-End) pour protester contre le fauchage du terrain sauvage. La ville a accept\u00e9 de ne plus tondre le secteur pour l\u2019instant, mais elle pourrait d\u00e9contaminer le site par une op\u00e9ration de d\u00e9capage \u00e0 grande \u00e9chelle, qu\u2019Emily qualifier de \u00ab\u00a0creuser-jeter\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il existe un projet de livre en ligne sur le jardin Roerich dont le site web est en cours d\u2019\u00e9laboration (roerichproject.artefati.ca) tandis que plusieurs groupes de citoyens imaginent et proposent des id\u00e9es pour l\u2019avenir du champ.<\/p>\n<p>Prise entre des r\u00e9unions, la traduction des proc\u00e8s-verbaux, la r\u00e9daction de son blogue et l\u2019organisation de divers \u00e9v\u00e9nements, Emily cherche des moyens de subsister et de pratiquer son art. \u00ab\u00a0Je me suis dit que j\u2019allais mieux prendre soin de moi et de mes limites,\u00a0\u00bb r\u00e9fl\u00e9chit-elle tout haut.<\/p>\n<p>\u00c0 la f\u00eate de la rue St-Viateur, Emily est assise sur le trottoir, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un carr\u00e9 de jute couvert de taches vertes de pousses d\u2019agropyre et de tr\u00e8fle rouge.<\/p>\n<p>Quand la tonitruante troupe de tambourineurs termine sa performance, elle commence \u00e0 chanter doucement et \u00e0 d\u00e9couper la toile pos\u00e9e sur la chauss\u00e9e. Progressivement, elle coud un v\u00eatement vivant et vert, attirant l\u2019attention des passants qui s\u2019arr\u00eatent pour observer ce qu\u2019elle appelle son armure vivante.<\/p>\n<p>Ces pousses vert tendre sont inattendues sur le gris de la rue. Quand Emily enfile la toile de jute et la coud autour d\u2019elle-m\u00eame, c\u2019est encore plus surprenant. C\u2019est une robe de verdure et elle devient un symbole incarn\u00e9 de fertilit\u00e9. Ou la princesse guerri\u00e8re du champ urbain.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/gardienne-du-champ-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-2998 alignleft\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/gardienne-du-champ-3.jpg\" alt=\"gardienne du champ-3\" width=\"241\" height=\"318\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/gardienne-du-champ-4.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-2999 alignnone\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/gardienne-du-champ-4.jpg\" alt=\"gardienne du champ-4\" width=\"241\" height=\"322\" \/><\/a><\/p>\n<div style=\"clear: both;\">\n<p><b>Sarah Gilbert, 2009<\/b> \u2013 Traduction de Michel Tanguay, 2014<\/p>\n<\/div>\n<h3>Postface, septembre 2014<\/h3>\n<p>Gr\u00e2ce au travail d&#8217;Emily, du comit\u00e9 des citoyens du Mile End et de plusieurs autres personnes, comme le naturaliste Roger Latour, le Champ des possibles est maintenant un espace naturel prot\u00e9g\u00e9. \u00c0 la suite d&#8217;un accord avec l&#8217;arrondissement du Plateau-Mont-Royal, sign\u00e9 le 22 mai 2013, il est g\u00e9r\u00e9 par l&#8217;organisme \u00ab<a href=\"https:\/\/champdespossibles.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Les Amis du Champ des Possibles<\/a>\u00bb. Vous pouvez \u00e9galement consulter le blogue d&#8217;Emily :\u00a0<a title=\"emilyrosemichaud.com\" href=\"http:\/\/www.emilyrosemichaud.com\/\">http:\/\/www.emilyrosemichaud.com\/<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Champ des possibles est depuis mai 2013 un espace naturel prot\u00e9g\u00e9. Mais en septembre 2009, lorsque Sarah Gilbert a r\u00e9dig\u00e9 ce portrait, c&#8217;\u00e9tait encore largement le r\u00eave d&#8217;une artiste, Emily Rose Michaud.\u00a0M\u00e9moire du Mile End\u00a0tient \u00e0 remercier Michel Tanguay pour la traduction. 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