{"id":3708,"date":"2016-10-01T10:50:32","date_gmt":"2016-10-01T14:50:32","guid":{"rendered":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/?p=3708"},"modified":"2024-02-07T13:30:08","modified_gmt":"2024-02-07T18:30:08","slug":"maison-rienzi-athel-mainwaring","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/maison-rienzi-athel-mainwaring\/","title":{"rendered":"Maison Rienzi-Athel-Mainwaring"},"content":{"rendered":"<p><div id=\"attachment_3532\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3532\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3532 size-medium\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1891-villa-Mainwaring-600x488.jpg\" alt=\"1892 villa Mainwaring\" width=\"600\" height=\"488\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1891-villa-Mainwaring-600x488.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1891-villa-Mainwaring-768x624.jpg 768w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1891-villa-Mainwaring-1024x832.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1891-villa-Mainwaring.jpg 1387w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-3532\" class=\"wp-caption-text\">La r\u00e9sidence de M. Mainwaring, avenue du Parc. Extrait d&#8217;un prospectus, vers 1892. BAnQ P488,S1,P1<\/p><\/div><\/p>\n<p><em>\u00c0 la place de l\u2019immeuble du 5253 avenue du Parc se dressait la premi\u00e8re maison construite sur l\u2019avenue du Parc au nord de l\u2019avenue Mont-Royal. Son destin est particuli\u00e8rement repr\u00e9sentatif des mutations que conna\u00eet le Mile End au 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En 1892, l\u2019agent d\u2019immeuble torontois Rienzi Athel Mainwaring se fait b\u00e2tir une luxueuse villa. Elle doit lui permettre de faire la promotion de son projet immobilier <\/em><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/montreal-annex-a-strictly-high-class-suburb\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Montreal Annex<\/a><em>, une banlieue destin\u00e9e \u00e0 la bourgeoisie dont l\u2019avenue du Parc sera le fleuron. La construction d\u2019immeubles \u00e0 appartements depuis les ann\u00e9es 1910, le changement de zonage de l\u2019avenue du Parc \u00e0 partir de 1913 \u2013 l\u2019ouverture de commerces y est d\u00e9sormais autoris\u00e9e \u2013 et son caract\u00e8re d\u2019art\u00e8re de transit nord-sud importante, la rendent moins attrayante pour les notables qui pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019installer dans la banlieue voisine d\u2019Outremont. Au cours du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la r\u00e9sidence Mainwaring passe entre diverses mains et est subdivis\u00e9e en appartements. Au printemps 1973, devenue une maison de chambres particuli\u00e8rement insalubre, elle subit le m\u00eame sort que celui de nombreux immeubles dans le Mile End au cours des ann\u00e9es 1970\u00a0: elle est d\u00e9truite par un incendie d\u2019origine probablement criminelle.<\/em><\/p>\n<p><em>Un nouveau b\u00e2timent construit sur ce site h\u00e9berge d\u00e8s 1982 la biblioth\u00e8que multiethnique du Mile End. C\u2019est la r\u00e9surgence du toponyme \u00ab\u00a0Mile End\u00a0\u00bb qui avait presque disparu de la m\u00e9moire des Montr\u00e9alais et le d\u00e9but du renouveau d\u2019un quartier qui avait \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme une des \u00ab\u00a0zones grises\u00a0\u00bb de Montr\u00e9al dont les promoteurs du renouveau urbain r\u00eavaient la destruction.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>En 1891, un agent d&#8217;immeuble torontois, Rienzi Athel Mainwaring, d\u00e9m\u00e9nage \u00e0 Montr\u00e9al pour y faire la promotion d&#8217;un projet immobilier prestigieux, <em>Montreal Annex<\/em>. Avec son associ\u00e9, Clarence J. McCuaig, il r\u00eave de transformer ce qui est aujourd&#8217;hui l&#8217;est d&#8217;Outremont et l&#8217;ouest du Mile End en l&#8217;une des plus prestigieuses banlieues montr\u00e9alaises. Son \u00e9pine dorsale doit \u00eatre la future avenue du Parc : r\u00e9serv\u00e9e exclusivement aux r\u00e9sidences de grande classe, toute activit\u00e9 commerciale y est interdite.<\/p>\n<p>Pour faire la promotion du projet, Mainwaring s&#8217;y fait construire une vaste demeure bourgeoise en 1892. Il en confie la conception \u00e0 Knox &amp; Elliott, une prestigieuse firme d&#8217;architectes torontoise, au co\u00fbt de 30 000$, une somme consid\u00e9rable alors. C&#8217;est en quelque sorte une maison-mod\u00e8le, isol\u00e9e dans un secteur alors compl\u00e8tement rural, et qui doit pr\u00e9figurer le d\u00e9veloppement imagin\u00e9 par ses promoteurs. \u00c0 bien des \u00e9gards, son histoire a valeur de symbole des mutations du Mile End au cours des d\u00e9cennies suivantes. En effet, les r\u00eaves de McCuaig et Mainwaring se heurtent \u00e0 une s\u00e9rie d&#8217;obstacles : le march\u00e9 immobilier montr\u00e9alais est paralys\u00e9 par une r\u00e9cession qui dure jusqu&#8217;\u00e0 la fin de la d\u00e9cennie ; l&#8217;arriv\u00e9e du tramway \u00e9lectrique est retard\u00e9e de plusieurs ann\u00e9es et la \u00abprestigieuse\u00bb avenue du Parc demeure un chemin de gravier mal entretenu jusqu&#8217;au d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Mainwaring n&#8217;y habite probablement jamais \u2013 tout au plus, il la pr\u00eate le dimanche \u00e0 la congr\u00e9gation m\u00e9thodiste du quartier naissant et y h\u00e9berge son jardinier \u2013 avant de s&#8217;en d\u00e9partir en juillet 1893. En 1895, un cr\u00e9ancier du propri\u00e9taire fait saisir la maison par le sh\u00e9rif. Lorsque l&#8217;affaire est enfin r\u00e9solue en 1898, la famille Bagg, qui a vendu \u00e0 McCuaig et Mainwaring une partie des terres du nouveau quartier et qui d\u00e9tenait une hypoth\u00e8que sur la propri\u00e9t\u00e9, en prend possession et la loue. Elle est vendue en 1905 \u00e0 un prosp\u00e8re avocat canadien-fran\u00e7ais, qui y demeure jusqu&#8217;en 1914. Gr\u00e2ce au boom immobilier du d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l&#8217;avenue du Parc semble enfin avoir pris son essor et la construction d&#8217;autres r\u00e9sidences luxueuses, comme <a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fairmount-court-appartements\/\">celle de l&#8217;architecte Joseph Perrault<\/a> situ\u00e9e juste en face (1904) ou <a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/college-rabbinique-du-canada-tomchei-tmimim\/\">celle du pharmacien Hercule Guerin<\/a> (1908), sa voisine imm\u00e9diate au nord, fait que la r\u00e9sidence Mainwaring est d\u00e9sormais au c\u0153ur d\u2019un noyau chic sur l\u2019avenue du Parc.<\/p>\n<p>Mais, l&#8217;annexion de ville Saint-Louis par Montr\u00e9al en 1910 entraine des changements irr\u00e9versibles. L&#8217;avenue du Parc est ouverte au d\u00e9veloppement commercial et se voit confirm\u00e9e dans sa vocation d&#8217;importante art\u00e8re de transit entre le centre-ville et le nord de Montr\u00e9al. Les avocats, m\u00e9decins et entrepreneurs qui en avaient fait leur lieu de r\u00e9sidence d\u00e9m\u00e9nagent vers les rues plus tranquilles d&#8217;Outremont. La villa Mainwaring est revendue en 1918 au marchand J. O. Gareau, le propri\u00e9taire du <a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/magasin-le-mont-royal\/\">magasin \u00e0 rayons Le Mont Royal<\/a>. Celui-ci la vend \u00e0 son tour en 1925 et elle se voit subdivis\u00e9e en neuf petits appartements. En novembre de cette m\u00eame ann\u00e9e, l&#8217;architecte Jean-Julien Perrault, le fils de Joseph, d\u00e9pose les plans d&#8217;une annexe qui sera construite l&#8217;ann\u00e9e suivante \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re de la maison. Rebaptis\u00e9 \u00ab Castle Inn Apartments \u00bb, l&#8217;immeuble compte d\u00e9sormais 77 appartements et chambres !<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ce changement de vocation, la premi\u00e8re r\u00e9sidence construite sur l&#8217;avenue du Parc continuera d&#8217;avoir pignon sur rue jusqu&#8217;\u00e0 ce que, dans la nuit du 8 avril 1973, un tragique incendie d\u00e9truise l&#8217;\u00e9difice causant la mort d&#8217;au moins huit personnes (deux autres personnes dont les corps n&#8217;ont jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s sont consid\u00e9r\u00e9es disparues). L&#8217;enqu\u00eate du coroner et commissaire aux incendies qui suit r\u00e9v\u00e8le que cette trag\u00e9die \u00e9tait tout sauf un accident. Non seulement il s&#8217;agit probablement d&#8217;un incendie criminel, mais l&#8217;incomp\u00e9tence des fonctionnaires municipaux, qui ont ferm\u00e9 les yeux sur un taudis devenu une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0trappe \u00e0 feu\u00a0\u00bb, n&#8217;a d&#8217;\u00e9gal que la cupidit\u00e9 de propri\u00e9taires d\u00e9nu\u00e9s de tout scrupule.<\/p>\n<div id=\"attachment_3846\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3846\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3846\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Maison-Mainwaring-600x369.jpg\" alt=\"La maison Mainwaring, au lendemain de l'incendie du 8 avril 1973. Photo Jean Goupil, Archives du journal La Presse.\" width=\"600\" height=\"369\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Maison-Mainwaring-600x369.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Maison-Mainwaring-768x472.jpg 768w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Maison-Mainwaring-1024x630.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Maison-Mainwaring-570x350.jpg 570w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-3846\" class=\"wp-caption-text\">La maison Mainwaring, au lendemain de l&#8217;incendie du 8 avril 1973. Photo Jean Goupil, Archives du journal La Presse.<\/p><\/div>\n<p>En effet, les propri\u00e9taires de l&#8217;immeuble se cachaient derri\u00e8re un pr\u00eate-nom. Joseph Longtin \u00e9tait pay\u00e9 25 $ par le notaire Nathan Fish pour chaque document qu&#8217;il signait. Interrog\u00e9 par le coroner, Longtin reconna\u00eet en avoir ainsi sign\u00e9 r\u00e9cemment une douzaine sans avoir aucune id\u00e9e de leur contenu. Les v\u00e9ritables propri\u00e9taires \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 Leon Berlin et Sydney Spinner. Ce dernier, failli non-lib\u00e9r\u00e9 devant pr\u00e8s d&#8217;un million de dollars \u00e0 ses cr\u00e9anciers, n&#8217;avait pas le droit de poss\u00e9der d&#8217;immeubles. Ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas, en utilisant des pr\u00eate-noms, d&#8217;acqu\u00e9rir une douzaine d&#8217;\u00e9difices \u00e0 Montr\u00e9al en 1971-1972. Lors de l&#8217;enqu\u00eate, Spinner avoue \u00e9galement que, seulement pour le <em>Castle Inn<\/em>, il a per\u00e7u 3 000 $ en loyers en f\u00e9vrier, le mois pr\u00e9c\u00e9dant l&#8217;incendie.<\/p>\n<p>Courtier en immeubles, Leon Berlin a \u00e9t\u00e9 propri\u00e9taire du <em>Castle Inn<\/em> pendant pr\u00e8s de 10 ans. Il l&#8217;a vendu \u00e0 Spinner \u2013 via le pr\u00eate-nom \u2013 en 1971, mais toujours cr\u00e9ancier hypoth\u00e9caire, il en reprend possession un mois avant l&#8217;incendie. Trois jours avant l&#8217;incendie, Berlin acquiert une police d&#8217;assurance-incendie de 300\u00a0000 $ sur la propri\u00e9t\u00e9. Le concierge qu&#8217;il engage, Rom\u00e9o Brunet, d\u00e9crit ainsi l&#8217;\u00e9tat dans lequel se trouvait <em>Castle Inn<\/em> lorsque Berlin en a repris possession :<\/p>\n<blockquote><p>Les portes des chambres \u00e9taient arrach\u00e9es, les matelas \u00e9taient d\u00e9chir\u00e9s, les meubles \u00e9taient empil\u00e9s dans le bout des passages, les escaliers arri\u00e8re \u00e9taient bouch\u00e9s de vieux matelas, de vieilles chaises. [\u2026] L&#8217;odeur \u00e9tait terrible [\u2026], odeur qui se d\u00e9gageait des vidanges accumul\u00e9s, des tapis mouill\u00e9s. Les enfants rentraient et sortaient par les ch\u00e2ssis. Un grand nombre des appartements \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, lorsque monsieur Berlin en a repris possession, \u00e9taient vides, non lou\u00e9s. C&#8217;\u00e9tait tout \u00e0 l&#8217;envers [\u2026]. Les coquerelles sortaient de dessous les po\u00eales [\u2026], de dessous les matelas. [\u2026] Dans certains appartements, il n&#8217;y avait plus de vitres.<\/p><\/blockquote>\n<p>Une locataire, Mary Nadon, t\u00e9moigne \u00e0 son tour. Elle explique avoir droit \u00e0 une chambre gratuite en \u00e9change de menus travaux qu&#8217;elle fait pour le concierge. Elle affirme que c&#8217;est ce dernier et Leon Berlin qui lui ont demand\u00e9 de mettre le feu \u00e0 l&#8217;\u00e9difice. En larmes, elle d\u00e9clare : \u00abHe was having all kinds of trouble with the building. The police were there nearly every night looking for people who were smoking marijuana and hashish and taking pills \u00bb. Mary Nadon ne pourra terminer son t\u00e9moignage : elle est imm\u00e9diatement interrompue par le procureur, qui affirme que ces graves accusations pourraient \u00eatre pr\u00e9judiciables \u00e0 l&#8217;enqu\u00eate criminelle en cours. Le coroner permet \u00e0 Leon Berlin de se d\u00e9fendre. Celui-ci nie avoir demand\u00e9 \u00e0 Mary Nadon de mettre le feu, bien qu&#8217;il admette avoir souhait\u00e9, dans un moment de col\u00e8re, voir l&#8217;immeuble br\u00fbler, mais ajoute-t-il, il s&#8217;exprimait de fa\u00e7on m\u00e9taphorique.<\/p>\n<p>Le 24 mai 1973, le coroner Paul-\u00c9mile L&#8217;\u00c9cuyer remet un rapport accablant. Il \u00e9crit que l&#8217;incendie est \u00ab\u00a0probablement\u00a0\u00bb d&#8217;origine criminelle, mais que la preuve ne peut en \u00eatre \u00e9tablie avec certitude, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de deux foyers distincts. Le coroner rejette \u00e9galement le t\u00e9moignage de Mary Nadon, jug\u00e9 peu cr\u00e9dible en raison de ses nombreuses contradictions. La veille de son t\u00e9moignage, d\u00e9tenue \u00e0 la prison Tanguay, Mary Nadon avait tent\u00e9 de se suicider en avalant des m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>Mais le coroner recommande le cong\u00e9diement du chef de la pr\u00e9vention des incendies de la ville de Montr\u00e9al, Maurice Lessard. L&#8217;enqu\u00eate a d\u00e9montr\u00e9 que l&#8217;immeuble aurait d\u00fb \u00eatre condamn\u00e9 depuis longtemps en raison de la quantit\u00e9 impressionnante de violations au code de s\u00e9curit\u00e9 : absence de lumi\u00e8res d&#8217;urgence; syst\u00e8me d&#8217;alarme d\u00e9fectueux; sorties de secours obstru\u00e9es par des amoncellements de d\u00e9chets; etc. Le service des b\u00e2timents de la ville de Montr\u00e9al ne s&#8217;en tire gu\u00e8re mieux : l&#8217;un de ses inspecteurs reconna\u00eet s\u2019\u00eatre rendu sur les lieux \u00e0 la suite de plusieurs plaintes, mais s\u2019\u00eatre content\u00e9 d&#8217;un coup d&#8217;\u0153il sur le hall d&#8217;entr\u00e9e et les corridors adjacents. Le fonctionnaire admet qu&#8217;il ne savait pas que vingt-et-une chambres ne disposaient d&#8217;aucune sortie de secours. Le coroner d\u00e9nonce \u00e9galement la fraude aux assurances \u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me. Il souligne que l&#8217;immeuble avait \u00e9t\u00e9 assur\u00e9 \u00ab\u00a0bien au-del\u00e0 de sa valeur r\u00e9elle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sans v\u00e9rification aucune\u00a0\u00bb :<\/p>\n<blockquote><p>En nous basant non seulement sur ce cas, mais sur une foule d&#8217;autres cas encore beaucoup plus patents de sur-assurance, constat\u00e9s lors de nos enqu\u00eates ant\u00e9rieures qui nous d\u00e9montrent qu&#8217;il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une pratique courante, nous recommandons que les courtiers ou agents qui en \u00e9change d&#8217;une prime sup\u00e9rieure souscrivent ces polices soient passibles de poursuites p\u00e9nales.<\/p><\/blockquote>\n<p>Si les recommandations du coroner concernant les fonctionnaires sont ignor\u00e9es il en va autrement de celles concernant Leon Berlin et Sydney Spinner. Le coroner recommande qu&#8217;ils soient accus\u00e9s de n\u00e9gligence criminelle \u00a0\u2013 non pas parce qu&#8217;ils sont \u00e0 l&#8217;origine de l&#8217;incendie ou parce qu&#8217;ils ont tent\u00e9 de frauder les assurances, accusations qui rel\u00e8vent de l&#8217;enqu\u00eate polici\u00e8re \u00a0\u2013 mais parce qu&#8217;ils ont sciemment laiss\u00e9 l&#8217;immeuble devenir une trappe \u00e0 feu. Notant que de telles accusations seraient une premi\u00e8re au Qu\u00e9bec, Paul-\u00c9mile L&#8217;\u00c9cuyer \u00e9crit : \u00ab\u00a0Je crois que les propri\u00e9taires ont une plus grande responsabilit\u00e9 envers leurs locataires que la seule perception des loyers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La couronne suit ces recommandations et porte des accusations de n\u00e9gligence criminelle contre Berlin et Spinner le mois de juillet suivant (l&#8217;enqu\u00eate polici\u00e8re n&#8217;a pas d\u00e9bouch\u00e9 sur d&#8217;autres accusations). Mais les proc\u00e9dures s&#8217;enlisent dans une longue enqu\u00eate pr\u00e9liminaire \u2013 plusieurs fois report\u00e9e \u2013 en octobre 1975, au terme de laquelle les avocats de Berlin tenteront de faire casser les accusations, en raison, selon eux, de la faiblesse de la preuve. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1977, quatre ans apr\u00e8s l&#8217;incendie, la cour sup\u00e9rieure d\u00e9boute Berlin et ordonne que le proc\u00e8s aille de l&#8217;avant. Les accusations contre Spinner sont abandonn\u00e9es en cours de route.<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s de Leon Berlin a finalement lieu \u00e0 l&#8217;automne 1977. Dans son jugement, le juge reconna\u00eet que la preuve a \u00e9tabli que lorsque la ville de Montr\u00e9al a mis fin au syst\u00e8me d&#8217;incin\u00e9ration dans ce genre d&#8217;immeubles, les locataires n&#8217;ont su que faire des vidanges; que le concierge et Leon Berlin savaient que les d\u00e9chets \u00e9taient alors entass\u00e9s dans le corridor conduisant \u00e0 la sortie arri\u00e8re de l&#8217;immeuble, \u00e0 un des deux endroits o\u00f9 le feu a pris naissance, obstruant compl\u00e8tement la sortie. Mais il ajoute que la couronne n&#8217;a pas prouv\u00e9 hors de tout doute que Berlin avait fait preuve \u00ab\u00a0d&#8217;insouciance d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e ou t\u00e9m\u00e9raire \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la vie ou de la s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;autrui\u00a0\u00bb, car, m\u00eame si l&#8217;accumulation de d\u00e9chets contrevenait aux r\u00e8glements municipaux, il n&#8217;a pu \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 par qui et comment l&#8217;incendie avait \u00e9t\u00e9 allum\u00e9, et \u00ab\u00a0l&#8217;accus\u00e9 avait d\u00e9montr\u00e9 son intention de remettre l&#8217;immeuble en meilleur \u00e9tat.\u00a0\u00bb Leon Berlin est donc acquitt\u00e9 le 25 octobre 1977.<\/p>\n<p>L&#8217;immeuble qui se situe aujourd&#8217;hui \u00e0 l&#8217;emplacement de la r\u00e9sidence Mainwaring a \u00e9t\u00e9 construit en 1976 pour h\u00e9berger des bureaux. R\u00e9nov\u00e9 en 2002, il devient un \u00e9difice mixte, avec des copropri\u00e9t\u00e9s r\u00e9sidentielles aux \u00e9tages. Il a aussi abrit\u00e9, \u00e0 partir de 1982, au rez-de-chauss\u00e9e, la nouvelle biblioth\u00e8que multiethnique du Mile End avant qu&#8217;elle ne d\u00e9m\u00e9nage en 1993 dans l&#8217;ancienne <a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/eglise-de-lascension\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00e9glise de l&#8217;Ascension<\/a>, un plus au nord. Le choix de nommer ainsi la biblioth\u00e8que \u2013 le district \u00e9lectoral avait \u00e9t\u00e9 \u00e9galement baptis\u00e9 Mile End l&#8217;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente \u2013 a contribu\u00e9 \u00e0 la renaissance d&#8217;un nom et d&#8217;un quartier qui \u00e9taient en train de sombrer dans l&#8217;oubli de la m\u00e9moire montr\u00e9alaise.<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Voir \u00e9galement<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fairmount-court-appartements\/\">Appartements Fairmount Court<\/a><br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/appartements-valmont\/\">Appartements Valmont<\/a><br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/college-rabbinique-du-canada-tomchei-tmimim\/\">Coll\u00e8ge rabbinique du\u00a0Canada \u2013 Tomchei Tmimim<\/a><br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/magasin-le-mont-royal\/\">Magasin Le Mont Royal<\/a><br \/>\n<\/span><a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/eglise-de-lascension\/\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c9glise de l\u2019Ascension<\/span><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[recherche et r\u00e9daction : Yves Desjardins; texte intro : Christine Richard; r\u00e9vision Justin Bur \/ premi\u00e8re \u00e9dition octobre 2016, r\u00e9vision avril 2019 \/ deuxi\u00e8me r\u00e9vision, janvier 2024.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la place de l\u2019immeuble du 5253 avenue du Parc se dressait la premi\u00e8re maison construite sur l\u2019avenue du Parc au nord de l\u2019avenue Mont-Royal. Son destin est particuli\u00e8rement repr\u00e9sentatif des mutations que conna\u00eet le Mile End au 20e si\u00e8cle. En 1892, l\u2019agent d\u2019immeuble torontois Rienzi Athel Mainwaring se fait b\u00e2tir une luxueuse villa. Elle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[41],"tags":[32,20,33],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3708"}],"collection":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3708"}],"version-history":[{"count":15,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3708\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6236,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3708\/revisions\/6236"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3708"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3708"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3708"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}