{"id":3884,"date":"2016-11-21T09:41:45","date_gmt":"2016-11-21T14:41:45","guid":{"rendered":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/?p=3884"},"modified":"2024-05-08T13:20:37","modified_gmt":"2024-05-08T17:20:37","slug":"edifice-peck","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/edifice-peck\/","title":{"rendered":"\u00c9difice Peck"},"content":{"rendered":"<p><div id=\"attachment_3878\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3878\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3878\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/MP-0000.816.8-600x359.jpg\" alt=\"Manufacture John W. Peck, Mile End, vers 1910 [Mus\u00e9e McCord MP-0000.816.8]\" width=\"600\" height=\"359\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/MP-0000.816.8-600x359.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/MP-0000.816.8.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-3878\" class=\"wp-caption-text\">Manufacture John W. Peck, Mile End, vers 1910 [Mus\u00e9e McCord <a href=\"http:\/\/collections.musee-mccord.qc.ca\/fr\/collection\/artefacts\/MP-0000.816.8\">MP-0000.816.8<\/a>]<\/p><\/div>L&#8217;\u00e9difice Peck situ\u00e9 au 5505 boulevard Saint-Laurent est un t\u00e9moin architectural du pass\u00e9 manufacturier ayant largement contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement du quartier du Mile End. Au tournant du XXe si\u00e8cle, l&#8217;industrie de la confection de v\u00eatements p\u00e8se d\u00e9j\u00e0 lourd dans la r\u00e9partition des emplois \u00e0 Montr\u00e9al. Elle est localis\u00e9e dans de nombreux petits ateliers, en bonne partie le long du boulevard Saint-Laurent non loin du centre-ville. Certaines municipalit\u00e9s de banlieue de Montr\u00e9al sont pr\u00eates \u00e0 offrir des exemptions de taxes fonci\u00e8res et des compensations avantageuses pour attirer l&#8217;industrie sur leur territoire. La ville esp\u00e8re ainsi augmenter sa population, car les ouvriers habitent d&#8217;habitude pr\u00e8s de leur lieu de travail; les \u00e9lus municipaux, qui sont souvent \u00e9galement marchands locaux et propri\u00e9taires fonciers, esp\u00e8rent que les terrains vacants des environs augmentent en\u00a0valeur.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, John W. Peck, pr\u00e9sident de la manufacture de chemises John W. Peck &amp; Co., propose en 1902 au conseil de la ville de Saint-Louis de s&#8217;y installer en \u00e9change d&#8217;un boni de 30 000 $. Au moment de cette offre, Peck est la deuxi\u00e8me manufacture de v\u00eatements en importance \u00e0 Montr\u00e9al. Le projet comprend un b\u00e2timent de quatre \u00e9tages en brique, initialement pr\u00e9vu <a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/manufacture-campbell-et-hampton\/\">rue Elmire<\/a> entre Saint-Hippolyte (Coloniale) et Cadieux (de Bullion), sur le site d&#8217;une ancienne carri\u00e8re appartenant \u00e0 la famille Beaubien. Les plans sont dress\u00e9s par les architectes Joseph Perrault et Simon Lesage. Perrault r\u00e9alisera par la suite d&#8217;autres usines dans la partie est de Saint-Louis, notamment la Phillips Electrical Works, avenue de Gasp\u00e9 (1904) et les <a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/craig-piano\/\">Pianos Craig<\/a>, rue Saint-Viateur (1905); et dans l&#8217;ouest de la ville, des r\u00e9sidences cossues (dont <a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fairmount-court-appartements\/\">la sienne<\/a>, avenue du Parc, 1904).<\/p>\n<p>M\u00eame apr\u00e8s l&#8217;adoption d&#8217;une r\u00e9solution du conseil municipal, les n\u00e9gociations entre la municipalit\u00e9 et l&#8217;entreprise durent plusieurs mois. Le contrat sign\u00e9 le 13 mai 1903 pr\u00e9voit que Peck va construire un \u00e9difice de quatre \u00e9tages au co\u00fbt de 50 000 $, qui sera pr\u00eat au printemps 1904. Peck doit y employer 300 personnes et accorder la pr\u00e9f\u00e9rence d&#8217;embauche aux r\u00e9sidants de Ville Saint-Louis. En retour, la municipalit\u00e9 accorde un boni de 20 000 $ et un cong\u00e9 de taxes pendant 20 ans. Plut\u00f4t que sur Elmire, c&#8217;est sur un autre terrain des Beaubien plus proche de la gare du Mile End, d\u00e9limit\u00e9 par le boulevard Saint-Laurent, la rue Saint-Dominique et la rue Lauretta (Saint-Viateur), que le projet se concr\u00e9tise. Le chemin de fer aurait facilit\u00e9 l&#8217;exp\u00e9dition de la marchandise du si\u00e8ge social de Montr\u00e9al vers les deux autres succursales de la compagnie situ\u00e9es \u00e0 Winnipeg et Vancouver. Le projet final, diff\u00e9rent du premier et plus grand, a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 con\u00e7u par les architectes Perrault et Lesage.<\/p>\n<div id=\"attachment_3899\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3899\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3899\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1904_06_18-LP-Lots-Beaubien-600x292.jpeg\" alt=\"La famille Beaubien profite aussi de l'ouverture de la manufacture Peck pour vendre des lots sur ses terrains environnants. La Patrie, 18 juin 1904.\" width=\"600\" height=\"292\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1904_06_18-LP-Lots-Beaubien-600x292.jpeg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1904_06_18-LP-Lots-Beaubien-768x373.jpeg 768w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1904_06_18-LP-Lots-Beaubien-1024x498.jpeg 1024w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-3899\" class=\"wp-caption-text\">La famille Beaubien profite aussi de l&#8217;ouverture de la manufacture Peck pour vendre des lots sur ses terrains environnants. La Patrie, 18 juin 1904.<\/p><\/div>\n<p>La manufacture de Peck prend rapidement de l&#8217;expansion. En 1906, 183 employ\u00e9s sur 300 habitent la ville de Saint-Louis. En 1909, c\u2019est 236 r\u00e9sidents de cette banlieue qui travaillent chez Peck. D\u00e8s 1907, John W. Peck &amp; Co. d\u00e9pose une requ\u00eate \u00e0 la ville de Saint-Louis pour l\u2019agrandissement du b\u00e2timent, dans le but de porter le nombre d&#8217;employ\u00e9s \u00e0 800. De plus, l\u2019entreprise s\u2019engage \u00e0 d\u00e9penser 75\u00a0000\u00a0$ pour la construction. Cette requ\u00eate est conditionnelle \u00e0 ce que l\u2019exemption de taxes en vigueur depuis 1904 soit \u00e9tendue \u00e0 la nouvelle partie construite pendant les 17 ann\u00e9es restantes. L&#8217;entreprise obtient la signature de 191 citoyens en appui \u00e0 sa requ\u00eate, une vingtaine de moins que la requ\u00eate des opposants au projet d\u00e9pos\u00e9e une semaine plus tard au conseil de la ville. Selon ses opposants, l\u2019entreprise profite largement d\u2019avantages financiers; l\u2019argent public devrait servir \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des infrastructures et des diff\u00e9rents services de la municipalit\u00e9 plut\u00f4t qu&#8217;au b\u00e9n\u00e9fice de cette manufacture de v\u00eatements. Malgr\u00e9 cette opposition, l\u2019agrandissement du b\u00e2timent a lieu. Il s&#8217;agit de l&#8217;aile le long de la rue Saint-Dominique, enfin ouverte en 1913. La Chambre de commerce du district de Montr\u00e9al l&#8217;inclut dans sa liste des plus grands chantiers de 1912 avec une valeur estim\u00e9e \u00e0\u00a0135\u00a0000\u00a0$.<\/p>\n<p>L&#8217;usine Peck contribue \u00e0 conf\u00e9rer un caract\u00e8re multiethnique \u00e0 cette partie de Ville Saint-Louis\u00a0: les recensements de 1911 et de 1921 r\u00e9v\u00e8lent que des dizaines d&#8217;immigrants r\u00e9cents, Italiens et surtout Juifs venus d&#8217;Europe centrale, se sont install\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9. Ils sont coupeurs d&#8217;habits, couturi\u00e8res, manutentionnaires et tailleurs. Les couturi\u00e8res canadiennes-fran\u00e7aises sont \u00e9galement nombreuses\u00a0: la plupart du temps, il s&#8217;agit de jeunes femmes c\u00e9libataires qui vivent encore chez leurs parents. Cette r\u00e9alit\u00e9 ne va pas sans provoquer des frictions. La p\u00e9tition de 1907 contre l&#8217;agrandissement all\u00e9guait que \u00ab\u00a0la main d\u2019\u0153uvre employ\u00e9e par cette compagnie ne donne pas \u00e0 la ville tous les avantages qu\u2019elle anticipait. [Il faut plut\u00f4t attirer] des fabriques qui emploieront une autre classe d\u2019employ\u00e9s.\u00a0\u00bb L&#8217;ann\u00e9e suivante la police de Ville Saint-Louis d\u00e9mant\u00e8le un \u00ab\u00a0gang de jeunes Canadiens-fran\u00e7ais qui terrorisait la rue Saint-Laurent\u00a0\u00bb. Ils sont notamment accus\u00e9s d&#8217;avoir sauvagement battu des \u00ab\u00a0Isra\u00e9lites\u00a0\u00bb travaillant \u00e0 la manufacture Peck.<\/p>\n<p>En juillet 1916, une gr\u00e8ve est d\u00e9clench\u00e9e contre la John W. Peck &amp; Co.\u00a0par les employ\u00e9s syndiqu\u00e9s de\u00a0l&#8217;Amalgamated Clothing Workers of America. Les 415 ouvriers\u00a0protestent contre des r\u00e9ductions de salaire et le non respect de leur entente. De courte dur\u00e9e, cette gr\u00e8ve porte ses fruits\u00a0: les hausses de salaire sont accord\u00e9es et les conditions de travail am\u00e9lior\u00e9es. Elle marque le d\u00e9but d\u2019un mouvement d&#8217;une plus grande ampleur qui conduira \u00e0 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans l\u2019industrie de la confection masculine l&#8217;ann\u00e9e suivante. En 1925, 181 ouvriers de la John W. Peck &amp; Co. font encore la gr\u00e8ve en all\u00e9guant une violation des accords. Cette fois, les r\u00e9fractaires seront tout simplement remplac\u00e9s.<\/p>\n<p>John W. Peck lui-m\u00eame est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une maladie de c\u0153ur le 26 mai 1920, laissant dans le deuil sa femme, sa fille et ses quatre gar\u00e7ons. Dans la notice n\u00e9crologique parue le 27 mai 1920 dans le journal <em>The Gazette<\/em>, on y apprend qu\u2019il est de confession anglicane. Le d\u00e9c\u00e8s du pr\u00e9sident ne signifie pas pour autant la fin de sa compagnie qui demeure active dans la confection\u00a0jusque dans les ann\u00e9es 1950.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1930, l&#8217;\u00e9difice Peck est subdivis\u00e9 entre plusieurs locataires. L&#8217;industrie du v\u00eatement demeure dominante, mais on y retrouve des entrep\u00f4ts et m\u00eame un fabricant de p\u00e2tes alimentaires, Pastene. Rothstein Pants, bien connu dans les ann\u00e9es d&#8217;apr\u00e8s-guerre, a occup\u00e9 les \u00e9tages sup\u00e9rieurs de l&#8217;immeuble pendant plus de 45 ans. Entre 1964 et 1973, de nombreux \u00e9difices en b\u00e9ton de grande superficie sont construits aux environs de Peck : ils abritent des centaines de manufactures de confection de toutes tailles, ce qui fait de cette partie du Mile End \u2014 avec le secteur de la rue Chabanel dans le nord de Montr\u00e9al \u2014 la capitale canadienne de l&#8217;industrie du v\u00eatement, qui est alors le premier employeur \u00e0 Montr\u00e9al. De nouvelles g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;immigrants, Grecs, Ha\u00eftiens, Italiens, Portugais, prennent la rel\u00e8ve et renforcent le caract\u00e8re multiethnique du Mile End.<\/p>\n<p>Mais avec la mondialisation des ann\u00e9es 1990, cette industrie va subir un d\u00e9clin tr\u00e8s rapide; les manufactures de v\u00eatements ferment leurs portes les unes apr\u00e8s les autres. D&#8217;autres entrepreneurs prennent la rel\u00e8ve\u00a0: des firmes d&#8217;architectes, des designers et des galeries d&#8217;art cohabitent avec les derniers ateliers de confection. Discreet Logic, un concepteur de logiciels d&#8217;animation pour l&#8217;industrie du cin\u00e9ma, occupe le cinqui\u00e8me \u00e9tage de 1993 \u00e0 1997, avant de d\u00e9m\u00e9nager \u00e0 Griffintown. L&#8217;espace est aussit\u00f4t repris par le concepteur fran\u00e7ais de jeux vid\u00e9o Ubisoft, qui y ouvre son premier bureau montr\u00e9alais avec une cinquantaine d&#8217;employ\u00e9s au d\u00e9but. L&#8217;entreprise occupe maintenant la totalit\u00e9 de l&#8217;\u00e9difice Peck et loue plusieurs \u00e9tages dans des \u00e9difices des environs. Tout comme J.\u00a0W. Peck au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, Ubisoft est devenu le premier employeur du Mile End.<\/p>\n<p>En 2013, Ubisoft, en partenariat avec le Bureau de design de Montr\u00e9al, a tenu un concours pour choisir une firme d&#8217;architectes pour un r\u00e9am\u00e9nagement de ses locaux; c&#8217;est Lemay qui est gagnant. Tandis que l&#8217;int\u00e9rieur est notablement modifi\u00e9 par ces r\u00e9novations, l&#8217;ext\u00e9rieur du b\u00e2timent garde la plupart de ses \u00e9l\u00e9ments d&#8217;origine, bien que le ch\u00e2teau d&#8217;eau soit disparu. La volum\u00e9trie de l&#8217;\u00e9difice et la composition de la fa\u00e7ade sont conformes aux photos et aux cartes d\u00e9taill\u00e9es du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Il s&#8217;agit d&#8217;un des plus anciens b\u00e2timents industriels du quartier. Finalement, l&#8217;\u00e9difice Peck t\u00e9moigne du d\u00e9veloppement \u00e9conomique du quartier ainsi que de sa transformation au tournant du XXIe si\u00e8cle gr\u00e2ce \u00e0 la venue d\u2019entreprises cr\u00e9atives telles qu&#8217;Ubisoft.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Recherche et r\u00e9daction\u00a0: Val\u00e9rie Wagner,\u00a0<a href=\"http:\/\/lhpm.uqam.ca\/\">Laboratoire d\u2019histoire et de patrimoine de Montr\u00e9al<\/a>, UQAM<br \/>\nRecherche suppl\u00e9mentaire\u00a0: Yves Desjardins \u2013 R\u00e9vision\u00a0: Justin Bur et Christine Richard<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/lhpm.uqam.ca\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3909\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/logo-uqam-lhpm-petit.png\" alt=\"logo-uqam-lhpm-petit\" width=\"307\" height=\"121\" \/><\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;\u00e9difice Peck situ\u00e9 au 5505 boulevard Saint-Laurent est un t\u00e9moin architectural du pass\u00e9 manufacturier ayant largement contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement du quartier du Mile End. 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