{"id":3025,"date":"2014-10-12T11:31:38","date_gmt":"2014-10-12T15:31:38","guid":{"rendered":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/?p=3025&#038;lang=fr"},"modified":"2016-12-02T00:36:55","modified_gmt":"2016-12-02T05:36:55","slug":"lidentite-historique-du-plateau","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/lidentite-historique-du-plateau\/","title":{"rendered":"L&#8217;identit\u00e9 historique du Plateau"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p class=\"descriptif\"><em>Le 10 mars 2014, le Laboratoire d&#8217;histoire et de patrimoine de Montr\u00e9al (UQAM) organisait une demi-journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tudes \u00abLe Plateau, histoire et m\u00e9moire\u00bb au mus\u00e9e Pointe-\u00e0-Calli\u00e8re. M\u00e9moire du Mile End et la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;histoire et de g\u00e9n\u00e9alogie du Plateau-Mont-Royal \u00e9taient au nombre des partenaires.<\/em><\/p>\n<p class=\"descriptif\"><em>Nous publions ici quelques-unes des communications pr\u00e9sent\u00e9es lors de ce colloque. La premi\u00e8re est celle de l&#8217;historien et professeur \u00e9m\u00e9rite de l&#8217;UQAM, Jean-Claude Robert. Il s&#8217;interroge sur comment s&#8217;est construite l&#8217;identit\u00e9 du territoire aujourd&#8217;hui connu sous le nom de Plateau Mont-Royal. L&#8217;autre, sur <a href=\"\/?p=3030&amp;lang=fr\">la survie et la renaissance du toponyme Mile End<\/a>, peut \u00eatre \u00e9galement \u00eatre consult\u00e9e <a href=\"\/?p=3030&amp;lang=fr\">sur ce site<\/a>.<\/em><\/p>\n<p class=\"descriptif\"><em>Jean-Claude Robert donnera une conf\u00e9rence \u00e0 ce sujet, dimanche 25 janvier 2015: voir <a href=\"?p=3195&amp;lang=fr\">notre annonce<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><b>par Jean-Claude Robert, d\u00e9partement d\u2019histoire, UQAM<\/b><\/p>\n<p>La question doit \u00eatre examin\u00e9e \u00e0 deux niveaux: la formation du territoire et la cr\u00e9ation de l\u2019identit\u00e9, au sens de sa fabrication. Faisons un rappel\u00a0: l\u2019identit\u00e9 est model\u00e9e par et pour les personnes qui habitent le territoire. Un beau cas de construction identitaire. Tentative de reconstituer le parcours\u00a0? Posons d\u2019entr\u00e9e de jeu, une dimension chronologique\u00a0importante: nous sommes dans le contexte de l\u2019histoire r\u00e9cente d\u2019un quartier populaire, qui conna\u00eet un d\u00e9samour et un exode de sa population entre 1950 et 1960, puis qui devient un quartier branch\u00e9 entre 1975 et 2010<\/p>\n<p>Quelles sont les \u00e9tapes de la construction de l\u2019identit\u00e9\u00a0? Nous parlons d\u2019un territoire, plut\u00f4t plat, mais l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9, qui prolonge le flanc nord-est du mont Royal et born\u00e9 au sud par la terrasse de la rue Sherbrooke. L\u2019implantation humaine y est assez ancienne, mais sporadique, par les Am\u00e9rindiens avant le XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. La mise en valeur agricole s\u2019effectue dans le cadre du d\u00e9veloppement rural de la seigneurie, entre 1698 et 1815. Je retiens 6 \u00e9tapes \u2013 ou plut\u00f4t 6 moments &#8211; de construction de l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"soustitre\"><span style=\"text-decoration: underline;\">1) Le premier moment est celui d\u2019un territoire subissant le poids de la ville \u00e0 partir de 1750<\/span><\/p>\n<p>Les terres sont loties par les seigneurs et conc\u00e9d\u00e9es. Elles ne sont pas toutes cultiv\u00e9es, certaines parties demeurant en bois debout. Graduellement, la proximit\u00e9 de la ville entra\u00eene un morcellement des terres et la cr\u00e9ation de nouvelles fonctions\u00a0: tanneries, vergers et carri\u00e8res. De plus, certaines exploitations agricoles sont transform\u00e9es en grandes propri\u00e9t\u00e9s p\u00e9ri-urbaines pour le profit de familles bourgeoises montr\u00e9alaises. Les activit\u00e9s de tannerie donnent bient\u00f4t naissance \u00e0 un noyau villageois, les \u00abtanneries des B\u00e9lair\u00bb, encore trop mal connu.<\/p>\n<p>Toutefois, la pr\u00e9sence de veines de calcaire superficielles attire tr\u00e8s rapidement la mise en exploitation, soit pour la pierre de construction ou encore la pierre \u00e0 chaux, essentielle \u00e0 la fabrication du mortier et les activit\u00e9s de tanneries. Les carri\u00e8res se d\u00e9veloppent plus rapidement dans la seconde moiti\u00e9 du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Si les tanneries laissent une trace dans la toponymie, ce sont les travailleurs des carri\u00e8res qui ont laiss\u00e9 leur marque\u00a0: la saga des pieds noirs est parvenue jusqu\u2019\u00e0 nous relay\u00e9e dans la m\u00e9moire locale jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1940.<\/p>\n<p class=\"soustitre\"><span style=\"text-decoration: underline;\">2) Le deuxi\u00e8me moment est celui des promoteurs et d\u00e9veloppeurs (1850-1920)<\/span><\/p>\n<p>Le r\u00f4le des promoteurs-d\u00e9veloppeurs est central dans le processus de construction et de d\u00e9veloppement de la ville. Ce sont eux qui orchestrent \u2013 bien s\u00fbr d\u2019abord \u00e0\u00a0leur profit \u2013 la transformation des terres agricoles en lots urbains et qui cherchent \u00e0 attirer les industries et les habitants.<\/p>\n<p>La formation de quatre villages, entre 1846-1895 est bien connue (Village de C\u00f4te Saint-Louis, Village de Saint-Jean Baptiste, Village de Saint-Louis du Mile End, Village de Lorimier). Mais je crois qu\u2019une sch\u00e9matisation un peu rapide a entra\u00een\u00e9 une simplification de leur histoire et leur a donn\u00e9 un aspect mythique. D\u2019abord la fourchette chronologique est vaste\u00a0: le premier village est cr\u00e9\u00e9 en 1846 et le dernier en 1895. Il s\u2019agit donc d\u2019un demi-si\u00e8cle, durant lequel la population de Montr\u00e9al, la ville, passe de 45 000 habitants (1844) \u00e0 267 730 (1901)\u00a0!<\/p>\n<p>D\u2019autre part, leur caract\u00e8re\u00a0est h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Il s\u2019agit de quatre territoires, dans lesquels il y a des noyaux villageois disparates et discontinus. De plus, trois de ces territoires sont n\u00e9s du morcellement du premier. Ainsi, on cr\u00e9e le Village de C\u00f4te Saint-Louis en 1846, dot\u00e9 d\u2019un tr\u00e8s grand territoire qui est amput\u00e9 en 1861 de sa partie sud qui devient le Village Saint Jean-Baptiste (annex\u00e9 en 1886). La partie nord est \u00e0 son tour divis\u00e9e en deux parties en 1878, la partie ouest devenant alors le village de Saint Louis du Mile End, puis ville en 1895 avant d\u2019\u00eatre annex\u00e9e en 1910. Le petit territoire restant du village de la C\u00f4te Saint-Louis n\u2019occupe que la partie nord-est de son espace original. Il devient ville en 1890 et est annex\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al en 1893. Quant au dernier, le village de Lorimier, il existe entre 1895 et 1909 et il est d\u00e9tach\u00e9 du village de la C\u00f4te Visitation, voisin.<\/p>\n<p>Le remplissage des interstices entre les noyaux villageois prendra plusieurs ann\u00e9es et n\u2019est compl\u00e9t\u00e9 que durant les ann\u00e9es 1920. Il s\u2019ensuit donc une exp\u00e9rience de vie villageoise pour le moins distendue\u00a0: chacun des noyaux a une vie tr\u00e8s diff\u00e9rente. \u00c0 mon avis, il y a perte de l\u2019individualit\u00e9 villageoise assez rapidement. Il faut donc \u00e9viter de g\u00e9n\u00e9raliser les conditions d\u2019un noyau \u00e0 un ensemble plus grand. Il y a un manque de connaissances historiques actuellement et je pense qu\u2019il faut remettre en question les phases \u00abcanoniques\u00bb du d\u00e9veloppement que tous reprennent sans les v\u00e9rifier\u00a0: 1845-1880 formation villages et villes\u00a0; 1880-1914 \u00c2ge d\u2019or\u00a0; 1914-1950\u00a0: stagnation urbaine\u00a0; 1950-1970\u00a0: p\u00e9riode sombre\u00a0; 1970-1990\u00a0: revitalisation et gentrification. Il serait n\u00e9cessaire d\u2019affiner, de nuancer cette structure de chronologie.<\/p>\n<p>Un \u00e9v\u00e9nement, d\u00fb aux promoteurs, sera structurant pour le territoire et c\u2019est la construction du chemin de fer de colonisation du Nord de Montr\u00e9al en 1876. Il est absorb\u00e9 par le Canadien Pacifique en 1882. Le chemin de fer forme une barri\u00e8re physique importante et r\u00e9ussit \u00e0 diviser durablement le territoire. Il devient la fronti\u00e8re nord-est du Plateau. Combien de Montr\u00e9alais sont conscients de ce que le territoire de Saint-Louis du Mile End se rendait au-del\u00e0 de la rue Jean-Talon et que la petite Italie appartient, de fait, au Mile End\u00a0? Cette fronti\u00e8re servira de marqueur pour le Plateau.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1890, une premi\u00e8re vague d\u2019expansion urbaine li\u00e9e au tramway am\u00e8ne l\u2019augmentation de la population.<\/p>\n<p class=\"soustitre\"><span style=\"text-decoration: underline;\">3) Le 3e\u00a0moment est caus\u00e9 par deux d\u00e9veloppements parall\u00e8les\u00a0et sous-estim\u00e9s: La \u00abparoissialisation\u00bb du Plateau et la \u00abShtetllisation\u00bb, 1880-1950 <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">De fait, il faut d\u00e9velopper ici l\u2019id\u00e9e de l\u2019av\u00e8nement de villages urbains, qui fractionnent l\u2019espace de la grande ville en unit\u00e9s plus petites, plus conviviales, dans lesquelles les habitants se reconnaissent et o\u00f9 ils se sentent en \u00abs\u00e9curit\u00e9\u00bb, du moins en termes socio-culturels.<\/span><\/p>\n<p>La division du territoire en paroisses catholiques et l\u2019affirmation paroissiale forment deux \u00e9l\u00e9ments incontournables. La r\u00e9alit\u00e9 des villages commence \u00e0 s\u2019estomper et les paroisses deviennent les <span style=\"text-decoration: underline;\">\u00e9l\u00e9ments structurants<\/span> du paysage avec leur semis institutionnel et leur implantation sociale. Entre 1887 et 1926, se situe une p\u00e9riode d\u2019intense cr\u00e9ation de paroisses catholiques francophones\u00a0et de construction d\u2019\u00e9glises: de 2 entre 1867 et 1875, on passe \u00e0 10 entre 1887 et 1926 (sur 12 paroisses francophones). Ce qui correspond \u00e0 un nouveau morcellement. Il y a aussi une affirmation aussi de la puissance, ou du moins de l\u2019influence de l\u2019\u00c9glise sur les Canadiens fran\u00e7ais. La dynamique paroissiale est assez intense et forme un lieu fort de sociabilit\u00e9. La paroisse devient un support de l\u2019identit\u00e9\u00a0: avant 1950 les habitants du Plateau s\u2019identifient d\u2019abord comme paroissiens. On est de l\u2019Immacul\u00e9e-Conception, de Saint-Louis, de Saint Enfant J\u00e9sus. Cependant, apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019essor, l\u2019apr\u00e8s-guerre (1945) marque le d\u00e9but d\u2019une p\u00e9riode de d\u00e9clin.<\/p>\n<p>Entre 1920 et 1950, le d\u00e9veloppement du quartier juif, au nord de la rue Sherbrooke jusqu\u2019\u00e0 Bernard, est remarquable. Rappelons l\u2019hypoth\u00e8se de Pierre Anctil sur l\u2019importance du mod\u00e8le du \u00abShtetl\u00bb comme mode d\u2019implantation de la communaut\u00e9 juive. C\u2019est une belle utilisation d\u2019un mod\u00e8le emprunt\u00e9 \u00e0 l\u2019Europe orientale d\u2019une petite ville de service ins\u00e9r\u00e9e dans un milieu rural \u00e9tranger \u00e0 leur culture, souvent hostile, dans lequel les Juifs jouent le r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaires et de fournisseurs de biens et de services \u2013 commer\u00e7ants, artisans et ouvriers.<\/p>\n<p class=\"soustitre\"><span style=\"text-decoration: underline;\">4) Le 4e\u00a0moment est la marginalisation socio-\u00e9conomique du Plateau, 1950-1975<\/span><\/p>\n<p>La prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s-guerre et le deuxi\u00e8me essor urbain, celui de l\u2019automobile entra\u00eene rapidement un exode de la population plus riche vers les nouvelles municipalit\u00e9s de banlieue. Automobile et mobilit\u00e9 sociale se combinent pour attirer ailleurs les plus jeunes. Au m\u00eame moment, on observe un affaiblissement de la structure commerciale et industrielle du Plateau. Les activit\u00e9s se transforment, car les magasins du centre-ville ainsi que les nouveaux centres d\u2019achat d\u00e9localisent la client\u00e8le, nagu\u00e8re plus fid\u00e8le aux marchands locaux. Les supermarch\u00e9s remplacent graduellement les \u00e9piceries du coin, qui r\u00e9ussissent \u00e0 subsister gr\u00e2ce surtout \u00e0 la bi\u00e8re et au cr\u00e9dit \u00e0 la petite semaine.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de ces changements est l\u2019appauvrissement de la population qui demeure sur la Plateau. Les propri\u00e9taires occupants, qui avaient jou\u00e9 jusqu\u2019alors un r\u00f4le tr\u00e8s important dans la vie sociale du Plateau disparaissent graduellement et l\u2019\u00e9tat du stock immobilier s\u2019en ressent. Le cycle de la d\u00e9gradation, puis des incendies, s\u2019enclenche. C\u2019est une p\u00e9riode marqu\u00e9e par le d\u00e9litement des solidarit\u00e9s locales et paroissiales qui entra\u00eene une anomie sociale pour le Plateau. L\u2019identit\u00e9 devient plus floue. Il y a une perte de rep\u00e8res historiques pendant cette p\u00e9riode. La population diminue de fa\u00e7on importante, de 30 \u00e0 40% entre les ann\u00e9es 1960 et 1980, selon les estimations.<\/p>\n<p class=\"soustitre\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">5) Le 5<sup>e<\/sup> moment est marqu\u00e9 par les romanciers qui viennent \u00e0 la rescousse\u2026<\/span><\/em><\/p>\n<p>L\u2019identit\u00e9 du Plateau conna\u00eet alors une red\u00e9finition. D\u00e8s les ann\u00e9es 1950, avec la publication du premier roman de Mordecai Richler (<i>Son of a Smaller Hero<\/i>, 1955, traduit plus tard sous le titre <i>Mon p\u00e8re, ce h\u00e9ros<\/i>), on commence \u00e0 se raconter des histoires du Plateau. Ce qui peut \u00eatre appel\u00e9 la p\u00e9riode des souvenirs de jeunesse, structure un nouvel imaginaire historique du Plateau. Vers la fin des ann\u00e9es 1970, la <i>Chronique du Plateau<\/i> de Michel Tremblay, d\u00e9veloppe sa galerie de personnages attachants, qui forme une dimension importante de l\u2019identit\u00e9 du Plateau et dans laquelle beaucoup de Montr\u00e9alais se reconnaissent.<\/p>\n<p>Puis, dans les ann\u00e9es 1980, surgit une nouvelle fourn\u00e9e de romans plus branch\u00e9s sur l\u2019imaginaire des milieux de vie nouveaux du quartier, avec notamment les personnages cr\u00e9\u00e9s par Yves Beauchemin (<i>Le Matou<\/i>, 1981) et ceux de Francine No\u00ebl (<i>Maryse<\/i>, 1983, <i>Myriam premi\u00e8re,<\/i> 1987), ces derniers \u2013 \u00e9tudiants ou professeurs -t\u00e9moignant de l\u2019essor des \u00e9tudes universitaires et de leur impact sur le quartier. La cr\u00e9ation de l\u2019UQAM et des C\u00e9gep, \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1960, sous-tend ces nouvelles r\u00e9alit\u00e9s. Il y a cr\u00e9ation d\u2019un r\u00e9cit rassembleur et souvent volontiers g\u00e9n\u00e9alogique, mais qui est centr\u00e9 sur les parcours individuels et familiaux et qui raconte une histoire \u00e0 plusieurs voix. C\u2019est aussi la cr\u00e9ation d\u2019un imaginaire foisonnant qui joue un r\u00f4le dans la construction de l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"soustitre\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">6) Le dernier moment est celui de l\u2019essor du Plateau et l\u2019av\u00e8nement de la branchitude\u2026<\/span><\/em><\/p>\n<p>La v\u00e9ritable explosion que conna\u00eet le Plateau depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es est remarquable. La croissance depuis les ann\u00e9es 1980 a \u00e9t\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale et a entra\u00een\u00e9 un brassage de population. La mixit\u00e9 sociale revient, cr\u00e9ant cependant de nouvelles inqui\u00e9tudes. Le ph\u00e9nom\u00e8ne de gentrification am\u00e8ne de nouveaux r\u00e9sidants, mais comme partout, il s\u2019accompagne d\u2019un d\u00e9logement des anciens habitants qui ne trouvent plus \u00e0 se loger. Toutefois, la structuration sociale du Plateau semble conna\u00eetre un certain \u00e9quilibre. Par ailleurs, il y a un profond changement\u00a0: les habitants ne se voient plus comme des paroissiens, mais comme des citoyens et la politique urbaine permet une certaine marge de man\u0153uvre. De plus, la pr\u00e9sence d\u2019un certain id\u00e9al de vie urbaine, une nouvelle volont\u00e9 de vivre en ville, voire une nouvelle mani\u00e8re de vivre en ville et de vivre la ville, signale un changement de perspective. La repr\u00e9sentation sociale de l\u2019espace change \u00e9galement et la mont\u00e9e de la patrimonialisation entra\u00eene une recherche et une revalorisation (avec un risque de survalorisation\u00a0parfois?) des marqueurs identitaires historiques ainsi qu\u2019une mise en valeur des \u00e9l\u00e9ments du cadre b\u00e2ti.<\/p>\n<p>Enfin, un mot sur le territoire et ses composantes. Du petit Plateau au grand Plateau\u00a0? De nombreux observateurs ont not\u00e9 les diff\u00e9rences de perceptions des habitants du Plateau. Partie centrale ou les marges\u00a0? Statut des composantes\u00a0? Le Mile End\u00a0? Les annexes et autres \u00abadjacents\u00bb, issus de l\u2019imagination des agents immobiliers\u2026 Sur ce plan, les limites administratives n\u2019ont pas toujours recoup\u00e9 les territoires per\u00e7us somme domestiques. La liste des d\u00e9coupages administratifs est \u00e9loquente. Un historien (Pierre-Yves Saulnier, 1994) a propos\u00e9 d\u2019utiliser le vieux concept de \u00abmarches\u00bb pour qualifier les fronti\u00e8res des quartiers [r\u00e9gion-frontali\u00e8re\/ espace tampon]. Je trouve que c\u2019est heureux et rend compte du caract\u00e8re imbriqu\u00e9 des fronti\u00e8res de territoires v\u00e9cus et per\u00e7us.<\/p>\n<p><b>Conclusion<\/b><\/p>\n<p>L\u2019identit\u00e9 est un ph\u00e9nom\u00e8ne inscrit dans la contemporan\u00e9it\u00e9\u00a0; il est l\u2019\u0153uvre en grande partie des riverains du temps et de l\u2019espace\u2026 L\u2019identit\u00e9 demeure une construction bas\u00e9e sur les acquis historiques, tel que per\u00e7us, id\u00e9alis\u00e9s et avalis\u00e9s\u2026 Mais les identit\u00e9s ne sont pas immortelles\u00a0; elles peuvent bien ne durer que l\u2019espace d\u2019une ou deux g\u00e9n\u00e9rations. Apr\u00e8s, il faudra reconstruire. Nous sommes actuellement dans une p\u00e9riode o\u00f9 s\u00e9vit le \u00abbranding\u00bb, qui cherche \u00e0 fabriquer des signatures territoriales dans la ville pour en mettre en valeur, en fait en survaleur, une partie. Toutefois, au-del\u00e0 de ce risque, l\u2019essor de la patrimonialisation laissera des traces qui serviront d\u2019ancrage \u00e0 l\u2019identit\u00e9.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 10 mars 2014, le Laboratoire d&#8217;histoire et de patrimoine de Montr\u00e9al (UQAM) organisait une demi-journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tudes \u00abLe Plateau, histoire et m\u00e9moire\u00bb au mus\u00e9e Pointe-\u00e0-Calli\u00e8re. M\u00e9moire du Mile End et la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;histoire et de g\u00e9n\u00e9alogie du Plateau-Mont-Royal \u00e9taient au nombre des partenaires. Nous publions ici quelques-unes des communications pr\u00e9sent\u00e9es lors de ce colloque. La [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":3200,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[26],"tags":[30,31,32,20,33,34,29],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3025"}],"collection":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3025"}],"version-history":[{"count":12,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3025\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3937,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3025\/revisions\/3937"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3200"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3025"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3025"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3025"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}