{"id":4963,"date":"2019-02-27T16:03:50","date_gmt":"2019-02-27T21:03:50","guid":{"rendered":"https:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/?p=4963"},"modified":"2023-02-22T09:28:18","modified_gmt":"2023-02-22T14:28:18","slug":"1964-1973-la-naissance-des-megastructures","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/1964-1973-la-naissance-des-megastructures\/","title":{"rendered":"1964-1973 : La naissance des m\u00e9gastructures"},"content":{"rendered":"<p><em>Tout au long des ann\u00e9es 1960 et 1970, le vaste quadrilat\u00e8re compris entre la voie ferr\u00e9e du Canadien Pacifique au nord, la rue Maguire au sud, l\u2019avenue Casgrain du c\u00f4t\u00e9 ouest et l\u2019avenue Henri-Julien \u00e0 l\u2019est va se transformer une fois de plus. Comme on l\u2019a vu dans nos deux pr\u00e9c\u00e9dents articles, apr\u00e8s l\u2019\u00e9poque\u00a0<a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/le-passe-anterieur-du-champ-des-possibles\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">des carri\u00e8res de pierre et des d\u00e9potoirs<\/a> au XIXe si\u00e8cle, le secteur est devenu <a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/a-cote-de-la-cour-ferroviaire-1910-1965-bois-charbon-ferraille-et-volaille\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">un important p\u00f4le industriel<\/a>, en raison de la proximit\u00e9 des installations ferroviaires. Mais pendant les ann\u00e9es 1970-1980, le CP va progressivement mettre fin \u00e0 ses activit\u00e9s \u00e0 cet endroit. De plus, les inconv\u00e9nients cr\u00e9\u00e9s par l\u2019expansion des cours \u00e0 rebuts g\u00e9n\u00e8rent de plus en plus de plaintes du voisinage. De vastes espaces redeviennent donc disponibles&nbsp;; \u00e7a tombe bien, car un promoteur immobilier est justement \u00e0 la recherche de terrains vacants.<\/em><\/p>\n<p>Joseph Kracauer a fond\u00e9 Colonia Development en septembre 1959. Immigrant d\u2019origine roumaine, c\u2019est un survivant de l\u2019holocauste&nbsp;: plusieurs membres de sa famille sont morts \u00e0 Auschwitz. Il fait ses d\u00e9buts dans la construction domiciliaire, \u00e0 Ch\u00e2teauguay, Repentigny et Saint-J\u00e9r\u00f4me. Avec le baby-boom et la prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s-guerre, la demande pour des maisons unifamiliales en banlieue est tr\u00e8s forte. Mais Kracauer se rend bient\u00f4t compte qu\u2019il existe aussi une forte demande pour un nouveau type d\u2019\u00e9difice industriel&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>Mes compatriotes d\u2019origine juive \u00e9taient tr\u00e8s actifs dans l\u2019industrie du v\u00eatement, la \u00ab&nbsp;schmata&nbsp;\u00bb. On se rencontrait dans des d\u00e9lis, \u00e0 la synagogue, et ils se plaignaient tout le temps. Les b\u00e2timents o\u00f9 ils avaient leurs manufactures \u00e9taient v\u00e9tustes, les ascenseurs trop petits, et il fallait tout le temps monter, descendre les marchandises manuellement avec des petits chariots. De plus, la circulation c\u2019\u00e9tait l\u2019enfer&nbsp;; impossible de se stationner autour des manufactures. Je leur demandais combien ils payaient comme loyer, et ils me r\u00e9pondaient 3$, 3,50$ le pied carr\u00e9. Alors je leur ai dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;que diriez-vous si je construisais un \u00e9difice neuf, avec de vastes garages souterrains, des monte-charges modernes et que je vous louais \u00e7a 1\u00a0$ le pied carr\u00e9\u00a0? Vous viendriez\u00a0?&nbsp;\u00bb Et ils me r\u00e9pondaient \u00ab&nbsp;Tout de suite&nbsp;! On signe o\u00f9&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Alors j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 construire ces b\u00e2timents et je ne pouvais pas arr\u00eater, car je ne r\u00e9ussissais pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la demande<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<div id=\"attachment_4970\" style=\"width: 777px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-4970\" loading=\"lazy\" class=\"size-large wp-image-4970\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Kracauer-767x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"767\" height=\"1024\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Kracauer-767x1024.jpg 767w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Kracauer-450x600.jpg 450w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Kracauer-768x1025.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 767px) 100vw, 767px\" \/><p id=\"caption-attachment-4970\" class=\"wp-caption-text\">Joseph Kracauer, le constructeur de la plupart des m\u00e9gastructures du secteur Saint-Viateur Est, en compagnie de son fils et associ\u00e9, Benjamin Kracauer. Janvier 2019. Photo&nbsp;: Yves Desjardins.<\/p><\/div>\n<p>Montr\u00e9al \u00e9tait alors \u2013 et jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1990 \u2013 la capitale canadienne de l\u2019industrie du v\u00eatement. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, les principaux immeubles qui h\u00e9bergent les manufactures sont situ\u00e9s dans l\u2019axe du boulevard Saint-Laurent et aux environs de la rue de Bleury entre les rues Sainte-Catherine et Ontario. Deux secteurs perp\u00e9tuellement encombr\u00e9s par les embouteillages, avec des \u00e9difices construits pendant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Joseph Kracauer b\u00e2tit donc son premier b\u00e2timent industriel en 1964, au 5650 rue D\u2019Iberville. L\u2019\u00e9difice abrite notamment aujourd\u2019hui les bureaux de l\u2019arrondissement Rosemont\u2013La Petite-Patrie et un locataire de la premi\u00e8re heure, le salon de quilles Iberville.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e son entreprise acquiert les anciens terrains de la Sicily Asphaltum, rue Saint-Viateur Est, entre les avenues Casgrain et de Gasp\u00e9. Pourquoi s\u2019installer \u00e0 cet endroit, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 proximit\u00e9 des grands axes routiers comme le faisaient alors la plupart des constructeurs de nouveaux b\u00e2timents industriels\u00a0? Joseph Kracauer r\u00e9pond&nbsp;: \u00ab&nbsp;parce que la main d\u2019\u0153uvre vivait \u00e0 proximit\u00e9&nbsp;\u00bb. Il explique que le quartier environnant \u00e9tait alors domin\u00e9 par une population d\u2019immigrants nouvellement arriv\u00e9s et pauvres, qui devaient se d\u00e9placer \u00e0 pied ou utiliser les transports en commun pour se rendre \u00e0 leur lieu de travail&nbsp;: \u00ab&nbsp;le v\u00eatement, c\u2019est une industrie qui avait besoin de beaucoup de travailleurs. Ce n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas bien pay\u00e9, mais c\u2019\u00e9tait une bonne place o\u00f9 commencer<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Colonia entreprend donc, au cours de l\u2019automne 1964, la construction de la toute premi\u00e8re m\u00e9gastructure du secteur Saint-Viateur Est, le St. Viateur Commercial Centre \u2013 aujourd\u2019hui le 160 Saint-Viateur Est \u2013 au co\u00fbt de 2,500,000 $<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Les plans sont confi\u00e9s \u00e0 l\u2019architecte Hyman Tolchinsky qui avait d\u00e9j\u00e0 con\u00e7u l\u2019immeuble de la rue d\u2019Iberville. C\u2019est d\u2019ailleurs sa firme qui r\u00e9alisera toutes les m\u00e9gastructures construites par Colonia. Le 160 pr\u00e9sente une allure diff\u00e9rente de ses voisins, puisque la brique blanche verniss\u00e9e cohabite en fa\u00e7ade avec une armature apparente en b\u00e9ton (peinte en rouge depuis lors d\u2019une r\u00e9novation). De plus, l\u2019entr\u00e9e principale ainsi que des boutiques se situent en retrait de la rue sous un auvent de b\u00e9ton, ce qui donne un aspect moins \u00e9crasant \u00e0 l\u2019\u00e9difice. Colonia construit sa deuxi\u00e8me m\u00e9gastructure dans le secteur en 1967. \u00c9rig\u00e9e sur le site d\u2019une ancienne cour \u00e0 rebuts de la Ballast Metal, elle se situe \u00e0 l\u2019\u00e9cart des autres, plus au nord, au 5605 avenue de Gasp\u00e9. Semblable \u00e0 son fr\u00e8re de la rue Saint-Viateur, l\u2019immeuble se distingue cependant par l\u2019ajout sur la fa\u00e7ade nord de petites fen\u00eatres faites de blocs de verre.<\/p>\n<div id=\"attachment_4971\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-4971\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4971\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1964_09_18-Canadian_Jewish_Chronicle_Colonia-600x478.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"478\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1964_09_18-Canadian_Jewish_Chronicle_Colonia-600x478.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1964_09_18-Canadian_Jewish_Chronicle_Colonia-768x612.jpg 768w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1964_09_18-Canadian_Jewish_Chronicle_Colonia-1024x817.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1964_09_18-Canadian_Jewish_Chronicle_Colonia.jpg 1323w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-4971\" class=\"wp-caption-text\">Publicit\u00e9 pour la premi\u00e8re m\u00e9gastructure \u00e9rig\u00e9e dans le secteur, le 160 Saint-Viateur Est. Canadian Jewish Chronicle, 18 septembre 1964.<\/p><\/div>\n<p>En 1969, la compagnie de Joseph Kracauer fait ensuite l\u2019acquisition des autres terrains de la cour \u00e0 rebuts\u00a0<a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/a-cote-de-la-cour-ferroviaire-1910-1965-bois-charbon-ferraille-et-volaille\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">si controvers\u00e9e de la Ballast Metal<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire ceux situ\u00e9s au sud de la rue Saint-Viateur Est, entre les avenues Casgrain et de Gasp\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la rue Maguire. Elle ach\u00e8te \u00e9galement pour les d\u00e9molir un petit b\u00e2timent industriel, adjacent au 160 Saint-Viateur Est, et les quelques duplex qui voisinaient la cour, du c\u00f4t\u00e9 est de l\u2019avenue Casgrain au nord de Maguire. Un autre petit immeuble industriel, situ\u00e9 au 5435 Casgrain, fait figure de r\u00e9sistant. Construit en 1926, il a d\u2019abord servi d\u2019entrep\u00f4t \u00e0 des marchands de barils, d\u2019o\u00f9 les publicit\u00e9s peintes toujours visibles sur la fa\u00e7ade, c\u00f4t\u00e9 nord avenue Casgrain et \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, avenue de Gasp\u00e9. La livraison et l\u2019exp\u00e9dition se faisait \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, gr\u00e2ce \u00e0 un quai de d\u00e9barquement auquel les wagons ferroviaires avaient directement acc\u00e8s<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Joseph Kracauer dit que le b\u00e2timent a surv\u00e9cu parce que son propri\u00e9taire a refus\u00e9 de le lui vendre. Sur ce vaste quadrilat\u00e8re, Colonia construira deux autres m\u00e9gastructures&nbsp;: le 5425 avenue Casgrain en 1970, et, en 1972, son b\u00e2timent le plus imposant avec ses 12 \u00e9tages, le 5333. Dans les deux cas, de vastes quais de chargement se situent \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avenue de Gasp\u00e9.<\/p>\n<div id=\"attachment_4858\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-4858\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4858\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Sweeney-Barrels-600x379.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"379\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Sweeney-Barrels-600x379.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Sweeney-Barrels-768x485.jpg 768w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Sweeney-Barrels-1024x646.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Sweeney-Barrels.jpg 1952w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-4858\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019arri\u00e8re du 5435 avenue Casgrain, vu du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avenue de Gasp\u00e9. L\u2019immeuble a successivement abrit\u00e9 un entrep\u00f4t de barils et une manufacture de v\u00eatements. Photo&nbsp;: Google Street View.<\/p><\/div>\n<p>Si l\u2019\u00e9difice du 5425 marie encore une armature apparente en b\u00e9ton et une fa\u00e7ade de briques, celui du 5333 pousse la simplicit\u00e9 architecturale encore plus loin, puisque son rev\u00eatement est enti\u00e8rement compos\u00e9 de panneaux de b\u00e9ton. Interrog\u00e9 sur cette \u00e9volution vers un style de plus en plus minimaliste, Joseph Kracauer explique que les panneaux de b\u00e9ton \u00e9taient moins co\u00fbteux&nbsp;: \u00ab&nbsp;il le fallait si nous voulions rester comp\u00e9titifs<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.&nbsp;\u00bb Ce choix n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de concurrents.\u00a0La m\u00eame ann\u00e9e (1972), la filiale immobili\u00e8re du Canadien Pacifique, Marathon Realty, vend une partie des terrains adjacents de l\u2019ancienne cour ferroviaire Saint-Louis \u00e0 la compagnie Centre Commercial Chase de Max Zentner. Il y construit les deux derni\u00e8res m\u00e9gastructures du secteur Saint-Viateur Est, le 5455 avenue de Gasp\u00e9 ouverte en 1973 et le 5445, sa voisine au sud, l&#8217;ann\u00e9e d&#8217;apr\u00e8s. De plus, pendant la m\u00eame d\u00e9cennie 1970, un autre p\u00f4le manufacturier li\u00e9 au v\u00eatement se d\u00e9veloppe plus au nord, rue Chabanel.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, cette industrie est toujours la premi\u00e8re \u00e0 Montr\u00e9al en termes de nombre d\u2019emplois. Mais la mondialisation va provoquer un d\u00e9clin extr\u00eamement rapide&nbsp;: plus de 30\u00a0000 emplois y disparaissent entre 1981 et 2006. Les manufactures de v\u00eatements ferment leurs portes les unes apr\u00e8s les autres et les propri\u00e9taires se retrouvent avec de grands locaux vides. Ils les louent alors \u00e0 bon prix \u00e0 des artistes qui y installent leurs ateliers et leurs studios dans de vastes espaces lumineux. Le reste est connu&nbsp;: tout le secteur redevient d\u00e9sirable. La multinationale de jeux vid\u00e9o Ubisoft, pr\u00e9sente depuis 1997 dans <a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/edifice-peck\/\">l&#8217;\u00e9difice Peck<\/a> au coin de Saint-Laurent et Saint-Viateur, d\u00e9cide en 2011 de prendre de l&#8217;expansion \u00e0 proximit\u00e9, ce qui attire d\u2019importants groupes immobiliers qui acqui\u00e8rent les m\u00e9gastructures au prix fort pour les r\u00e9nover en y am\u00e9nageant des bureaux. Aux c\u00f4t\u00e9s d&#8217;Ubisoft d&#8217;autres grands studios multim\u00e9dias tels Framestore occupent maintenant les lieux et cohabitent avec une multitude d\u2019artisans et d&#8217;entreprises offrant des services de toute sorte. Au-del\u00e0 de toute consid\u00e9ration esth\u00e9tique, les m\u00e9gastructures ont ainsi fait la d\u00e9monstration de leur polyvalence, contribuant, une fois de plus, \u00e0 donner une nouvelle identit\u00e9 \u00e0 cette partie du Mile End.<\/p>\n<p>Toutes ces mutations vont cependant permettre de renouer avec une page de l\u2019histoire ancienne du Mile End. Car, lorsque le Canadien Pacifique acquiert en 1906 de la famille Beaubien et de L\u00e9onidas Villeneuve les terrains requis pour l\u2019am\u00e9nagement de sa cour ferroviaire, Ville Saint-Louis fait valoir que le tout se fait \u00ab&nbsp;sur et \u00e0 travers des rues homologu\u00e9es par la corporation le 14 septembre 1897&nbsp;\u00bb, notamment l\u2019emprise de la rue Alma. La ville d\u00e9cide alors de d\u00e9fendre ses droits devant la Commission du chemin de fer \u00e0 Ottawa. Ce qui donnera lieu \u00e0 de longues n\u00e9gociations et \u00e0 des \u00e9changes de terrains entre le CP, la famille Beaubien et la municipalit\u00e9. La portion disparue de la rue Alma, qui longe le c\u00f4t\u00e9 est des m\u00e9gastructures de l\u2019avenue de Gasp\u00e9,\u00a0<a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20190301161549\/http:\/\/ville.montreal.qc.ca\/portal\/page?_pageid=7297,124441570&#038;_dad=portal&#038;_schema=PORTAL\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">rena\u00eetra<\/a>\u00a0finalement sous forme d\u2019all\u00e9e cyclo-p\u00e9destre<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Pr\u00e9vue pour 2019, l&#8217;all\u00e9e Alma est retard\u00e9e jusqu&#8217;en 2023, en attendant la fin des projets de construction domiciliaire \u00e0 proximit\u00e9 sur l&#8217;avenue Henri-Julien.<\/p>\n<div id=\"attachment_4973\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-4973\" loading=\"lazy\" class=\"size-large wp-image-4973\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Megastructures_Kracauer-1024x724.jpeg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"724\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Megastructures_Kracauer-1024x724.jpeg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Megastructures_Kracauer-600x424.jpeg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Megastructures_Kracauer-768x543.jpeg 768w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/Megastructures_Kracauer.jpeg 1280w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-4973\" class=\"wp-caption-text\">Le secteur des m\u00e9gastructures, vu depuis le nord, au milieu des ann\u00e9es 1970. La portion situ\u00e9e en haut et \u00e0 droite sur la photo, au sud de la rue Maguire, a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement red\u00e9velopp\u00e9e depuis, avec la cr\u00e9ation du jardin communautaire Mile End, du parc Alphonse-T\u00e9lesphore-L\u00e9pine, ainsi que de plusieurs \u00e9difices r\u00e9sidentiels. Photo&nbsp;: Jack Markow. Collection de la famille Kracauer.<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_4975\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-4975\" loading=\"lazy\" class=\"size-large wp-image-4975\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1975_Megastructures_VM94-B179-003-1024x722.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"722\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1975_Megastructures_VM94-B179-003-1024x722.jpg 1024w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1975_Megastructures_VM94-B179-003-600x423.jpg 600w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1975_Megastructures_VM94-B179-003-768x541.jpg 768w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/1975_Megastructures_VM94-B179-003.jpg 1825w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-4975\" class=\"wp-caption-text\">Le m\u00eame secteur en 1975, vu cette fois depuis le sud. L\u2019avenue Casgrain se trouve au milieu. Archives de la Ville de Montr\u00e9al, VM94-B179-003 (d\u00e9tail).<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<p>Joseph Kracauer est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 17 f\u00e9vrier 2023 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 99 ans. Sa n\u00e9crologie a paru dans <em>The Gazette<\/em> du 18 f\u00e9vrier.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2023-02-18-Joseph-Kracauer-obituary-Gazette.jpg\" class=\"grouped_elements\" rel=\"tc-fancybox-group5980\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2023-02-18-Joseph-Kracauer-obituary-Gazette-286x600.jpg\" alt=\"\" width=\"286\" height=\"600\" class=\"alignnone size-medium wp-image-5980\" srcset=\"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2023-02-18-Joseph-Kracauer-obituary-Gazette-286x600.jpg 286w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2023-02-18-Joseph-Kracauer-obituary-Gazette-488x1024.jpg 488w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2023-02-18-Joseph-Kracauer-obituary-Gazette-768x1613.jpg 768w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2023-02-18-Joseph-Kracauer-obituary-Gazette-731x1536.jpg 731w, http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2023-02-18-Joseph-Kracauer-obituary-Gazette.jpg 858w\" sizes=\"(max-width: 286px) 100vw, 286px\" \/><\/a><\/p>\n<hr\/>\n<p>(Recherche&nbsp;: Justin Bur, Yves Desjardins et Joshua Wolfe. Entrevue et r\u00e9daction&nbsp;: Yves Desjardins, 2019. R\u00e9vision&nbsp;: Justin Bur, 2019 et 2021. M\u00e9moire du Mile End tient \u00e0 remercier l\u2019historien Jean-Claude Robert et le chef de la section des archives \u00e0 la Ville de Montr\u00e9al, Mario Robert, pour leur habituelle et g\u00e9n\u00e9reuse collaboration.)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Entrevue avec l\u2019auteur, 29 janvier 2019 (ma traduction).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0L\u2019industrie de la construction tr\u00e8s active en ao\u00fbt\u00a0\u00bb, <em>Le Devoir<\/em>, 1<sup>er<\/sup> septembre 1964.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> En 1955, Sweeney Barrels va d\u00e9m\u00e9nager dans l\u2019\u00e9difice adjacent du c\u00f4t\u00e9 nord, aujourd\u2019hui disparu, le 5465. Le 5435 sera alors occup\u00e9 par diverses manufactures de v\u00eatements jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970. L\u2019\u00e9difice abrite aujourd\u2019hui A&amp;D Fiesta, un distributeur de souvenirs.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Entrevue de l\u2019auteur avec Joseph Kracauer, 29 janvier 2019.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> La rue Alma existe cependant bel et bien dans la partie des terres de la famille Beaubien aujourd\u2019hui situ\u00e9e dans la Petite-Italie.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout au long des ann\u00e9es 1960 et 1970, le vaste quadrilat\u00e8re compris entre la voie ferr\u00e9e du Canadien Pacifique au nord, la rue Maguire au sud, l\u2019avenue Casgrain du c\u00f4t\u00e9 ouest et l\u2019avenue Henri-Julien \u00e0 l\u2019est va se transformer une fois de plus. Comme on l\u2019a vu dans nos deux pr\u00e9c\u00e9dents articles, apr\u00e8s l\u2019\u00e9poque\u00a0des carri\u00e8res [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[41,25],"tags":[33,34],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4963"}],"collection":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4963"}],"version-history":[{"count":24,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4963\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5985,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4963\/revisions\/5985"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4963"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4963"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/memoire.mile-end.qc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4963"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}