Bain Saint-Michel 4


Le bain Turcot

Le bain Turcot, années 1920. Archives de la Ville de Montréal, VM94-Z409

L’annexion de la ville de Saint-Louis à Montréal est décidée lors de l’été 1908; elle entrera en vigueur le 1er janvier 1910. Le maire Napoléon Turcot décide de profiter des derniers mois d’indépendance pour laisser un autre legs aux résidants du futur quartier Laurier, après le tunnel du boulevard Saint-Laurent : un bain public. Il annonce ses intentions à une séance du conseil municipal tenue le 18 août 1908. C’est une mesure d’hygiène publique nécessaire, dit-il, dont bénéficiera la population ouvrière, « étant donné le grand nombre de maisons qui ne possèdent pas de bains ». Les élus municipaux se montrent surpris de cette nouvelle dépense imprévue, surtout que ville Saint-Louis est lourdement endettée. Turcot les rassure : « la chose ne sera pas si coûteuse, étant donné l’annexion qui s’en vient », laissant entendre que c’est Montréal qui absorbera les frais.

Le bain Turcot, rue Saint-Dominique, est inauguré en octobre 1910. Conçu par l’architecte Zotique Trudel, le bain possède une façade de style Beaux-Arts avec œil de bœuf, inspirée de celle des théâtres. Il se distingue ainsi des bains publics d’architecture utilitaire construits auparavant à Montréal. En plus des bains destinés à l’hygiène, l’édifice dispose d’une piscine et on y donne des cours de natation aux enfants du quartier. Comme la plupart des bains publics à l’époque, il prend le nom du conseiller municipal local – nul autre que l’ex-maire Turcot, devenu conseiller après l’annexion de sa ville.

En 1937, le bain est rénové de fond en comble à l’initiative du conseiller municipal Dave Rochon. Il est alors rebaptisé du nom de son quartier municipal, Saint-Michel (le nom du quartier, séparé du quartier Laurier en 1921, fait référence à la paroisse catholique anglophone St. Michael the Archangel).

La piscine cesse d’être utilisée en 1994, en raison de sa vétusté (au moment où la nouvelle piscine du YMCA prend la relève). Le Bain Saint-Michel devient un lieu de diffusion pour les artistes émergents à partir de 1998; entre autres, la compagnie de théâtre indépendante anglophone Infinitheatre l’utilise comme scène principale dès 2003.

Sa structure étant en mauvais état, le bain ferme en 2014 pour subir une restauration et un réaménagement. Quand il aura rouvert début 2019, l’édifice retrouvera sa vocation culturelle, sous une formule de cogestion entre le milieu artistique et l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.


Recherche et rédaction : Yves Desjardins et Justin Bur


4 commentaires sur “Bain Saint-Michel

  • Jocelyne Lavoie

    Quand on parle de bain public, est-ce que c’était des douches ou des bains individuels que l’on mettait à la disposition des citoyens ?

    • Yves Desjardins

      Bonjour,
      Un article, publié par La Presse le 10 juin 1911, nous apprend que l’édifice disposait de « huit bains orage, trois bains privés et six lavabos, tant à l’eau chaude qu’à l’eau froide. » Il y avait également des douches, obligatoires avant d’utiliser la piscine. L’article ajoute que le Bain est fréquenté par 1 500 personnes par semaine.

  • Katia Lemieux, écrivaine-poète

    Pourquoi ne pas laisser son nom d’origine à ce lieu, témoin de Notre histoire. Le maire Turcot, fondateur de ce bain public, appellation qui se trouve intégrée à la façade du bâtiment, convient parfaitement. Si nous étions anglophones, et comme ils sont si respectueux de Leur histoire, nul doute que BAIN TURCOT, ne saurait être remplacé par une quelconque dénomination, aucunement porteuse de sens historique et donc, affectif. Nous perdons du terrain à chacune des étapes de restauration de notre ville. Comme si la crainte du jugement dernier planait sur nos têtes dirigeantes. Osons regarder les choses en face: nous ne semblons jamais assez fiers de notre patrimoine pour en démontrer notre attachement.

    • Justin Bur

      Ça fait très longtemps que les gens du quartier, toutes origines confondues, ont choisi de supprimer le nom de Napoléon Turcot, un politicien qui ne faisait clairement pas l’affaire de tout le monde. Le nom de remplacement est aussi un témoin de notre histoire et notre patrimoine, car c’était pendant un demi-siècle le nom officiel du quartier municipal qui, en plus, fait référence à une église-phare du quartier, Saint-Michel-Archange au coin des rues Saint-Viateur et Saint-Urbain. Pourquoi devrait-on maintenant réanimer un fantôme du passé?

Les commentaires sont fermés.