{"id":3030,"date":"2014-10-12T11:31:07","date_gmt":"2014-10-12T15:31:07","guid":{"rendered":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/?p=3030&#038;lang=fr"},"modified":"2015-12-25T21:38:03","modified_gmt":"2015-12-26T02:38:03","slug":"la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/","title":{"rendered":"La renaissance du Mile End et les mouvements citoyens"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p class=\"descriptif\"><em>Cet article sur la survie du terme Mile End comme toponyme montr\u00e9alais est une version allong\u00e9e de la communication pr\u00e9sent\u00e9e par Yves Desjardins lors de la demi-journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tudes \u00abLe Plateau, histoire et m\u00e9moire\u00bb, organis\u00e9e par le Laboratoire d&#8217;histoire et de patrimoine de Montr\u00e9al (UQAM) au mus\u00e9e Pointe-\u00e0-Calli\u00e8re, le 10 mars 2014. Une autre pr\u00e9sentation faite lors de ce colloque, sur <a href=\"\/?p=3025&amp;lang=fr\">l&#8217;identit\u00e9 historique du Plateau<\/a>, par l&#8217;historien Jean-Claude Robert, peut \u00eatre \u00e9galement <a href=\"\/?p=3025&amp;lang=fr\">consult\u00e9e sur ce site<\/a>.<\/em><a name=\"foot_loc_3030_1\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"L&#8217;auteur tient \u00e0 remercier Justin Bur, Jean-Claude Robert et Bernard Vall\u00e9e pour leur pr\u00e9cieux conseils. \u00c9galement Sherry Simon dont l&#8217;oeuvre m&#8217;a inspir\u00e9 le sujet de cet article.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_1\">1<\/a><\/p>\n<p>\u00c9voquer le quartier montr\u00e9alais du Mile End comme l\u2019un des endroits les plus branch\u00e9s de la ville, haut lieu de cr\u00e9ation et d\u2019innovation culturelle, est aujourd\u2019hui devenu un truisme. Pourtant, l\u2019identit\u00e9 et les fronti\u00e8res de ce quartier ont toujours \u00e9t\u00e9 mouvantes, incertaines. L\u2019origine m\u00eame du nom Mile End a d\u2019ailleurs fait l\u2019objet de nombreux d\u00e9bats jusqu\u2019\u00e0 tout r\u00e9cemment.<a name=\"foot_loc_3030_2\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00c0 ce sujet,\u00a0on lira avec profit l\u2019article de Justin Bur,\u00a0L\u2019origine du nom Mile End.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_2\">2<\/a><\/p>\n<p>De plus, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, le nom Mile End \u00e9tait de moins en moins utilis\u00e9 pour d\u00e9signer ce secteur de Montr\u00e9al\u00a0: quand les agents d\u2019immeuble ont recommenc\u00e9 \u00e0 s\u2019y int\u00e9resser, dans la foul\u00e9e du mouvement de retour vers les quartiers centraux, ils le baptis\u00e8rent d\u2019abord \u00abOutremont adjacent\u00bb.<\/p>\n<p>Explorer les origines, les mutations et la renaissance de ce nom, fournit plusieurs pistes qui permettent de partir \u00e0 la recherche des multiples facettes d\u2019un quartier qui se renouvelle sans cesse. Car le nom Mile End \u2013 d\u2019abord associ\u00e9 \u00e0 un carrefour et \u00e0 une auberge ouverte vers 1805, \u00e0 l&#8217;intersection de Mont-Royal et Saint-Laurent, par un immigrant d\u2019origine britannique, le boucher John Clark \u2013 s\u2019est \u00abhybrid\u00e9\u00bb en 1878. Le village qui na\u00eet alors, apr\u00e8s la s\u00e9paration d&#8217;avec celui de C\u00f4te Saint-Louis, est officiellement incorpor\u00e9 sous le nom de Saint-Louis du Mile End. En 1895, lorsque le village devient ville, Mile End disparait une premi\u00e8re fois, car on ne conserve officiellement que Saint-Louis du nom initial.<\/p>\n<p>La disparition aurait pu \u00eatre totale, apr\u00e8s l\u2019annexion par Montr\u00e9al en 1910, n\u2019eut \u00e9t\u00e9 de l\u2019existence en son c\u0153ur d\u2019une paroisse catholique canadienne-fran\u00e7aise et de l&#8217;action des groupes communautaires \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 60. Ceux-ci veulent redonner une identit\u00e9 \u00e0 un \u00abno-mans-land\u00bb multiethnique enclav\u00e9 entre Outremont et le Plateau Mont-Royal, et ainsi y cr\u00e9er un sentiment d\u2019appartenance.<\/p>\n<p class=\"soustitre\">Un quartier frontalier<\/p>\n<p>Le boulevard Saint-Laurent, corridor historique de l\u2019immigration au Canada, a longtemps \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme une fronti\u00e8re<a name=\"foot_loc_3030_3\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0Voir Pierre Anctil,\u00a0Saint-Laurent, la Main de Montr\u00e9al, Septentrion 2002.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_3\">3<\/a> s\u00e9parant les \u00abdeux solitudes\u00bb montr\u00e9alaises, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019est canadien-fran\u00e7ais catholique et l\u2019ouest canadien-anglais protestant. Ville Saint-Louis a la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e0 cheval sur cette fronti\u00e8re\u00a0: au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, avec son secteur est largement compos\u00e9 de familles d\u2019artisans et d\u2019ouvriers canadien-fran\u00e7ais, et son nouveau quartier du c\u00f4t\u00e9 ouest domin\u00e9 par la classe moyenne anglo-protestante, c\u2019est en quelque sorte un microcosme de la grande ville. Mais c\u2019est aussi un espace d\u2019interaction quotidienne entre ces communaut\u00e9s et surtout un lieu d\u2019arriv\u00e9e et d\u2019int\u00e9gration \u00e0 la ville pour de nombreux immigrants\u00a0: ruraux canadiens-fran\u00e7ais venus de la campagne environnante; Italiens et Juifs de plus en plus nombreux \u00e0 remonter depuis le port le corridor du boulevard Saint-Laurent; et m\u00eame, entre 1900 et 1914, une importante immigration britannique. L\u2019augmentation de la population de la Ville Saint-Louis et la transformation de sa composition ethnique \u2013 particuli\u00e8rement pendant la d\u00e9cennie 1901-1911 \u2013 est impressionnante, comme en t\u00e9moigne ce tableau\u00a0:<\/p>\n<p>Tableau 1<\/p>\n<p><em>L\u2019origine ethnique de la population du Mile-End, 1881-1911<\/em><a name=\"foot_loc_3030_4\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Tir\u00e9 de Guy Mongrain,\u00a0Population et territoire dans un contexte de croissance urbaine\u00a0: Saint-Louis-du-Mile-End, 1881-1901, M\u00e9moire de ma\u00eetrise, Histoire, UQAM, 1997.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_4\">4<\/a><\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"78\">Origine<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">1881<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">1901<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"69\">1911<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"78\">Fran\u00e7aise<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">1 383<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">8 980<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"69\">21 146<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"78\">Anglaise<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">48<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">867<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"69\">7 834<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"78\">\u00c9cossaise<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">10<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">349<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"69\">2 090<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"78\">Irlandaise<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">80<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">505<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"69\">2 617<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"78\">Italienne<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">1<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">129<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"69\">1 061<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"78\">Juive<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">0<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">15<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"69\">1 211<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"78\">Autre<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">2<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"64\">88<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"69\">702<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Sources\u00a0: Recensements du Canada, 1881, 1901 et 1911.<\/p>\n<p>Cette explosion d\u00e9mographique s\u2019inscrit dans un contexte o\u00f9 la s\u00e9gr\u00e9gation selon le revenu, la religion et la langue devient de plus en plus la norme dans l\u2019espace montr\u00e9alais, particuli\u00e8rement dans les nouveaux quartiers. Les g\u00e9ographes Sherry Olson et Patricia Thornton soulignent que la nouvelle banlieue qui se greffe au Mile End villageois fait alors jusqu\u2019\u00e0 un certain point exception. Elles donnent l\u2019exemple des travailleurs des grandes imprimeries, concentr\u00e9s au nord de la Place d&#8217;Armes, et qui sont attir\u00e9s par un quartier neuf, devenu r\u00e9cemment accessible gr\u00e2ce au tramway \u00e9lectrique, pour y \u00e9tablir leurs familles.<a name=\"foot_loc_3030_5\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Sherry Olson et Patricia Thornton,\u00a0Peopling the North American City, Montreal 1840-1900, McGill-Queen\u2019s University Press, 2011, p. 264 : \u00abLorsque l\u2019urbanisation et les tramways atteignirent le Mile End, les imprimeurs \u2013 autant francophones qu\u2019anglophones \u2013 furent parmi ceux qui \u00e9taient attir\u00e9s. \u00c9tablis dans un groupe d\u2019imprimeries sur Lagaucheti\u00e8re (au nord de la Place d\u2019Armes), ils \u00e9taient mieux \u00e9duqu\u00e9s que la plupart des hommes de m\u00e9tier. Bilingues, organis\u00e9s, et mieux pay\u00e9s, ils aspiraient au mode de vie de la classe moyenne (\u2026) et furent les pionniers d\u2019une zone r\u00e9sidentielle plus diversifi\u00e9e que la moyenne \u00e0 Saint-Louis du Mile End.\u00bb (Ma traduction.)\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_5\">5<\/a><\/p>\n<p>Mais dans le contexte du d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, cette coexistence n\u2019est pas n\u00e9cessairement v\u00e9cue comme un ph\u00e9nom\u00e8ne positif. Lorsque le village devient ville, en 1895, il est officiellement rebaptis\u00e9 Ville Saint-Louis, et on laisse tomber \u00abdu Mile End\u00bb. Ce nom survit cependant dans l\u2019usage courant, ce qui ne va pas sans susciter une ambivalence manifeste, des deux c\u00f4t\u00e9s de la barri\u00e8re linguistique. Ainsi, en 1908, le <i>Montreal Daily Herald<\/i> cite ainsi un \u00abcitoyen bien connu de Saint-Louis\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>The place was originally St. Louis du Mile End, which is significantly hideous in itself to warrant its being dropped. Why wasn\u2019t it given either an English name or a French one, instead of this hybrid affair that is neither the one nor the other? Well, people got to calling it St. Louis only, and next some enterprising genius tacked on Annex [le nom donn\u00e9 au nouveau secteur, \u00e0 l\u2019ouest du boulevard Saint-Laurent]. (\u2026) People really ought to get together and agitate for a name that we can recognize once in a while and that won\u2019t change to something else every six months.<a name=\"foot_loc_3030_6\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0\u00abSt. Louis Officials to Oppose Annexation Bill\u00bb,\u00a0Montreal Herald, 4 avril 1908, p. 1. (\u00abL\u2019endroit s\u2019est d\u2019abord appel\u00e9 Saint-Louis du Mile End, ce qui \u00e9tait en soi suffisamment hideux pour justifier qu\u2019on l\u2019abolisse. Pourquoi ne lui a-t-on pas donn\u00e9 un nom anglais ou fran\u00e7ais, plut\u00f4t que cette chose hybride qui n\u2019est ni l\u2019un, ni l\u2019autre? Certains ont alors commenc\u00e9 \u00e0 utiliser uniquement Saint-Louis, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un g\u00e9nie entreprenant y ajoute l\u2019Annexe. La population devrait vraiment r\u00e9clamer un nom que tout le monde reconna\u00eetra une fois pour toutes, et qui ne changera pas pour autre chose tous les six mois.\u00bb (Ma traduction.)\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_6\">6<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, un journaliste de <i>La Patrie<\/i> \u00e9crit, sur le m\u00eame sujet\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>Les citoyens de langue anglaise qui s\u2019adonnaient aux plaisirs du turf, \u00e0 l\u2019hippodrome de Saint-Louis, ne d\u00e9signaient plus la nouvelle municipalit\u00e9 que par le mot \u2018Mile-End\u2019 qu\u2019elle garda trop longtemps. Mais les citoyens du C\u00f4teau Saint-Louis ne voulurent pas qu\u2019on d\u00e9sign\u00e2t toujours par le d\u00e9rivatif d\u2019un terme de palefreniers une localit\u00e9 dont ils avaient raison d\u2019\u00eatre fiers; car, en 1900 [1895 plut\u00f4t], alors qu\u2019ils obtinrent l\u2019\u00e9rection de leur municipalit\u00e9 en ville, ils lui donn\u00e8rent le nom de Saint-Louis tout court.<a name=\"foot_loc_3030_7\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0\u00abLa ville de Saint-Louis\u00bb,\u00a0La Patrie,\u00a029 mai 1909, p. 10.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_7\">7<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"soustitre\"><span style=\"font-size: 16.5px;\">Le quartier Laurier, la paroisse Saint-Enfant-J\u00e9sus et le Shtetl Saint-Urbain<\/span><\/p>\n<p>L\u2019annexion de la Ville Saint-Louis par Montr\u00e9al, le 1er janvier 1910, aurait pu mettre fin \u00e0 ce d\u00e9bat en faisant disparaitre \u00e0 jamais autant Mile End que Saint-Louis. Les deux noms n\u2019auraient plus alors \u00e9t\u00e9 que des curiosit\u00e9s historiques, puisque le secteur fut rebaptis\u00e9 \u00abquartier Laurier\u00bb. Pourtant, le Mile End ne disparut jamais compl\u00e8tement de l\u2019usage et connut une renaissance spectaculaire, officialis\u00e9e lorsqu\u2019il devint un district \u00e9lectoral de Montr\u00e9al en 1982. Comment expliquer cette r\u00e9silience?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019annexion, trois lieux contribu\u00e8rent \u00e0 maintenir la d\u00e9signation \u00abMile End\u00bb dans l\u2019usage courant\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013La gare du Mile End (figure 1), appartenant au Canadien Pacifique, situ\u00e9e sur la rue Bernard, juste \u00e0 l\u2019est du boulevard Saint-Laurent. Mais le service passager y disparait en novembre 1931, lorsque le CP ouvre une nouvelle gare plus au nord, avenue du Parc et Jean-Talon.<\/p>\n<p>\u2013Le stade Shamrock (figure 2). Situ\u00e9 \u00e0 l\u2019emplacement actuel du march\u00e9 Jean-Talon, c\u2019\u00e9tait l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on disputait des parties de crosse, un sport alors tr\u00e8s populaire. M\u00eame apr\u00e8s l\u2019annexion, la presse sportive, autant anglophone que francophone, continue de d\u00e9signer l\u2019endroit comme le \u00abstade Shamrock, au Mile End\u00bb. (D\u00e9signation qui rappelle que ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui la Petite-Italie \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine partie int\u00e9grante du Mile End, et que c\u2019est ainsi que les premiers Italiens du secteur nommaient leur quartier.) Mais le stade fut d\u00e9moli au d\u00e9but des ann\u00e9es 30 et la r\u00e9f\u00e9rence au \u00abstade du Mile End\u00bb disparut des m\u00e9dias.<\/p>\n<p>\u2013Finalement, la paroisse catholique Saint-Enfant-J\u00e9sus du Mile End. M\u00eame si le nom Mile End ne fut jamais inclus dans la d\u00e9signation canonique officielle,<a name=\"foot_loc_3030_8\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" La paroisse fut d\u2019abord baptis\u00e9e \u00abSaint-Enfant-J\u00e9sus-du-Coteau-Saint-Louis\u00bb en 1867, puis \u00abSaint-Enfant-J\u00e9sus de Montr\u00e9al\u00bb en 1899.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_8\">8<\/a>c\u2019est celui que l\u2019usage a retenu et qu\u2019utilisera la population canadienne-fran\u00e7aise du quartier tout au long du 20e si\u00e8cle. Et, comme on le verra, cette communaut\u00e9 paroissiale fut le fil conducteur qui permit la survie et la renaissance du nom.<\/p>\n<p>En plus de l\u2019absorption par Montr\u00e9al, un autre ph\u00e9nom\u00e8ne modifie profond\u00e9ment le visage et, surtout, la \u00abm\u00e9moire historique\u00bb du quartier\u00a0: la communaut\u00e9 juive fait du quadrilat\u00e8re compris entre les rues Sherbrooke, Van Horne, de Bullion et Parc, le c\u0153ur de sa vie sociale, communautaire et culturelle entre les ann\u00e9es 1920 et 1950. La portion nord-ouest du quartier en particulier \u2013 celle comprise entre Mont-Royal, Saint-Laurent, Parc et Saint-Viateur \u2013 abritera un nombre consid\u00e9rable d\u2019institutions culturelles, politiques, \u00e9ducatives et religieuses qui marqueront l\u2019identit\u00e9 juive canadienne au 20e si\u00e8cle.<a name=\"foot_loc_3030_9\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Un portrait des diff\u00e9rentes zones du quartier juif montr\u00e9alais d\u2019alors d\u00e9passerait largement le cadre de cet article. Il \u00e9tait plus vaste que l\u2019actuel Mile End, s\u2019\u00e9tendant jusqu\u2019\u00e0 la rue Sherbrooke, tandis qu\u2019une zone mixte, o\u00f9 cohabitaient canadiens-fran\u00e7ais et juifs, s\u2019\u00e9tendait entre Saint-Laurent et Saint-Denis. De fa\u00e7on sch\u00e9matique, mentionnons que le secteur qui correspond \u00e0 la partie ouest de l\u2019actuel Mile End \u00e9tait le secteur privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019une nouvelle classe moyenne en pleine ascension sociale, tandis que celui entre Mont-Royal et Pins, particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019est de Saint-Laurent, \u00e9tait peupl\u00e9 d\u2019immigrants plus r\u00e9cemment arriv\u00e9s et occupant des emplois peu qualifi\u00e9s. Diff\u00e9rences d\u2019ailleurs refl\u00e9t\u00e9es dans les divisions politiques au sein de la communaut\u00e9\u00a0: le quartier Saint-Louis, au sud, est repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019\u00e9chevin socialiste Joseph Schubert, tandis que le quartier Laurier, au nord, l\u2019est par Max Seigler, beaucoup plus une figure de \u00abl\u2019establishment\u00bb.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_9\">9<\/a> Ces rues deviennent ainsi la matrice d\u2019une importante \u0153uvre litt\u00e9raire; celle de Mordecai Richler, bien s\u00fbr, mais aussi des po\u00e8tes A.M. Klein et Irving Layton. Leurs \u00e9crits, avec leurs portraits expressifs des paysages urbains et des habitants du quartier, ont laiss\u00e9 une empreinte durable dans la perception du Mile End \u00e0 cette \u00e9poque.<a name=\"foot_loc_3030_10\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0La nouvelle \u00abThe Main\u00bb (dans le recueil de nouvelles The Street [Rue Saint-Urbain en traduction fran\u00e7aise]) est sans doute celle, dans l\u2019\u0153uvre de Mordecai Richler, qui rend le mieux la \u00abcartographie\u00bb du quartier de sa jeunesse. On lira aussi avec int\u00e9r\u00eat le chapitre \u00abA Third Solitude: the Jews\u00bb, de William Weintraub, dans son\u00a0City Unique, Montreal Days and Nights in the 1940s and \u201950s, RBS, 1996, p. 183-202, notamment pour la description des diff\u00e9rences sociales entre les diff\u00e9rents secteurs du quartier. Sur l\u2019influence du quartier dans l\u2019\u0153uvre d\u2019A.M. Klein, voir Sherry Simon, \u00abDiasporic Translation: Klein in Mile End\u00bb,\u00a0Translating Montreal, Episodes in the Life of a Divided City,\u00a0MQUP,\u00a02007, aux p. 58-70.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_10\">10<\/a><\/p>\n<div id=\"attachment_3036\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Gare-du-Mile-End-WP.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3036\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3036\" alt=\"Figure 1 - La gare du Mile End vers 1913 (Archives du Canadien Pacifique).\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Gare-du-Mile-End-WP-600x236.jpg\" width=\"600\" height=\"236\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Gare-du-Mile-End-WP-600x236.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Gare-du-Mile-End-WP-1024x403.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Gare-du-Mile-End-WP.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3036\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1 &#8211; La gare du Mile End vers 1913 (Archives du Canadien Pacifique).<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_3032\" style=\"width: 483px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Shamrock-au-Mile-End-WP.png\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3032\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3032\" alt=\"Figure 2 - Le Canada, 12 juillet 1919\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Shamrock-au-Mile-End-WP.png\" width=\"473\" height=\"215\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3032\" class=\"wp-caption-text\">Figure 2 &#8211; L<em>e Canada,<\/em> 12 juillet 1919<\/p><\/div>\n<p>Mais la communaut\u00e9 juive montr\u00e9alaise utilisait rarement le terme Mile End pour d\u00e9signer son quartier\u00a0: une recension rapide de l\u2019\u0153uvre des auteurs mentionn\u00e9s confirme qu\u2019il n\u2019est pas employ\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9crire ou de nommer les lieux de leur vie quotidienne. Ainsi, Richler utilise surtout \u00able ghetto\u00bb ou \u00able quartier de la rue Saint-Urbain\u00bb. Ignace Olazabal, qui a interrog\u00e9 plusieurs Juifs ayant v\u00e9cu dans le Mile End entre 1920 et 1950, emploie le terme \u00ab<i>Shtetl<\/i> Saint-Urbain\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>Nous pouvons diviser ce territoire en deux parties\u00a0: une zone orientale pauvre, pour ceux qui partaient de rien, et une zone occidentale, r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ceux qui r\u00e9ussissaient \u00e0 progresser sur l\u2019\u00e9chelle sociale. Certains de nos informateurs rappellent comment les rues plus \u00e0 l\u2019est (Saint-Dominique, Coloniale, Henri-Julien et Laval), situ\u00e9es en bordure imm\u00e9diate de l\u2019enclave canadienne-fran\u00e7aise, recevaient les plus pauvres parmi les immigrants, sugg\u00e9rant que la prosp\u00e9rit\u00e9 se trouvait \u00e0 l\u2019ouest, pour atteindre d\u00e9j\u00e0 un niveau plus respectable \u00e0 partir de la rue Saint-Urbain.<a name=\"foot_loc_3030_11\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0Ignace Olazabal,\u00a0Khaverim. Les Juifs ashk\u00e9nazes de Montr\u00e9al au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, entre le shtetl et l\u2019identit\u00e9 citoyenne, Nota Bene, 2006, p. 202-203.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_11\">11<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Ce constat est confirm\u00e9 par les souvenirs de deux anciens r\u00e9sidents du quartier que j\u2019ai interrog\u00e9s. Mel Boyaner a 90 ans. Il a emm\u00e9nag\u00e9 avec sa m\u00e8re dans un triplex de l\u2019avenue Laurier, au coin de Saint-Urbain, vers 1930 alors qu\u2019il avait six ans, et a v\u00e9cu dans le Mile End jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 50.<a name=\"foot_loc_3030_12\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Sa famille vivait auparavant aux alentours de l\u2019avenue des Pins et de Saint-Laurent, confirmant que l\u2019installation dans le Mile End \u00e9tait une ascension sociale.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_12\">12<\/a>\u00a0Pour lui le terme Mile End ne servait alors qu\u2019\u00e0 nommer l\u2019ancienne gare, pas le quartier ; il ne se souvient pas d\u2019un terme pr\u00e9cis d\u00e9signant son quartier, sauf peut-\u00eatre celui du district \u00e9lectoral, Laurier. M\u00eame constat du c\u00f4t\u00e9 de Saul Friedman\u00a0: Saul anime un groupe Facebook, \u00ab<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/groups\/208637469288101\/\">A Walking Tour of my Childhood<\/a>\u00bb, consacr\u00e9 aux rues de son enfance dans le quartier. \u00c0 cette \u00e9poque, dit-il, Mile End c\u2019\u00e9tait seulement le nom de la gare; m\u00eame d\u00e9m\u00e9nag\u00e9e \u00e0 Park Extension et renomm\u00e9e la gare Jean-Talon, c\u2019est ainsi que la communaut\u00e9 continuait \u00e0 nommer l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on prenait le train qui conduisait aux vill\u00e9giatures des Laurentides, pendant les ann\u00e9es 1930-1940.<\/p>\n<p class=\"soustitre\">\u00abL\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 du nord\u00bb<\/p>\n<p>Si le Mile End continue \u00e0 exister entre 1910 et 1980, autrement que dans la m\u00e9moire \u00e9vanescente d\u2019un village disparu, c\u2019est donc surtout \u00e0 cause de la paroisse. On a tendance aujourd\u2019hui \u00e0 \u00e9voquer les paroisses uniquement en fonction de leur r\u00f4le religieux. Mais dans le contexte de la rapide urbanisation montr\u00e9alaise de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19\u00e8me si\u00e8cle et du d\u00e9but du 20\u00e8me les paroisses furent de puissantes institutions sociocommunautaires, encadrant, et surtout donnant une identit\u00e9, un sentiment d\u2019appartenance, \u00e0 une population fra\u00eechement arriv\u00e9e des campagnes.<a name=\"foot_loc_3030_13\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" \u00c0 ce sujet, on lira avec int\u00e9r\u00eat l&#8217;article de l&#8217;historien Jean-Claude Robert, \u00abL&#8217;identit\u00e9 historique du Plateau\u00bb, \u00e9galement publi\u00e9e dans ce site. L\u2019\u00e9tude classique \u00e0 ce propos est celle de Lucia Ferretti sur la paroisse Saint-Pierre Ap\u00f4tre\u00a0:\u00a0Entre voisins, la soci\u00e9t\u00e9 paroissiale en milieu urbain,\u00a0Bor\u00e9al, 1992. L\u2019\u00e9tude de Saint-Enfant-J\u00e9sus reste \u00e0 faire, mais cr\u00e9\u00e9e par Mgr Bourget \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment et dans des conditions quasi-identiques, on y retrouverait s\u00fbrement les m\u00eames param\u00e8tres.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_13\">13<\/a>\u00a0Pour une grande partie des catholiques francophones du quartier, une fois ville Saint-Louis disparue, c\u2019est l\u2019appartenance \u00e0 la paroisse de Saint-Enfant-J\u00e9sus du Mile End qui d\u00e9finit alors l\u2019identification communautaire. C\u2019est la raison pour laquelle mon p\u00e8re et mon grand-p\u00e8re, qui v\u00e9curent entre 1912 et 1953 dans un triplex de l\u2019avenue Laurier situ\u00e9 entre Parc et Jeanne-Mance, ont toujours nomm\u00e9 leur quartier le \u00abMile End\u00bb.<\/p>\n<p>La paroisse et son quadrillage institutionnel (\u0153uvres charitables et r\u00e9cr\u00e9atives, \u00e9coles), continue \u00e0 jouer un r\u00f4le d\u2019autant plus important qu\u2019elle a comme cur\u00e9, entre 1915 et 1930, un personnage hors du commun, Mgr Philippe Perrier (1870-1947), surnomm\u00e9 le \u00abcur\u00e9 du Mile-End\u00bb (figure 3).<a name=\"foot_loc_3030_14\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Anatole Vanier, \u00abMgr Perrier\u00bb,\u00a0L&#8217;Action nationale, vol XXX, no 1, septembre 1947, p. 20-26.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_14\">14<\/a> Ami d\u2019Henri Bourassa et de Lionel Groulx (qui y fut h\u00e9berg\u00e9 pendant dix ans), Perrier transforme son presbyt\u00e8re en centre d\u2019action nationaliste\u00a0: son salon est r\u00e9guli\u00e8rement fr\u00e9quent\u00e9, outre Bourassa et Groulx, par des personnalit\u00e9s comme Olivar Asselin ou encore Omer H\u00e9roux, r\u00e9dacteur en chef du <i>Devoir<\/i>. Perrier fut pr\u00e9sident de la Ligue d\u2019action fran\u00e7aise, un des principaux dirigeants de la revue <i>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/i>, un des initiateurs de l\u2019\u00c9cole sociale populaire, et c\u2019est dans le sous-sol de son \u00e9glise que furent fond\u00e9s les syndicats catholiques.<a name=\"foot_loc_3030_15\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Sur Perrier et sur Groulx, voir Susan Mann,\u00a0Lionel Groulx et l\u2019Action fran\u00e7aise, VLB \u00e9diteur, 2005. Sur l\u2019influence du presbyt\u00e8re, on peut \u00e9galement lire Michel Bock, \u00ab Les Franco-Ontariens et le &#8220;r\u00e9veil&#8221; de la nation : la crise du R\u00e8glement XVII dans le parcours intellectuel de Lionel Groulx \u00bb,\u00a0Francophonies d&#8217;Am\u00e9rique, n\u00b0 13, 2002, p. 161.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_15\">15<\/a>\u00a0D\u2019o\u00f9 le surnom donn\u00e9 au presbyt\u00e8re; \u00abl\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 du nord\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_3033\" style=\"width: 309px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Perrier-article.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3033\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3033\" alt=\"Figure 3 - Philippe Perrier (BAnQ).\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Perrier-article.jpg\" width=\"299\" height=\"448\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3033\" class=\"wp-caption-text\">Figure 3 &#8211; Philippe Perrier (BAnQ).<\/p><\/div>\n<p>Mais en m\u00eame temps, la p\u00e9riode o\u00f9 Lionel Groulx est le locataire du presbyt\u00e8re de Saint-Enfant-J\u00e9sus correspond au d\u00e9clin de la paroisse urbaine comme lieu d&#8217;identit\u00e9 communautaire. La ville est un puissant dissolvant, qui cr\u00e9\u00e9e de nouveaux p\u00f4les de r\u00e9f\u00e9rences et qui expose ses r\u00e9sidents \u00e0 d\u2019autres valeurs que celles de la foi catholique traditionnelle. C\u2019est particuli\u00e8rement vrai du Mile End, ce \u00abtiers espace\u00bb, pour reprendre une expression de Sherry Simon, o\u00f9, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019immigration, cohabitent dans un quadrilat\u00e8re restreint des citoyens de nationalit\u00e9s, langues et religions diff\u00e9rentes.<a name=\"foot_loc_3030_16\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Sherry Simon \u00e9crit \u00e0 propos du boulevard Saint-Laurent et de ses environs\u00a0: \u00abCette rue est ainsi devenue une zone tampon, un territoire (\u2026) marqu\u00e9 par une identit\u00e9 ne correspondant\u00a0ni \u00e0 l\u2019un ni \u00e0 l\u2019autre\u00a0des deux p\u00f4les linguistiques de la ville. Cette troisi\u00e8me identit\u00e9, certes, a pendant un certain temps confort\u00e9 et soutenu les p\u00f4les oppos\u00e9s de l\u2019est et de l\u2019ouest, mais elle entre en conflit d\u00e9sormais, avec les codes \u00e9tablis et elle trouble la certitude de toutes les identit\u00e9s.\u00bb \u00abMontr\u00e9al, le tiers espace\u00bb, dans\u00a0Villes en traduction, Calcutta, Trieste, Barcelone et Montr\u00e9al, PUM, 2013, p. 191.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_16\">16<\/a> La r\u00e9action de Lionel Groulx et de ses disciples face \u00e0 cette \u00e9volution prend la forme d\u2019une crispation pass\u00e9iste, fortement teint\u00e9e d\u2019antis\u00e9mitisme. En t\u00e9moigne ce passage dans l\u2019hommage \u2013 publi\u00e9 \u00e0 la \u00abune\u00bb du Devoir \u2013 qu\u2019il rend \u00e0 Perrier apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>C&#8217;est dans les quinze ans de son passage \u00e0 la cure de Saint-Enfant-J\u00e9sus du Mile-End que l&#8217;abb\u00e9 Perrier donna sa mesure, marqua le plus haut point de sa vie. Une population cosmopolite n&#8217;avait pas encore envahi la paroisse. D&#8217;honn\u00eates ouvriers et artisans en constituaient le fond. Sur le boulevard Saint-Joseph, sur l&#8217;avenue du Parc et dans les bouts de rues adjacentes s&#8217;\u00e9taient install\u00e9s une remarquable \u00e9lite de professionnels, quelques illustrations du monde politique et des affaires.<a name=\"foot_loc_3030_17\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0Lionel Groulx, \u00abMonseigneur Philippe Perrier\u00bb, une figure de pr\u00eatre\u00bb,\u00a0Le Devoir, 26 avril 1947, p.1. Dans son propre hommage, le r\u00e9dacteur en chef du journal, Omer H\u00e9roux, d\u00e9plorera que le nom Mile End soit toujours accol\u00e9 \u00e0 celui de la paroisse : \u00abMgr Perrier\u00bb, ibid, 17 avril 1947, p.1.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_17\">17<\/a><\/p>\n<p class=\"soustitre\"><span style=\"font-size: 14px; line-height: 20px;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"soustitre\">Un quartier oubli\u00e9<\/p>\n<p>La prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s deuxi\u00e8me guerre mondiale fait en sorte qu\u2019entre 1950 et 1960, la classe moyenne quitte massivement le Mile End pour les banlieues. C\u2019est particuli\u00e8rement vrai de la communaut\u00e9 juive\u00a0: la population et la quasi-totalit\u00e9 de ses institutions \u2013 \u00e9coles, synagogues, biblioth\u00e8que, centre communautaire \u2013 d\u00e9m\u00e9nagent vers le quartier Snowdon et les banlieues du West Island. Entre 1961 et 1981, le nombre d\u2019habitants passe de 36,272 \u00e0 28,270<a name=\"foot_loc_3030_18\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0Annick Germain, Damaris Rose et Myriam Richard, \u00abLes banlieues de l&#8217;immigration ou quand les immigrants refont les banlieues\u00bb, dans Dany Foug\u00e8res, dir.\u00a0Histoire de Montr\u00e9al et sa r\u00e9gion, tome 2, PUL, 2012, p. 1123.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_18\">18<\/a> : il reste une population pauvre, laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, surtout canadienne-fran\u00e7aise et de nouveaux groupes d\u2019immigrants, Grecs, Italiens et Portugais en particulier, qui commencent au bas de l\u2019\u00e9chelle.<\/p>\n<p>Quartier oubli\u00e9, le Mile End est en voie de perdre identit\u00e9 et nom. Ainsi, le journaliste Edgard Andrew Collard, qui a longtemps tenu une chronique historique dans <i>The Gazette<\/i>, cite en 1966 cette lettre d\u2019un r\u00e9sident de longue date :<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>Quelle est l&#8217;origine du nom \u00abMile End?\u00bb M. Edward McElligott nous a \u00e9crit pour poser cette question. M. McElligott vit sur l&#8217;avenue du Mont-Royal, et a connu ce secteur de Montr\u00e9al toute sa vie. Il se souvient, comme certains d&#8217;entre nous, que le nom Mile End fut d\u00e9j\u00e0 d&#8217;usage courant pour d\u00e9signer cette partie de la ville. Il en reste d&#8217;ailleurs quelques souvenirs. M. McElligott \u00e9crit :<\/p>\n<p>\u00abOn lit parfois un nom ancien qui est &#8216;Mile End&#8217;. Bien que peu d&#8217;anglophones d&#8217;aujourd&#8217;hui en sachent grand-chose, autant les francophones que les anglophones d&#8217;antan le connaissaient bien. Je n&#8217;ai jamais vu une carte qui en montre les fronti\u00e8res, si tant est qu&#8217;une telle chose existe. Et quelle est la signification de ce nom?<\/p>\n<p>\u00abPour nous, alors enfants, il a toujours sembl\u00e9 indiquer le secteur born\u00e9 par la rue Sanguinet (maintenant Henri-Julien), vers l&#8217;ouest jusqu&#8217;\u00e0 la Main (Saint-Laurent) et de l&#8217;avenue Mont-Royal jusqu&#8217;au vieil h\u00f4tel du CPR, du c\u00f4t\u00e9 est de Bernard et de la Main. Pour les paroissiens anglophones de l&#8217;\u00e9glise St. Giles ou de l&#8217;\u00e9glise St. Michael, les mots &#8216;The Annex&#8217; \u00e9taient utilis\u00e9s pour cette belle section \u00e0 l&#8217;ouest de la rue Clark jusqu&#8217;\u00e0, je crois, l&#8217;avenue du Parc. Chaque lot avait une tr\u00e8s jolie maison, toutes avec des jardins, arbres, etc. \u00e0 l&#8217;avant et la vieille \u00e9cole Fairmount \u00e9tait au milieu. Ce secteur avait une large proportion de r\u00e9sidents anglophones.<\/p>\n<p>\u00abCe sont les Canadiens-fran\u00e7ais qui semblent garder le nom Mile End vivant m\u00eame aujourd&#8217;hui. Sur Saint-Laurent et Beaubien, il y a un magasin de v\u00eatements qui porte ce nom. Pr\u00e8s de Jean-Talon, \u00e0 l&#8217;est de Parc, il y a une petite rue encore nomm\u00e9e Mile End. Pour nous les anciens, l&#8217;\u00e9glise catholique romaine de l&#8217;Enfant-J\u00e9sus sur la rue Saint-Dominique, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 du petit parc Lahaie entre Laurier et le boulevard Saint-Joseph, s&#8217;est toujours appel\u00e9e l&#8217;\u00e9glise du Mile End\u00bb.<a name=\"foot_loc_3030_19\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Edgard Andrew Collard, \u00abOf Many Things,\u00a0Montreal\u00a0Gazette,\u00a015 mars 1966, p. 6. (Ma traduction.)\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_19\">19<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"soustitre\">Le pr\u00eatre des pauvres<\/p>\n<p>Le quartier, alors identifi\u00e9 comme l\u2019un des plus d\u00e9favoris\u00e9s de Montr\u00e9al, devient pendant les d\u00e9cennies 1960-1970 un terrain d\u2019intervention privil\u00e9gi\u00e9 des travailleurs sociaux et des groupes communautaires. La rencontre entre ces militants et des pr\u00eatres de la paroisse du Mile End \u2013 un en particulier, Hubert Falardeau \u2013 permit de \u00abrebaptiser\u00bb en quelque sorte ce territoire abandonn\u00e9.<a name=\"foot_loc_3030_20\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" L\u2019histoire des groupes sociaux qui intervinrent alors le Mile End m\u00e9riterait un autre article. Le premier fut le \u00abProjet de r\u00e9novation sociale et urbaine\u00bb, mis sur pied par\u00a0University Settlement, un groupe d\u2019activistes li\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 McGill.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_20\">20<\/a> La revue phare de la gauche qu\u00e9b\u00e9coise d\u2019alors, <i>Parti pris<\/i>, y fait allusion\u00a0: \u00abQue ce soit sous forme de comit\u00e9s de citoyens, de syndicats de pauvres, d&#8217;organisations de quartiers, cette masse autrefois anonyme se cherche une voix propre au lieu de qu\u00e9mander ailleurs appuis et patronage. Elle se fait entendre \u00e0 Saint-Henri, \u00e0 Hochelaga, comme au Mile-End ou \u00e0 Saint-J\u00e9r\u00f4me.\u00bb<a name=\"foot_loc_3030_21\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Gabriel Gagnon,\u00a0Parti-Pris, octobre 1967, p. 35.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_21\">21<\/a><\/p>\n<p>Un des principaux d\u00e9clencheurs de cette mobilisation fut la d\u00e9cision de la Commission des \u00e9coles catholiques de Montr\u00e9al d\u2019exproprier 70 familles en novembre 1967 pour construire une nouvelle \u00e9cole Saint-Enfant-J\u00e9sus \u2013 elle se trouvait jusque-l\u00e0 sur le boulevard Saint-Joseph \u2013 (figure 4) sur la rue Villeneuve, entre Saint-Dominique et Coloniale.<a name=\"foot_loc_3030_22\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Jean-Claude Leclerc, \u00abDes expropriations de la CECM provoquent la col\u00e8re populaire\u00bb,\u00a0Le Devoir, 9 novembre 1967, p. 3. L&#8217;\u00e9cole originale existe toujours; elle est maintenant une coop\u00e9rative d&#8217;habitations. Valeurs de l\u2019\u00e9poque obligent, une \u00e9glise du quartier, Saint-Georges, situ\u00e9e sur Bernard et Saint-Urbain, fut d\u00e9molie en 1971 pour faire place \u00e0 une \u00e9cole moderne, l\u2019actuelle Lambert Closse. Le m\u00eame sort fut r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 \u00abTalmud Torah\u00bb, une des \u00e9coles les plus importantes de la communaut\u00e9 juive pendant les d\u00e9cennies 1930-1950, sur Saint-Joseph au coin de Jeanne-Mance.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_22\">22<\/a> Les familles \u00e9vinc\u00e9es n\u2019avaient droit qu\u2019\u00e0 un minuscule d\u00e9dommagement.<a name=\"foot_loc_3030_23\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Le d\u00e9dommagement correspondait \u00e0 trois mois de loyer et \u00e9tait plafonn\u00e9 \u00e0 165 $. Ibid.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_23\">23<\/a>Ph\u00e9nom\u00e8ne quasi-in\u00e9dit, lors d&#8217;une tumultueuse assembl\u00e9e d&#8217;information, les expropri\u00e9s ne contest\u00e8rent pas seulement le montant d\u00e9risoire des indemnit\u00e9s, mais le principe m\u00eame de l&#8217;expropriation. Ils revendiquent le droit de continuer \u00e0 vivre dans des logements et un quartier qu&#8217;ils consid\u00e8rent \u00eatre le leur.<\/p>\n<div id=\"attachment_3060\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/\u00c9cole-Enfant-J\u00e9sus-WP.png\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3060\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3060\" alt=\"Premi\u00e8re \u00e9cole Saint-Enfant-J\u00e9sus, boulevard Saint-Joseph (Google Street View)\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/\u00c9cole-Enfant-J\u00e9sus-WP-600x507.png\" width=\"600\" height=\"507\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/\u00c9cole-Enfant-J\u00e9sus-WP-600x507.png 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/\u00c9cole-Enfant-J\u00e9sus-WP.png 768w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3060\" class=\"wp-caption-text\">Figure 4 &#8211; Premi\u00e8re \u00e9cole Saint-Enfant-J\u00e9sus, boulevard Saint-Joseph (Google Street View)<\/p><\/div>\n<p>Jusque-l\u00e0, pour tout ce qui concerne la r\u00e9novation urbaine, le concept \u00abon efface tout et on recommence\u00bb faisait consensus : \u00abLa vie utile d&#8217;un b\u00e2timent r\u00e9sidentiel ordinaire dont la charpente et les murs ext\u00e9rieurs sont constitu\u00e9s de bois avec un rev\u00eatement ext\u00e9rieur de briques ou de pierre est \u00e9tablie \u00e0 55 ans maximum.\u00bb<a name=\"foot_loc_3030_24\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0J.J. Delvaux et Pierre Lett, \u00abR\u00e9novation urbaine \u00e0 Montr\u00e9al\u00bb,\u00a0M\u00e9tropole : les Cahiers d&#8217;urbanisme,\u00a0no 3, octobre 1965, Ville de Montr\u00e9al. Cit\u00e9 dans Andr\u00e9 Lortie, dir.\u00a0Les ann\u00e9es 60 : Montr\u00e9al voit grand, Centre canadien d&#8217;architecture, 2005, p. 69.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_24\">24<\/a> Le Conseil central de Montr\u00e9al de la CSN propose m\u00eame de reloger les r\u00e9sidents des quartiers d\u00e9favoris\u00e9s dans les \u00eeles de la Terre des Hommes : \u00abQui irait vivre dans les \u00eeles ? Ces logements populaires devraient \u00eatre offerts en priorit\u00e9 aux gens qui sont ou qui seront expropri\u00e9s (\u2026). C&#8217;est surtout la population du Mile-End et du bas de la ville qui en b\u00e9n\u00e9ficierait\u00bb.<a name=\"foot_loc_3030_25\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00abLa CSN propose une &#8216;cit\u00e9 humaine&#8217; de 11,000 logements sur la Terre des Hommes\u00bb,\u00a0Le Devoir, 23 novembre 1967, p. 6.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_25\">25<\/a><\/p>\n<p>Or, ce que d\u00e9couvrent les jeunes animateurs sociaux fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9s des universit\u00e9s, c&#8217;est que les r\u00e9sidents de ce qui \u00e9tait alors consid\u00e9r\u00e9 comme une zone de taudis irr\u00e9cup\u00e9rables \u00e9taient souvent attach\u00e9s \u00e0 leur quartier :<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>Ces populations avaient une histoire li\u00e9e \u00e0 ces quartiers qui n&#8217;\u00e9tait pas celle de d\u00e9racin\u00e9s. Un r\u00e9seau de solidarit\u00e9, bas\u00e9 sur les relations familiales et le voisinage se r\u00e9v\u00e9lait. Le lieu de r\u00e9sidence renvoyait ainsi \u00e0 un paysage urbain connu et appr\u00e9ci\u00e9, qui \u00e9tait associ\u00e9 \u00e0 des souvenirs personnels, \u00e0 des liens sociaux et \u00e0 une s\u00e9curit\u00e9 devant l&#8217;inconnu.\u00bb<a name=\"foot_loc_3030_26\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Martin Drouin, \u00abDe la d\u00e9molition des taudis \u00e0 la sauvegarde du patrimoine b\u00e2ti (Montr\u00e9al, 1954-1973)\u00bb,\u00a0Revue d&#8217;histoire urbaine, vol. 41, no 1, 2012, p. 28-29. L&#8217;auteur y explique que ce mouvement, amorc\u00e9 dans le quartier de la Petite Bourgogne, culminera avec la lutte contre le projet \u00abConcordia Estates\u00bb (La Cit\u00e9) et la cr\u00e9ation des coop\u00e9ratives de Milton Park, et entra\u00eenera une red\u00e9finition de la notion de patrimoine b\u00e2ti \u00e0 Montr\u00e9al. Jusque-l\u00e0 r\u00e9serv\u00e9 aux monuments historiques ou \u00e0 des quartiers-mus\u00e9es (le Vieux-Montr\u00e9al), le concept \u00e9volua jusqu&#8217;aux perceptions contemporaines de mise en valeur des quartiers centraux.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_26\">26<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>La cohabitation entre Hubert Falardeau, vicaire de la paroisse Saint-Enfant-J\u00e9sus, et les militants n&#8217;est pas toujours facile. Inspir\u00e9 par les pr\u00eatres-ouvriers fran\u00e7ais, il veut faire sortir l&#8217;\u00e9glise de son cadre traditionnel : \u00ab [Je suis] fatigu\u00e9 de n&#8217;avoir que les 20 $ de la Saint-Vincent-de-Paul \u00e0 distribuer par semaine (\u2026), il est temps que le clerg\u00e9 s&#8217;occupe des probl\u00e8mes du peuple\u00bb.<a name=\"foot_loc_3030_27\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Jean-Claude Leclerc, \u00abDes comit\u00e9s de citoyens contestent la &#8216;tutelle&#8217; de l&#8217;abb\u00e9 Falardeau\u00bb,\u00a0Le Devoir, 8 novembre 1967, p.2.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_27\">27<\/a> Mais, lors d&#8217;une assembl\u00e9e destin\u00e9e \u00e0 regrouper des comit\u00e9s de citoyens du futur Plateau Mont-Royal et du centre-ville,<a name=\"foot_loc_3030_28\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Le terme \u00abPlateau Mont-Royal\u00bb n&#8217;\u00e9tait pas non plus encore entr\u00e9 dans l&#8217;usage pour nommer le quartier d&#8217;aujourd&#8217;hui. La r\u00e9union regroupait des groupes comme l&#8217;association des parents de la paroisse Saint-Louis-de-France, ou encore le comit\u00e9 des locataires des habitations Jeanne-Mance.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_28\">28<\/a> des animateurs sociaux lui reprochent de parler \u00e0 des \u00e9lus \u00abau nom du Mile-End\u00bb sans \u00eatre mandat\u00e9, \u00abentretenant ainsi un culte de la personnalit\u00e9 qui encore une fois, maintient la population dans la d\u00e9pendance\u00bb.<a name=\"foot_loc_3030_29\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" Le Devoir article cit\u00e9.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_29\">29<\/a>\u00a0Le pr\u00eatre pr\u00e9sente ses excuses et affirme avoir agi ainsi uniquement parce que les autres pr\u00eatres des paroisses environnantes tardaient \u00e0 s&#8217;impliquer. Ces tensions n&#8217;emp\u00eachent pas Falardeau de continuer \u00e0 faire la manchette<a name=\"foot_loc_3030_30\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\" En d\u00e9cembre 1967, il est l&#8217;un des organisateurs d&#8217;une manifestation devant le minist\u00e8re du bien-\u00eatre social; le printemps suivant, il veut lancer une pharmacie coop\u00e9rative o\u00f9 les m\u00e9dicaments seraient vendus \u00e0 bas prix. \u2013Andrew Geller, \u00abPriest Tries to Organize Poor\u00bb,\u00a0The Gazette, 7 d\u00e9cembre 1967, p. 29; \u00abCooperative Type Drugstore Will Help Poor in Mile End Area\u00bb,\u00a0The Gazette, 2 mars 1968, p. 18.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_30\">30<\/a> : au printemps 1968, il rallie d&#8217;autres pr\u00eatres en opposition aux politiques du maire Drapeau. Son geste fait l\u2019objet d\u2019un article \u00e0 la \u00abune\u00bb du quotidien <i>Le Devoir<\/i> (figure 5).<\/p>\n<div id=\"attachment_3034\" style=\"width: 349px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Pr\u00eatres-du-Mile-End.png\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3034\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3034\" alt=\"Figure 4 - Le Devoir, 2 mai 1968, p.1.\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Pr\u00eatres-du-Mile-End.png\" width=\"339\" height=\"381\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3034\" class=\"wp-caption-text\">Figure 5 &#8211; <em>Le Devoir,<\/em> 2 mai 1968, p.1.<\/p><\/div>\n<p>La fin de semaine du 18 mai 1968, les comit\u00e9s de citoyens des principaux quartiers de la ville se r\u00e9unissent pour jeter les bases d\u2019un mouvement politique. L\u2019une des raisons invoqu\u00e9e est l\u2019\u00e9chec des actions men\u00e9es jusque-l\u00e0\u00a0: \u00abLe comit\u00e9 des citoyens du Mile-End, dans le centre de Montr\u00e9al, a protest\u00e9 contre trois expropriations faites dans le quartier par la Commission des \u00e9coles catholiques de Montr\u00e9al. Mais sans succ\u00e8s \u00e0 ce jour.\u00bb<a name=\"foot_loc_3030_31\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Jean-Claude Leclerc, \u00abGrandmaison : les citoyens doivent contester la soci\u00e9t\u00e9 et rapatrier le pouvoir \u00e0 la base\u00bb,\u00a0Le Devoir, lundi 20 mai 1968, p. 3.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_31\">31<\/a>\u00a0Pour les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques, la pr\u00e9sence du vicaire \u00e0 cette rencontre est la goutte de trop : une semaine plus tard, Hubert Falardeau est expuls\u00e9 du presbyt\u00e8re de Saint-Enfant-J\u00e9sus.<a name=\"foot_loc_3030_32\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Andrew Geller, \u00abCity\u2019s \u2018Priest Of The Poor\u2019 Evicted From Room\u00bb,\u00a0The Gazette, mardi 28 mai 1968, p. 1.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_32\">32<\/a><\/p>\n<p>Mais l\u2019abb\u00e9 Falardeau n\u2019en reste pas l\u00e0. Il d\u00e9cide de tenir t\u00eate \u00e0 sa hi\u00e9rarchie et se pr\u00e9sente comme candidat ind\u00e9pendant aux \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales du mois suivant, le 25 juin 1968 (figure 6). Se pr\u00e9sentant comme le \u00abcandidat des pauvres\u00bb sa campagne \u00e9lectorale recevra une couverture m\u00e9diatique abondante, et plusieurs journaux \u00e9criront que le d\u00e9put\u00e9 lib\u00e9ral sortant est en s\u00e9rieuse difficult\u00e9s. Ce dernier se d\u00e9fend surtout en qualifiant Falardeau de \u00abcommuniste\u00bb.<a name=\"foot_loc_3030_33\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0Quelques exemples : George Radwanski, \u00abPriest-candidate under electoral barrage\u00bb,\u00a0The Gazette, 14 juin 1968, p. 8. \u00abPour \u00eatre \u00e9lu, le \u2018citoyen\u2019 Falardeau fait les tavernes\u00bb,\u00a0La Patrie, 16 juin 1968, p.5.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_33\">33<\/a><\/p>\n<div id=\"attachment_3037\" style=\"width: 401px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Falardeau-WP.png\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3037\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3037\" alt=\"Le Devoir, 6 juin 1968, p. 1.\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Falardeau-WP.png\" width=\"391\" height=\"428\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3037\" class=\"wp-caption-text\">Figure 6 &#8211; Le<em> Devoir<\/em>, 6 juin 1968, p. 1.<\/p><\/div>\n<p>Si le \u00abcur\u00e9 des pauvres\u00bb n&#8217;est pas \u00e9lu, il arrive bon deuxi\u00e8me, avec 4297 voix.\u00a0Mais, surtout, le militantisme d\u2019Hubert Falardeau, en faisant la jonction entre le Mile End de la vieille paroisse catholique canadienne-fran\u00e7aise et celui des groupes sociaux qui militent dans le quartier au cours des d\u00e9cennies suivantes, aura largement contribu\u00e9 \u00e0 faire en sorte que le nom Mile End, jamais compl\u00e8tement disparu, connaisse une v\u00e9ritable renaissance.<a name=\"foot_loc_3030_34\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Un documentaire de l\u2019ONF tourn\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante,\u00a0Les fleurs c\u2019est pour Rosemont, pr\u00e9sente un groupe d\u2019\u00e9tudiants en architecture de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al qui tentera de convaincre les r\u00e9sidents de la ruelle Demers, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 l\u2019abb\u00e9 Falardeau a annonc\u00e9 sa candidature, de s\u2019impliquer pour am\u00e9liorer leur sort. Le film peut \u00eatre vu en ligne\u00a0:\u00a0https:\/\/www.onf.ca\/film\/les_fleurs_c_est_pour_rosemont. Hubert Falardeau, lui, quittera la pr\u00eatrise et s\u2019exilera \u00e0 Vancouver. Il refera parler de lui en 1986, lorsque de retour au Qu\u00e9bec, il \u00e9crit une lettre au pape pour demander sa r\u00e9int\u00e9gration au clerg\u00e9. Florian Bernard, \u00abAvec femme et enfants, l\u2019ex-abb\u00e9 Falardeau veut redevenir vicaire\u00bb,\u00a0La Presse, 12 novembre 1986, p. A3.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_34\">34<\/a><\/p>\n<p class=\"soustitre\">Le \u00abMile End West Project\u00bb<\/p>\n<p>Le Mile End de l&#8217;abb\u00e9 Falardeau, situ\u00e9 \u00e0 l&#8217;est du boulevard Saint-Laurent, est avant tout francophone. Quelques rues plus \u00e0 l&#8217;ouest, et pendant la m\u00eame p\u00e9riode, \u00e9merge un mouvement parall\u00e8le de r\u00e9appropriation du quartier par ses r\u00e9sidents. Dans ce cas-ci, l&#8217;action d&#8217;un organisme implant\u00e9 dans le Mile End depuis le d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle, le YMCA, fut d\u00e9cisive.<\/p>\n<p>La \u00abNorth Branch\u00bb du YMCA a pignon sur rue dans le quartier depuis 1907. \u00c0 l&#8217;origine, il s&#8217;agit d&#8217;un organisme missionnaire, faisant la promotion d&#8217;une vie religieuse saine aupr\u00e8s des jeunes anglo-protestants. D&#8217;abord \u00e9tabli dans un \u00e9difice situ\u00e9 sur l&#8217;avenue Fairmount au coin de Jeanne-Mance, le YMCA emm\u00e9nage dans un \u00e9difice neuf en 1912, sur l&#8217;avenue du Parc, coin Saint-Viateur (figure 7). Le \u00abY\u00bb a aussi une branche internationale, qui offre des cours aux immigrants fra\u00eechement arriv\u00e9s, situ\u00e9e au centre-ville. En 1950, la direction de l&#8217;organisme d\u00e9cide de d\u00e9m\u00e9nager la branche internationale dans l&#8217;immeuble de l&#8217;avenue du Parc, invoquant deux raisons : le membership du \u00abNorth Branch\u00bb est en fort d\u00e9clin, en raison de l&#8217;exode de la classe moyenne vers les banlieues, et le quartier environnant devient de plus en plus une zone de destination pour l&#8217;importante immigration d&#8217;apr\u00e8s-guerre.<a name=\"foot_loc_3030_35\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Archives de l&#8217;Universit\u00e9 Concordia, Fonds d&#8217;archives du YMCA Montr\u00e9al :\u00a0Branch\u00a0Planning and Development Report, 1967-1972,\u00a015 juin 1967, P145-11D. Je tiens \u00e0 remercier Damaris Rose, de l&#8217;INRS-Urbanisation, qui a g\u00e9n\u00e9reusement partag\u00e9 sa documentation obtenue des archives du YMCA lors d\u2019une recherche ant\u00e9rieure.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_35\">35<\/a><\/p>\n<div id=\"attachment_3038\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/06M_E6S7SS1P700678_024.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3038\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3038\" alt=\"Le YMCA International en 1970, photo Gabor Szilasi (BAnQ),\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/06M_E6S7SS1P700678_024-600x401.jpg\" width=\"600\" height=\"401\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/06M_E6S7SS1P700678_024-600x401.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/06M_E6S7SS1P700678_024-1024x684.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/06M_E6S7SS1P700678_024.jpg 1250w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3038\" class=\"wp-caption-text\">Figure 7 : Le YMCA International en 1970, photo Gabor Szilasi (BAnQ),<\/p><\/div>\n<p>Le Y offre des cours d&#8217;anglais (le fran\u00e7ais est ajout\u00e9 en 1963) et des activit\u00e9s sociales destin\u00e9s \u00e0 faciliter l&#8217;int\u00e9gration de ces nouveaux arrivants; 1,200 \u00e9tudiants fr\u00e9quentent l&#8217;\u00e9tablissement en 1966. En 1967, le Y fait un virage vers l&#8217;action communautaire : \u00abWe must get out of the building where we have become walled off from the population, and into the real life of the community.\u00bb<a name=\"foot_loc_3030_36\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"bid. p. 13. (\u00abNous devons nous d\u00e9cloisonner en sortant de cet \u00e9difice, o\u00f9 nous nous sommes isol\u00e9s de la population et p\u00e9n\u00e9trer dans la vie r\u00e9elle de la communaut\u00e9 locale.\u00bb \u2014Ma traduction.)\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_36\">36<\/a> Cette volont\u00e9 part du constat que le quartier o\u00f9 se trouve l&#8217;institution est un quartier abandonn\u00e9 :<\/p>\n<blockquote class=\"citation\"><p>C&#8217;est un secteur d&#8217;une extr\u00eame pauvret\u00e9, avec des logements vieux et d\u00e9t\u00e9rior\u00e9s; des rues et des ruelles sales; un taux \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9crochage scolaire; des d\u00e9linquants juv\u00e9niles r\u00e9cidivistes; une population fragment\u00e9e, comprenant plusieurs groupes ethniques, sans sentiment d&#8217;appartenance communautaire; et aucun leadership efficace. Le niveau moyen de scolarit\u00e9 est beaucoup plus bas que la moyenne montr\u00e9alaise; le taux de ch\u00f4mage beaucoup plus \u00e9lev\u00e9, et le nombre de b\u00e9n\u00e9ficiaires de l&#8217;aide sociale consid\u00e9rable. Le secteur n&#8217;a pas d&#8217;installations pour les loisirs, int\u00e9rieurs comme ext\u00e9rieurs.<a name=\"foot_loc_3030_37\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Ibid. p. 7. \u2013Ma traduction.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_37\">37<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Le territoire \u00e0 desservir est d\u00e9crit comme difficile \u00e0 d\u00e9finir. Le projet initial du Y d\u00e9signe sous le nom de \u00abMile End\u00bb un vaste quadrilat\u00e8re compris entre l&#8217;avenue des Pins, au sud, la voie ferr\u00e9e du CPR, au nord, la rue Saint-Denis \u00e0 l&#8217;est et la rue Hutchison \u00e0 l&#8217;ouest; la fronti\u00e8re du \u00abMile End West\u00bb, elle, s&#8217;arr\u00eate \u00e0 la rue Saint-Dominique, c\u00f4t\u00e9 est, et \u00e0 l&#8217;avenue Mont-Royal, au sud. C&#8217;est l\u00e0 que le Y propose de recentrer son action et de faire de l&#8217;intervention aupr\u00e8s de la communaut\u00e9 grecque sa priorit\u00e9; \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60, celle-ci repr\u00e9senterait entre 60 et 70% de la population du secteur ainsi circonscrit. Mais, surtout, la population grecque, d&#8217;immigration r\u00e9cente, est d\u00e9crite comme vivant isol\u00e9e dans un ghetto culturel et comme ayant peu conscience de ses droits.<\/p>\n<p>Le Y embauchera donc des travailleurs sociaux et offrira une s\u00e9rie de services : cliniques juridiques, camp d&#8217;\u00e9t\u00e9 pour les jeunes, cr\u00e9ation d&#8217;association de parents pour obtenir de meilleures \u00e9coles, etc. Le projet est pr\u00e9sent\u00e9 comme temporaire, dans la mesure o\u00f9 le but est de favoriser l&#8217;int\u00e9gration de la communaut\u00e9 grecque \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;accueil et la prise en main de ces services par la communaut\u00e9 elle-m\u00eame. Le projet pr\u00e9dit m\u00eame que la pr\u00e9sence grecque dans le Mile End serait un ph\u00e9nom\u00e8ne temporaire et qu&#8217;en s&#8217;int\u00e9grant, cette communaut\u00e9 migrerait vers d&#8217;autres quartiers, comme les groupes d&#8217;immigrants plus anciens. L&#8217;auteur ajoute que le quartier redeviendrait ainsi sans doute majoritairement canadien-fran\u00e7ais, mais qu&#8217;il s&#8217;agirait d&#8217;une population pauvre et marginale\u00a0!<a name=\"foot_loc_3030_38\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"Ibid. p. 8-9 : Les immigrants : \u00absee this area as purely a stepping stone, till they become established in Canada and can move to better conditions. (\u2026) Hard core poverty group, to a much greater extent Canadian born, and unable to move out of the district because of lack of money, who don&#8217;t see any way out in the foreseeable future. This group is increasing as those left behind in the drive towards affluence move into low rent areas vacated by the more dynamic immigrant groups.\u00bb\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_38\">38<\/a><\/p>\n<p class=\"soustitre\">\u00a0La renaissance multiethnique<\/p>\n<p>Le travail du YMCA aupr\u00e8s de la communaut\u00e9 grecque et, \u00e0 partir des ann\u00e9es 70, aupr\u00e8s de d&#8217;autres g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;immigrants, latino-am\u00e9ricains notamment, contribue \u00e0 mettre en valeur le caract\u00e8re multiethnique du secteur. La connotation p\u00e9jorative li\u00e9e au quartier cosmopolite \u00e9voqu\u00e9e par le chanoine Groulx et ses disciples disparait au profit d&#8217;une c\u00e9l\u00e9bration de la diff\u00e9rence.<a name=\"foot_loc_3030_39\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"La cr\u00e9ation du CLSC Saint-Louis du Parc, au milieu des ann\u00e9es 70, avec son mandat explicite de rejoindre les communaut\u00e9s culturelles du quartier \u2013 grecque et portugaise en particulier \u2013 sera un autre jalon important de cette nouvelle identit\u00e9.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_39\">39<\/a>\u00a0Le Mile End retrouve son identit\u00e9 comme le quartier multiculturel montr\u00e9alais par excellence : le choix de nommer la premi\u00e8re biblioth\u00e8que multiethnique de Montr\u00e9al \u00abbiblioth\u00e8que du Mile-End\u00bb, inaugur\u00e9e avenue du Parc le 8 novembre 1982, confirme cette identit\u00e9 retrouv\u00e9e\u00a0(figure 8).<a name=\"foot_loc_3030_40\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"La premi\u00e8re biblioth\u00e8que multiethnique\u00bb,\u00a0La Presse, 11 septembre 1982, p. 2 : \u00abSitu\u00e9e au 5253 avenue du Parc, en plein quartier multiethnique, cette biblioth\u00e8que aura des rayons consacr\u00e9s \u00e0 des \u0153uvres \u00e9crites ou traduites dans toutes les langues avec pr\u00e9dominance du grec, du portugais, de l&#8217;italien et de l&#8217;espagnol.\u00bb Co\u00efncidence, l&#8217;immeuble qui abrite cette biblioth\u00e8que a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9 \u00e0 l&#8217;emplacement m\u00eame de la premi\u00e8re villa construite sur cette avenue, en 1893, par Rienzi Athel Mainwaring, l&#8217;un des principaux promoteurs de \u00abMontreal Annex\u00bb, la banlieue bourgeoise de l&#8217;ouest du Mile End. Une autre mobilisation, initi\u00e9e par le Comit\u00e9 des citoyens en 1992, permit la pr\u00e9servation de l&#8217;\u00e9glise anglicane de l&#8217;Ascension, situ\u00e9e plus au nord au coin de la rue Saint-Viateur, lorsque la biblioth\u00e8que y d\u00e9m\u00e9nagea.\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_40\">40<\/a><\/p>\n<div id=\"attachment_3039\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Ouverture-biblioth\u00e8que-du-ME-LP-09-11-1982-p.2.png\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3039\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3039\" alt=\"Figure 6 - Inauguration de la biblioth\u00e8que du Mile-End, La Presse, 09 novembre 1982.\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Ouverture-biblioth\u00e8que-du-ME-LP-09-11-1982-p.2-600x416.png\" width=\"600\" height=\"416\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Ouverture-biblioth\u00e8que-du-ME-LP-09-11-1982-p.2-600x416.png 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Ouverture-biblioth\u00e8que-du-ME-LP-09-11-1982-p.2.png 1009w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3039\" class=\"wp-caption-text\">Figure 8 \u2013 Inauguration de la biblioth\u00e8que du Mile End, <em>La Presse<\/em>, 09 novembre 1982.<\/p><\/div>\n<p>Cette m\u00eame ann\u00e9e 1982 voit aussi la naissance de l&#8217;actuel Comit\u00e9 des citoyens du Mile End qui, notamment en organisant une f\u00eate de la Saint-Jean plurielle entre 1986 et 1998, fera de l&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du quartier un p\u00f4le d&#8217;attraction. L&#8217;hybridit\u00e9 du Mile End devient ainsi une valeur \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer et ancre son dynamisme contemporain.<a name=\"foot_loc_3030_41\" class=\"annie_footnoteRef annie_custom\" title=\"\u00a0\u00c0 ce sujet, on lira avec profit\u00a0L&#8217;hybridit\u00e9 culturelle, de Sherry Simon (L&#8217;\u00eele de la Tortue, 1999).\" href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/la-renaissance-du-mile-end-et-les-mouvements-citoyens\/#foot_text_3030_41\">41<\/a><\/p>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Yves\/Documents\/Projet%20%C2%ABAnnexe%C2%BB\/Articles%20site%20web\/La%20renaissance%20du%20nom%20Mile%20End%20-%20web%20-%20commDR.docx#_ftnref41\">\u00a0<\/a><\/p>\n<\/div>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article sur la survie du terme Mile End comme toponyme montr\u00e9alais est une version allong\u00e9e de la communication pr\u00e9sent\u00e9e par Yves Desjardins lors de la demi-journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tudes \u00abLe Plateau, histoire et m\u00e9moire\u00bb, organis\u00e9e par le Laboratoire d&#8217;histoire et de patrimoine de Montr\u00e9al (UQAM) au mus\u00e9e Pointe-\u00e0-Calli\u00e8re, le 10 mars 2014. Une autre pr\u00e9sentation faite [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[26],"tags":[32,20,33,34],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3030"}],"collection":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3030"}],"version-history":[{"count":37,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3030\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3153,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3030\/revisions\/3153"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3030"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3030"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3030"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}