Chapitre 3, deuxième partie – Stanley Clark Bagg



Chapitre 3, deuxième partie : Stanley Clark Bagg

Lors de son décès, en 1827, John Clark laisse la plupart de ses biens à son unique petit-fils, Stanley Clark Bagg (1820-1873).1 Dans ce même testament, John Clark lègue à sa femme Mary Mitcheson la plus grande partie de la Mile End Farm de 60 arpents qui longe le chemin Saint-Laurent, de la limite de la ville au sud de Duluth jusqu’à l’avenue du Mont-Royal, avec sa résidence, Mile End Lodge, située à la limite sud de la ferme; ainsi qu’une autre ferme de 18 arpents située plus au nord. Quant à sa fille, Mary Ann, l’épouse de Stanley, elle hérite des propriétés de Durham, en Angleterre. Mary décède cependant en 1835, à l’âge de 39 ans, et laisse son fils Stanley Clark Bagg, alors un mineur de 14 ans, comme seul héritier.

Son père Stanley Bagg a été nommé exécuteur testamentaire mais n’a rien reçu à son nom. Comme plusieurs de ses contemporains, il est resté toute sa vie un marchand et un entrepreneur aux activités multiples. En plus de celles déjà énumérées au début du chapitre, il s’est lancé dans l’exploitation forestière à grande échelle, le long de la vallée de la rivière Châteauguay, où il vend également des lots de colonisation.2 Mais vers la fin de sa vie, les affaires de Stanley périclitent3 : il est endetté, à tel point que lorsque son fils atteint sa majorité, en 1841, et prend ainsi possession des terres léguées par sa mère et son grand-père maternel, Stanley lui fait un aveu; il a utilisé les revenus tirés de ces propriétés «for his own profit and advantage» et reconnaît devoir 3,000 livres à son fils, une somme importante à l’époque. Stanley hypothèque ses propres propriétés pour rembourser en partie son fils et lui donne «Durham House». En échange, Stanley Clark versera une rente pour subvenir aux besoins de son père.4

Malgré les difficultés financières de son père, Stanley Clark se retrouve à gérer un patrimoine foncier, hérité de son grand-père maternel, qui est alors sans équivalent à Montréal. Il se rendra notamment avec son père dans le comté de Durham en Angleterre pour y vendre les terres que la famille y possédait et réinvestira le tout dans l’achat de nouvelles propriétés rurales à Montréal. Stanley Clark devient notaire en 1842, mais il délaisse peu à peu la pratique à partir de 1847 et, trois ans après la mort de son père en 1853, il abandonne complètement le notariat pour se consacrer à plein temps à la gestion du patrimoine immobilier de la famille.

Le révérend John Douglas Borthwick, dans un volume d’esquisses biographiques des grands Montréalais, pourra écrire en 1875 que Stanley Clark Bagg était : «at that time [1847] (after the seigneurs of St. Sulpice) the largest landed proprietor of the island of Montreal, having inherited his extensive properties, as well as a freehold estate in England, from his grandfather, the late John Clark».5À leur apogée, les terres de la famille Bagg s’étendent de la rue Sherbrooke, au sud, jusqu’à la rivière des Prairies au nord, dans l’axe du boulevard Saint-Laurent et de la rue Lajeunesse.

La période où la famille Bagg délaisse les activités marchandes pour faire de l’immobilier sa principale activité – le milieu du 19e siècle – correspond aussi aux débuts de l’urbanisation des terres situées au-delà de l’actuelle rue Sherbrooke. Lorsque les familles Bagg et Clark emménagent sur la «Côte-à-Baron», au début du siècle, l’espace qui les environne est avant tout rural; les activités pratiquées sont essentiellement agricoles ou reliées à la villégiature (chasse, courses de chevaux, etc.)

La transformation de cet environnement est intimement liée à un double phénomène, soit la perception de la montagne comme un refuge où l’on peut échapper aux inconvénients de la ville, et l’apparition, à partir de 1840, des banlieues destinées à la bourgeoisie, dont le célèbre « Square Mile» constitue l’archétype. L’aphorisme anglais «location, location, location» rend bien compte du lien entre ce double phénomène et le domaine de la famille Bagg. Lors de leur union, en 1819, les parents de Stanley Clark Bagg, Stanley Bagg et Mary Ann Clark, reçurent comme cadeau de mariage de la part du père de celle-ci la résidence, «Durham House». Située au coin sud-ouest de Saint-Laurent et Prince-Arthur (à l’emplacement actuel d’une succursale de la banque Toronto-Dominion) c’est aussi une ferme mais surtout l’une des premières maisons de pierre construites sur la «Côte-à-Baron», juste au nord de l’actuelle rue Sherbrooke. Dans ses souvenirs sur le Montréal de 1816, publiés par le Montreal Star du 5 février 1881, Jedediah Hubbell Dorwin a laissé cette description du secteur :

Above Sherbrooke Street, before reaching the Mile End tavern, there were but two houses, both of stone, and on the left side of the street, then belonging to John Clark and now the property of the Bagg estate. Sherbrooke Street was then opened from St. Lawrence street about as far west as Bleury. In 1819, two fine residences were built on this street, one by Jacob Hall and the other by Torrance. They were both prominent objects to the citizen below, and the latter being the only cut-stone structure outside the main city, was the admiration of every passer-by. It is now the residence of the Molson family.6

La Côte-à Baron en 1840. Protestant and Catholic Churches in Montreal from near Mr. Molson’s, Philip John Bainbrigge, juillet 1840. Bibliothèque et archives Canada. (La famille Molson a alors fait l’acquisition de la villa Torrance, qu’on voit à droite.)

La Côte-à Baron en 1840. Protestant and Catholic Churches in Montreal from near Mr. Molson’s, Philip John Bainbrigge, juillet 1840. Bibliothèque et archives Canada. (La famille Molson a alors fait l’acquisition de la villa Torrance, qu’on voit à droite.)

À l’époque décrite par Dorwin, Montréal sort de plus en plus des limites imposées par les anciennes fortifications. L’immigration britannique et irlandaise est considérable et les faubourgs se densifient. Le faubourg Saint-Laurent, situé dans l’axe du chemin du même nom, entre la rue Craig et le pied de la Côte-à-Baron, c’est-à-dire l’actuelle rue Ontario, est d’ailleurs la scène des premières opérations de spéculation foncière de l’histoire des faubourgs montréalais. Il reste que la bourgeoisie réside encore très majoritairement à l’intérieur de la vieille ville : surtout composée de marchands, elle continue d’adopter un modèle d’habitation où les quartiers familiaux sont situés au-dessus du magasin ou de l’entrepôt, comme en témoigne la maison du Vieux-Montréal d’Abner Bagg, l’oncle de Stanley Clark, évoquée plus tôt. En 1819, Thomas Torrance est donc l’un des premiers grands marchands à quitter la ville pour établir sa résidence principale sur les hauteurs de la côte, au coin nord-ouest du chemin Saint-Laurent; l’éloignement avec le cœur de Montréal est alors tel que sa villa est surnommée «Torrance’s Folly».

Mais en devenant son voisin immédiat, lorsqu’il s’installe en 1819 dans la «Durham House» que vient de lui donner son beau-père, Stanley Bagg était bien placé pour espérer que Thomas Torrance soit plus un pionnier qu’un illuminé. Stanley, comme on l’a vu plus tôt, vient de participer aux travaux de démolition des fortifications entourant la vieille ville, ce qui va permettre une circulation beaucoup plus fluide avec les faubourgs, facilitant ainsi leur expansion. Cette expansion s’accompagne cependant d’un clivage socio-économique croissant entre les différents secteurs de Montréal : les faubourgs abritent une population d’artisans et de journaliers et les maisons surtout de bois y sont beaucoup plus modestes qu’en ville.7

De plus, lorsqu’il était aubergiste à la «Mile End Tavern», Stanley Bagg a pu observer un autre phénomène : depuis le début du siècle, les grands marchands de fourrure qui dominent alors l’économie canadienne, les McGill, Frobisher, McTavish, etc. ont commencé à acheter des terrains sur la montagne. Tout en conservant leur résidence principale dans la ville, ils y établissent des villégiatures afin d’y vivre leurs années de retraite «in rural comfort» : «It was their legacy, as gentlemen farmers that particularly coloured any perception of the mountain as residential space by 1840».8

Ce mouvement correspond à l’apparition d’un «culte de la nature», particulièrement puissant dans l’imaginaire culturel britannique. À Montréal, le Mont-Royal en devient l’incarnation; ses flancs bucoliques et les prairies qui l’entourent permettent d’échapper à une ville de plus en plus bruyante et polluée.9 Les frères Bagg participent eux-mêmes à ce mouvement lorsqu’ils remplacent, en 1817, la modeste maison de bois de la ferme Noxon, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, achetée 5 ans plus tôt, par une villa en pierre de deux étages.

Après 1840, le flanc sud du Mont-Royal cesse d’être un lieu de villégiature et abrite de plus en plus les résidences principales de la bourgeoisie montréalaise. Dans une thèse de doctorat, Salubrious settings and fortunate families, Roderick MacLeod explique qu’une nouvelle génération de promoteurs fonciers fait valoir aux Montréalais fortunés, particulièrement ceux d’origine anglo-écossaise, que ces nouveaux quartiers leur permettront de s’installer à un endroit dont les résidents partagent la même langue, religion et niveau social. Mais ce qui est surtout mis en valeur, c’est la proximité de la montagne pour échapper aux inconvénients croissants de la vie en ville. Une annonce publiée en 1845 dans la Gazette témoigne bien de cette vision :

These LOTS, situated on the most elevated and salubrious part of the city of Montreal, offer to Capitalists, rare opportunities of advantageous, and, surely profitable investment; and to those seeking a permanent residence, an agreeable and healthful place of abode. Having directly behind them – the Mountain of Montreal, and forming the very back, of the gentle declivity towards the Town, they must ever command delightful views, and the purest air.10

Ce qui deviendra le «Square Mile» se développe entre 1840 et 1890 selon deux principaux modes de lotissement : d’abord, souvent autour d’une place publique (square du Beaver Hall, square Dominion), des maisons en rangée inspirées des «Georgian terraces» anglaises, réservées à la classe moyenne; et, sur deux avenues, Dorchester et surtout Sherbrooke, les villas entourées d’immenses jardins de la grande bourgeoisie.11

Si l’environnement de «Durham House» est avant tout rural en 1820 quand la famille Bagg s’y installe, leur domaine se retrouve donc, un quart de siècle plus tard, à un carrefour stratégique composé de deux axes qui en transformeront profondément le caractère au cours des décennies suivantes :

  • en bas de la côte, le faubourg Saint-Laurent ne cesse de croître et prend un caractère de plus en plus populaire; de plus, le chemin Saint-Laurent devient la plus importante artère de communications de l’île, ce qui encourage un développement commercial et résidentiel vers le nord des deux côtés de la route;
  • l’axe de la rue Sherbrooke, lui, permet de relier le domaine des Bagg situé juste à l’est à ce «Square Mile».

Stanley Clark Bagg y participe d’ailleurs en quittant «Durham House» : vers 1845, peu après son mariage, il fait construire sa propre résidence, «Fairmount Villa», au coin nord-ouest des actuelles rues Saint-Urbain et Sherbrooke. En 1846, il demande au principal arpenteur du Golden Square Mile, Henri-Maurice Perrault, de faire un relevé de ses terrains situés immédiatement à l’arrière de la nouvelle villa. Le titre montre bien l’intention : Plan of a Property Situate at the Cote A Baron Belonging to Mr Bagg as Distributed into Villa Lots. Il s’agit du quadrilatère situé entre Sherbrooke, Saint-Urbain, Saint-Laurent et la future rue Milton. En 1862, un deuxième plan, également préparé par Perrault, montre que l’opération de lotissement, toujours entre Saint-Laurent et Saint-Urbain, se prolonge jusqu’à l’avenue du Mont-Royal.12

Un régime foncier en transition

Lorsque Stanley Clark Bagg prend en main les affaires familiales, il partage avec son grand-père et son père une vision de la propriété foncière qui s’inspire des pratiques de la noblesse anglaise : la famille demeure propriétaire de grands domaines pendant plusieurs générations, vivant des revenus tirés de leur location et de leur exploitation. Ces revenus proviennent de deux sources : dans les zones encore rurales, les fermes sont louées à des métayers qui s’engagent, souvent par bail notarié, à payer un loyer, améliorer les terres (enlèvement des pierres, drainage, construction de digues, etc.) et à verser une partie de la récolte. Les baux précisent le type et la quantité de bétail qui devra y être élevé, la nature des fourrages et énumèrent de façon détaillée les travaux d’entretien à accomplir.13

Par contre, dans les secteurs en voie d’urbanisation, on a vu que John Clark a prévu, dès 1825, que les fermes puissent être subdivisées en lots urbains. La vente de ces lots est cependant sujette à une «rente constituée», dont le but est d’assurer «a more than comfortable living for the Bagg widows and daughters in the third and fourth generation».14

L’acheteur s’engage à verser au vendeur une rente qui correspond généralement à 6% de la valeur du terrain; cette rente est non-rachetable et est transmissible aux générations suivantes.15Ce type de rente correspond à une vision pré-capitaliste de l’occupation du sol puisque, selon l’historienne Louise Dechêne, elle donne aux créanciers «les mêmes droits qu’un seigneur sur son fief» :

Le rentier ne cherche pas tant à faire fructifier son capital qu’à le conserver et, pour ce faire, tous les moyens qu’il déploie visent à reproduire les rapports sociaux, à resserrer un contrôle sur la propriété qui passe par le contrôle des personnes, conception essentiellement féodale que la coutume prolonge bien avant dans les temps modernes. [Les acheteurs, cependant] n’achètent pas vraiment leur emplacement, mais plutôt un droit d’usage sur celui-ci, soumis à l’obligation d’y construire une maison qui servira de support à la rente.16

Mais pour les vendeurs, surtout en des temps socio-économiques troubles comme le fut la période 1830-1850, une telle rente, garantie par la possibilité de reprendre les lots si l’acheteur ne remplit pas toutes les conditions, apparaît comme l’un des rares placements «sûrs» :

L’âge mur venant, lorsqu’il faut mettre à l’abri les profits accumulés dans le commerce, ils [les marchands] ne peuvent se tourner que vers la propriété, et celle qui est garantie par le corpus féodal représente la forme la plus sûre de placement, sinon la plus profitable en des temps d’instabilité et de dépression. Après 1840, les bourgeois fortunés achèteront des actions et des obligations dans les banques et les entreprises publiques, mais, auparavant, l’économie canadienne n’a pas encore assez de maturité pour autoriser des placements dans des formes capitalistes de production.17

Plusieurs promoteurs se rendent cependant compte que les acheteurs sont de plus en plus réticents à acheter des lots soumis à de telles obligations. Car en plus des rentes coutumières imposées par le vendeur, la propriété foncière est également soumise aux obligations du régime seigneurial. À Montréal, cela signifie que les propriétaires ont des obligations financières envers les seigneurs de l’île, les Sulpiciens; ils peuvent vendre leurs biens comme bon leur semble, mais on doit alors payer des droits aux seigneurs. Ceux de mutation, en particulier, peuvent représenter des sommes importantes pour les grands propriétaires.18

Dans la seconde moitié du 19e siècle, avec l’abolition du régime seigneurial en 1840 sur l’île de Montréal, le régime foncier commence à évoluer vers des formes plus capitalistes d’exploitation du sol. Stanley Clark Bagg reconnait d’ailleurs la dette de la famille envers les Sulpiciens et les arrérages seront payés avant de vendre les terres sous forme de lots.19Il ne met cependant pas fin à la pratique d’assujettir ces mêmes lots à la rente constituée prévue par son grand-père : au contraire, son testament rédigé en 1866 la prolonge et prévoit que ses biens immobiliers ne pourront être vendus à moins d’être accompagnés d’une rente, dont les bénéficiaires sont sa veuve, ses enfants et ses petits-enfants. Il précise même qu’elle ne pourra être remboursée avant que ces derniers atteignent leur majorité.20Sauf que les progrès de l’urbanisation rendent ce type de contrainte de moins en moins attrayant pour les promoteurs fonciers. L’université McGill, qui possède les terres adjacentes à celles des Bagg du côté ouest de Fairmount Villa, et qui veut profiter du boom immobilier du «Golden Square Mile» en a déjà fait l’expérience : ses propres lots, mis en vente en 1845 et soumis à une rente constituée, trouvent très peu d’acheteurs. Il faudra attendre qu’en 1857 la législature provinciale accorde à l’université la permission de les vendre en «freehold» pour que les lots trouvent enfin preneurs.21

Faisant sans doute face à des problèmes du même type, les héritiers de Stanley Clark Bagg s’adressent à leur tour au parlement québécois en 1874 pour obtenir une loi semblable. La loi entre en vigueur le 23 février 1875 et permettra à la génération suivante de disposer de ses propriétés foncières comme bon lui semble.22

Stanley Clark Bagg et son épouse, Catharine Mitcheson Bagg (collection de la famille Bagg et galerie nationale du Canada, 26744).

Stanley Clark Bagg et son épouse, Catharine Mitcheson Bagg (collection de la famille Bagg et Galerie nationale du Canada, 26744).

Au moment où cette loi est adoptée, l’urbanisation de ce qui deviendra le Plateau-Mont-Royal est déjà bien engagée. La porte est donc ouverte pour permettre à la veuve de Stanley Clark Bagg, Catharine Mitcheson (1821-1914) et à son fils, Robert Stanley Bagg (1848-1912) – qui devient également notaire – de rentabiliser pleinement un capital foncier qui a une vocation de moins en moins agricole. La famille correspondra alors plus au portrait brossé par l’historien Paul-André Linteau du spéculateur foncier moderne :

Ce personnage spécule sur une éventuelle hausse de valeur d’une propriété. Il achète au meilleur prix possible et attend, souvent plusieurs années, sans faire d’autre investissement que le prix d’achat (…) Si ses prévisions sont justes, il revendra à un prix plus élevé, empochant ainsi la plus-value qui s’est créée dans l’intervalle. C’est un intermédiaire pur qui ne fait aucun développement et qui ne peut expliquer son profit que par sa perspicacité à prévoir l’usage d’un site. Au niveau de l’espace, il effectue souvent une réunification du territoire, soit en acquérant des terres contiguës, soit en unifiant sous une gestion unique les décisions relatives à des parcelles qui sont séparées les unes des autres.23

Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la compagnie qui vendra, après 1890, les lots des fermes «Mile End» et «Black Gate» – dans ce qui deviendra la portion ouest du quartier – s’appellera justement la «Montreal Investment & Freehold Co.» (c’est moi qui souligne). Nous reviendrons sur la famille Bagg dans un prochain chapitre lorsque le rôle de cette compagnie sera abordé.

La création d’un mythe

La biographie de la famille Bagg développera au fil des ans une véritable mythification qui mettra en évidence ses ancêtres britanniques tout en occultant la longue histoire américaine de la famille. Reprenant une notice nécrologique anonyme publiée dans le Canadian Antiquarian & Numismatic Journal24 John Douglas Borthwick écrit que :

The ancient family of Bagg can claim descent from the distinguished race of Normans, or Norsemen, and the first ancestor (…) came over from the icebound shores of Sweden in the time of Hardicanute, about A.D. 1040, and settled in England, where a branch of the family still exists.25

À aucun moment les racines américaines de la famille ne sont mentionnées, même si elles remontent au milieu du 17e siècle. L’omission est reprise dans les autres biographies qui suivront – un genre particulièrement florissant à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle.26 Ainsi, en 1904, on invente même une carrière britannique à Stanley :

His father, the late Mr. Stanley Bagg (…) was a gentleman of leisure, who inherited two estates, one in England in the county of Durham, where he was a justice of the peace, the other, the well-known Bagg estate in Montreal, which comprises property in almost every ward of the city.27

Finalement, après le décès en 1912 de Robert Stanley Bagg, le fils de Stanley Clark et le quatrième membre de la dynastie, l’ascendance britannique des Clark est carrément fusionnée avec celle des Bagg, comme dans cette notice publiée en 1914 :

The Bagg family is one of the oldest English families of the island of Montreal and one whose members have been foremost in social, financial, religious, political and military circles for the past century, or since the arrival of the first representative of the name, Stanley Bagg, Esq. who was born in County Durham, England, where this branch of the family possessed large landed estates.28

Cette confusion subsiste encore aujourd’hui et se perpétue dans plusieurs ouvrages d’histoire contemporains : par exemple, Guy Pinard, dans un ouvrage classique sur le patrimoine architectural montréalais;29 dans l’Atlas historique de Montréal, de Jean-Claude Robert30; et même dans l’article sur Stanley Clark Bagg du Dictionnaire biographique du Canada, avant sa révision en 2018 :

Sa famille est une des plus vieilles familles anglaises de l’île de Montréal et une de celles dont les membres se sont fait le plus valoir dans les milieux sociaux, financiers, religieux et intellectuels. Stanley Clark Bagg est un digne représentant de ce qu’on peut appeler l’establishment anglo-saxon de Montréal.31

Janice Hamilton, dans le cadre d’une étude généalogique des Bagg, a fait un travail remarquable pour démêler les origines véritables de la famille. Elle a retracé leurs racines américaines au Massachusetts et, surtout, elle a pu retrouver la trace de John Clark en Angleterre, boucher prospère mais qui n’avait rien d’un aristocrate, sans qui la dynastie des Bagg n’aurait pas existé.32

Il reste à comprendre ce qui explique la création d’un tel mythe : l’erreur légitime a pu jouer un rôle, mais y aurait-il eu aussi une volonté d’amplifier le prestige de la famille? Même si des hommes d’affaires d’origine américaine ont pu s’établir et réussir à Montréal,33 la bourgeoisie dominante est alors avant tout anglo-écossaise et les relations avec les États-Unis sont souvent tendues tout au long du 19e siècle. L’annexion par les États-Unis est d’ailleurs l’un des thèmes qui divise profondément les factions radicales et conservatrices de cette bourgeoisie.

La famille Bagg, elle, a choisi son camp, comme en témoignent les contrats obtenus par Stanley pendant la guerre de 1812. Ce choix sera clairement assumé pendant les années les plus tendues du 19e siècle : Stanley est le candidat conservateur pour Montréal–ouest, lors de l’élection qui conduit à l’émeute de 1832; le père et le fils s’engagent comme officiers dans la milice pro-gouvernementale lors des rébellions de 1837. Il ne serait donc pas étonnant que la famille Bagg, lorsqu’elle arrive au sommet de sa fortune dans la deuxième moitié du siècle, cherche à s’inventer un passé : l’empire britannique arrive à son apogée et les grands barons du capitalisme canadien rivalisent entre eux pour obtenir des titres de «sir» ou de «lord» outre-Atlantique.

Les villas de la famille Bagg

«Mile End Lodge». Située sur Saint-Laurent, côté ouest, juste au nord de l’actuelle rue Bagg. John Clark a acheté la ferme environnante en 1804 et y a vécu jusqu’à son décès en 1827. Alors située au milieu des champs, son entrée principale fait face à la ville, plutôt qu’au chemin Saint-Laurent (Aquarelle de John Hugh Ross, musée Stewart, 1970.1847)

«Mile End Lodge». Située sur Saint-Laurent, côté ouest, juste au nord de l’actuelle rue Bagg. John Clark a acheté la ferme environnante en 1804 et y a vécu jusqu’à son décès en 1827. Alors située au milieu des champs, son entrée principale fait face à la ville, plutôt qu’au chemin Saint-Laurent (Aquarelle de John Hugh Ross, musée Stewart, 1970.1847)

«Mile End Lodge» peu avant sa démolition, vers 1914. La notice dans les «albums de rue d’E-Z Massicotte» (BAnQ), l’identifie à tort comme une ancienne barrière à péage.

«Mile End Lodge» peu avant sa démolition, vers 1914. La notice dans les «albums de rue d’E-Z Massicotte» (BAnQ), l’identifie à tort comme une ancienne barrière à péage.

«Durham House», la maison offerte par John Clark à Stanley Bagg et Mary-Ann Clark comme cadeau de mariage en 1819. Située à l’intersection sud-ouest de l’actuelle rue Prince-Arthur et du boulevard Saint-Laurent. (Aquarelle de John Hugh Ross, 1891, musée McCord.)

«Durham House», la maison offerte par John Clark à Stanley Bagg et Mary-Ann Clark comme cadeau de mariage en 1819. Située à l’intersection sud-ouest de l’actuelle rue Prince-Arthur et du boulevard Saint-Laurent. (Aquarelle de John Hugh Ross, 1891, musée McCord M980.184.1.34.)

- «Durham House», photo non datée. La maison a été démolie vers 1928 (collection de la famille Bagg).

«Durham House», photo non datée. La maison a été démolie vers 1928 (collection de la famille Bagg).

«Mitcheson Cottage». La petite maison fut construite au coin nord-ouest des actuelles rues Clark et Bagg pour la veuve de John Clark, Mary Mitcheson. Musée Stewart.

«Mitcheson Cottage». La petite maison fut construite au coin nord-ouest des actuelles rues Clark et Bagg pour la veuve de John Clark, Mary Mitcheson. (Aquarelle de John Hugh Ross, musée Stewart, 1970.1844)

– Le 29 février 1840, May Mitcheson met le cottage en location décrivant ainsi la propriété : «Une maison et un jardin, avec un pâturage pour au moins 10 vaches, et 18 acres de praires, à proximité de la vieille piste de course – un bon emplacement pour vendre du lait ou pour une résidence d’été pour une famille distinguée. Prêt à louer avec ou sans la terre.» Montreal Transcript, 5 mars 1840, p.1.

Le 29 février 1840, Mary Mitcheson met le cottage en location décrivant ainsi la propriété : «Une maison et un jardin, avec un pâturage pour au moins 10 vaches, et 18 acres de praires, à proximité de la vieille piste de course – un bon emplacement pour vendre du lait ou pour une résidence d’été pour une famille distinguée. Prêt à louer avec ou sans la terre.» Montreal Transcript, 5 mars 1840, p.1.

Notes:
1. BAnQ, Greffe du notaire Henry Griffin (CN601,S185), no 5989, 29 août 1825, Last Will and Testament of Mr. John Clark of Montreal : « And the said testator doth further give and bequeath unto his said grandson Stanley Clark Bagg all the other farms the property of the testator as purchased by him from one Papineau and one Francois Monette, situated lying and being partly in the parish of Montreal and partly in the parish of Saint Laurent, in the county and district of Montreal, the said farms being an irregular figure containing about one hundred and thirty arpents of land, more or less, with a house known by Clark Cottage, barn, stables and other buildings thereon erected» («Et le testateur lègue de plus à son petit-fils Stanley Clark Bagg toutes les autres fermes propriétés du testateur telles qu’achetées, l’une de Papineau, l’autre de François Monette, situées en partie dans la paroisse de Montréal et en partie dans la paroisse de Saint-Laurent, dans le comté et district de Montréal, les dites fermes constituant une forme irrégulière d’environ cent trente arpents de terre plus ou moins, avec une maison connue sous le nom de «Clark cottage», la grange, les étables et autres immeubles qui y sont érigés (ma traduction)»).
2. Sherry Olson et Patricia Thornton, Peopling the North American City, op. cit, pp. 49 et 298.
3. Stanley a notamment épongé une bonne partie des dettes de son frère, Abner, après que la chapellerie de celui-ci eut fait faillite. De plus, le commerce du bois est une activité cyclique, avec des chutes brutales des exportations. Plusieurs entrepreneurs y laissent leur chemise.
4. BAnQ, Greffe du notaire Joseph-Hilarion Jobin (CN601,S216), acte no. 3537, 8 octobre 1842, Account and Mortgage from Stanley Bagg Esq. to Mr. Stanley Clark Bagg. Voir également : Janice Hamilton, «Stanley Bagg’s Difficulties», Writing up the Ancestors, 10 janvier 2014. En ligne : http://writinguptheancestors.blogspot.ca/2014/01/stanley-baggs-difficulties.html.
5. «Stanley Clark Bagg était (après les seigneurs de Saint-Sulpice) le plus grand propriétaire terrien de l’île de Montréal, ayant hérité ces propriétés, de même qu’un domaine en Angleterre, de son grand-père, feu John Clark (ma traduction).» Rev. J. Douglas Borthwick, Montreal, its History… [with] biographical sketches, Montreal, Drysdale & co, 1875, p. 42. En ligne à http://archive.org/stream/cihm_00188#page/n1/mode/2up.
6. L’article peut être retrouvé en ligne : http://rawdonhistoricalsociety.com/dorwin/mtlin1816.htm. Ses souvenirs de Montréal plus de 60 ans auparavant étaient extraits d’un journal intime que Dorwin a tenu quotidiennement pendant toute sa vie. «En haut de la rue Sherbrooke, juste avant d’arriver à la taverne du Mile End, il n’y avait que deux maisons en pierres, et, du côté gauche de la rue, celle qui appartenait à John Clark et qui est maintenant la propriété du domaine Bagg. La rue Sherbrooke était alors ouverte de Saint-Laurent jusqu’à Bleury à l’ouest. En 1819, deux belles résidences furent construites sur la rue, l’une par John Hall et l’autre par Torrance. Elles étaient deux structures remarquables pour les citoyens d’en bas, car la deuxième était la seule maison de pierre taillée à l’extérieur de la ville; elle faisait l’admiration de tous les passants. C’est maintenant la résidence de la famille Molson (ma traduction).»
7. Jean-Claude Robert, Atlas historique de Montréal, op. cit, p. 89.
8. Roderick MacLeod, op. cit., pp. 29-33. «C’est leur héritage de Gentlemen Farmer qui a particulièrement coloré la perception de la montagne en tant qu’espace résidentiel à partir de 1840 (ma traduction).»
9. Bernard Debarbieux et Claude Marois, «Le mont Royal. Forme naturelle, paysages et territorialités urbaines», Cahiers de géographie du Québec, vol. 41, n° 113, 1997, pp. 178-180.
10. Montreal Gazette, avril 1845, cité par MacLeod, op. cit., p. 111. «Ces lots, situés sur la partie la plus élevée et la plus salubre de la ville de Montréal, offrent aux capitalistes des occasions exceptionnelles et avantageuses et, sûrement, un investissement profitable; et pour ceux qui cherchent une résidence permanente, un refuge agréable et sain. Ayant directement à l’arrière la montagne montréalaise, et formant l’épine dorsale de la douce pente vers la ville, [ces lots] offriront pour toujours les plus belles vues et l’air le plus pur (ma traduction)».
11. À ce sujet, voir François Rémillard et Brian Merrett, Le mille carré doré 1850-1930, Méridien, 1986.
12. BAnQ, Fonds Henri-Maurice Perrault, cotes CA601,S53,SS1,P2041 et CA601,S53,SS1,P441.
13. Pour des exemples concernant la «Clark Cottage Farm», voir BAnQ, Actes du notaire Doucet (CN601,S134) no 17620, 8 avril 1830 et BAnQ, Actes du notaire Jobin (CN601,S216), no 4017, 1er septembre 1843.
14. Sherry Olson et Patricia Thornton, Peopling the North American City, p. 49. «Une vie plus que confortable aux veuves et aux filles Bagg de la troisième et de la quatrième génération» (ma traduction). BAnQ, Greffe du notaire Henry Griffin, Acte no 5989, 29 août 1825, Last Will and Testament of Mr. John Clark of Montreal; BAnQ, Greffe du notaire Joseph-Augustin Labadie, no 15685, 7 juilet 1866, Last Will & Testament of Stanley Clark Bagg Esq. Le fait qu’à chaque génération, il n’y ait eu qu’un seul descendant mâle mais plusieurs filles, n’est sans doute pas étranger à cette préoccupation.
15. On recense plusieurs ventes de ce type dans le secteur adjacent à la «Fairmount Villa», entre Saint-Urbain et Saint-Laurent, pendant l’automne 1846. Un exemple type est la vente à Francis Duclos, le 5 septembre, de 3 lots pour la somme de 500 livres et une rente de 6%, le tout soumis à l’obligation d’y construire dans l’année des maisons mitoyennes, en brique ou en pierre. BAnQ, Greffe du notaire Isaacson (469), résumé de Sherry Olson.
16. Louise Dechêne, «La rente du faubourg Saint-Roch à Québec — 1750-1850», Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 34, n° 4, 1981, p. 593. En ligne : http://id.erudit.org/iderudit/303905ar
17. Ibid, pp. 595-596.
18. La conquête de 1760 a rendu le statut juridique des droits des Sulpiciens incertain, de sorte qu’ils n’osaient trop intenter des recours contre les mauvais payeurs. En 1840, ils obtiennent cependant la reconnaissance de leur droit de propriété en échange de l’abolition du régime seigneurial. Ce qui permet alors aux Sulpiciens de recevoir les arrérages et des frais de commutation (rachat des droits), qui représentent des sommes substantielles. En échange, les acheteurs obtiennent des titres de propriété en «freehold» (franc alleu), c’est-à-dire libres de tout droit. À ce sujet, voir John A. Dickinson, «Seigneurs et propriétaires, une logique ecclésiastique de l’économie», dans Les Sulpiciens de Montréal, 2007, aux pp. 188-189.
19. Pour des exemples, voir BAnQ, Actes de Patrice Lacombe, Commutation de Stanley Clark Bagg, 16 mai 1846, 2034. Également, Actes d’Édouard Lafleur (CN601,S227), Dette envers le séminaire, 22 juillet 1856, no 568, où Stanley Clark Bagg reconnaît que son aïeul, John Clark et son père ont contracté une dette de 400 livres envers le séminaire. Dans une autre transaction, le 17 avril 1874, sa veuve, Catherine Mitcheson verse 16,000$ au Séminaire pour obtenir une commutation concernant des terres au Coteau-Saint-Louis (Actes de Joseph Bonin (CN601,S424), no 1410).
20. BAnQ, Actes de Joseph-Augustin Labadie, Last Will & Testament of Stanley Clark Bagg Esquire, 7 juillet 1866, no 15685.
21. Roderick MacLeod, Salubrious Settings and Fortunate Families, op. cit., pp. 102-103. MacLeod souligne d’ailleurs l’importance de cette transformation pour la réussite du «Square Mile» : «Jusqu’à ce moment, les lotissements se faisaient de façon aléatoire, dans le but de tirer des revenus réguliers de la propriété foncière plutôt que de la vendre comme un produit. Pour un propriétaire comme John Redpath, le lotissement était une entreprise commerciale, qui nécessitait de créer avec soin une marchandise et de la vendre à un public dont il comprenait bien les projets et les ambitions (…). Dans le Montréal du milieu du 19e siècle, la terre n’était pas encore une simple marchandise comme les bottes, le sucre, ou d’autres produits manufacturés; les transactions sont grevées d’obligations complexes enracinées dans la Coutume de Paris : les droits historiques des membres de la famille, des voisins, des locataires et des seigneurs (ma traduction).
22. An Act to authorize the Executors of the will of Stanley C. Bagg, Esq. late of the City of Montreal, to sell, exchange, alienate and convey certain Real Estate, charged with substitution in said will, and to invest the proceeds thereof. Statuts de la province de Québec, 38 Victoria cap. 94, 1875, pp. 474-477. Le texte précise que les exécuteurs testamentaires sont autorisés à procéder de la sorte pour éviter une détérioration de la valeur des biens.
23. Paul-André Linteau, Maisonneuve, Boréal Express, 1981, pp. 37-38.
24. Anonyme, «In Memoriam», Canadian Antiquarian and Numismatic Journal, vol 2, no 2, October 1873, pp. 73-78. Stanley Clark Bagg était l’un des fondateurs de la Société.
25. John Douglas Borthwick, op. cit., p. 79.
26. La bourgeoisie de Montréal, alors métropole du Canada, est à son apogée. Sous couvert d’ouvrages historiques, on multiplie les portraits biographiques de ses membres, tous plus élogieux les uns que les autres. Souvent vendus à l’avance, au moyen de souscriptions, il n’est pas difficile de deviner qu’il fallait payer pour obtenir un portrait flatteur dans un de ces livres. S’ils sont des outils utiles pour les historiens, l’exemple de la famille Bagg démontre que tout ne doit pas y être pris à la lettre!
27. [C’est moi qui souligne.] Anonyme, An Encyclopaedia of Canadian Biography, Canadian Press Syndicate, Montreal & Toronto, 1904, p. 72. «Son père, feu M. Stanley Bagg (…), était un gentilhomme qui a hérité de deux domaines, l’un en Angleterre dans le comté de Durham, où il était juge de paix, l’autre le réputé domaine Bagg à Montréal qui comprend des propriétés dans tous les quartiers de la ville (ma traduction).»
28. William Henry Atherton, Montreal 1535-1914, Clarke Publishing Co, vol 3, 1914, p. 406.
29. Guy Pinard, Montréal, son histoire, son architecture, Éd. du Méridien, 1992, vol 5, pp. 342 et 413.
30. «D’origine largement anglo-écossaise, cette bourgeoisie (…) comprend un certain nombre de marchands de fourrures (…), ou des nouveaux venus comme Stanley Bagg (1786-1853), originaire du comté de Dunham en Angleterre, entrepreneur et grand propriétaire foncier.» Jean-Claude Robert, Atlas historique de Montréal, op. cit, p. 80.
31. Pierre Landry, Stanley Clark Bagg, dans Dictionnaire biographique du Canada, en ligne : http://www.biographi.ca/fr/bio/bagg_stanley_clark_10F.html. Si cette citation ressemble drôlement à la biographie dans le volume d’Atherton, c’est justement le problème.
32. Le dernier descendant mâle de la lignée des Bagg, Harold Fortesque Stanley Bagg (1895-1944) est décédé le 18 septembre 1944 à l’âge de 49 ans. Tout comme pour son père et son grand-père, la notice nécrologique du journal The Gazette mentionne qu’il travaillait à plein temps «in the family real estate business». – The Montreal Gazette, 19 septembre 1944, p. 21.
33. Deux exemples contemporains de Stanley Bagg sont Jacob de Witt et Harrison Stephens. Leurs biographes mentionnent que même s’ils ont réussi, leurs origines américaines ont souvent causé des problèmes. Jean-Claude Robert, «DE WITT, JACOB», dans Dictionnaire biographique du Canada, http://www.biographi.ca/fr/bio/de_witt_jacob_8F.html. Gerald J. J. Tulchinsky, «STEPHENS, HARRISON», dans Dictionnaire biographique du Canada, http://www.biographi.ca/fr/bio/stephens_harrison_11F.html.