Fairmount Court (appartements)


Coopérative Le Châtelet, juillet 2016 [Christine Richard]

Coopérative Le Châtelet, juillet 2016 [Christine Richard]

Les Appartements Fairmount Court, aujourd’hui connus sous le nom de Coopérative d’habitation Le Châtelet, font partie des édifices les plus remarquables de l’avenue du Parc, tant par leurs qualités architecturales que par l’histoire dont ils témoignent.

Se laisser conter le destin de cet ensemble, c’est écouter une partie de l’histoire de l’avenue du Parc : les premiers plans de lotissement du secteur dressés par Henri-Joseph Perrault, le père de Joseph Perrault, architecte et premier propriétaire des Appartements Fairmount Court; la construction de luxueuses résidences bourgeoises, pour la plupart aujourd’hui disparues, au tournant du 20e siècle; l’érection d’immeubles à appartements, caractéristiques de l’avenue du Parc, à partir des années 1910 et la négligence dont ont souffert de nombreux immeubles de l’avenue dans les années 1970.


En 1904, l’architecte Joseph Perrault (1866-1923) se fait construire une résidence de style renaissance française dans la ville de Saint-Louis sur l’avenue du Parc (aujourd’hui l’aile nord de la Coopérative d’habitation Le Châtelet). Cette demeure est située dans le carré chic de l’avenue : elle côtoie la luxueuse demeure construite par le promoteur torontois Mainwaring ou encore la maison bourgeoise du pharmacien Guérin, aujourd’hui disparues. Lorsque Perrault construit sa résidence, le secteur situé au nord de l’avenue Fairmount peine à devenir l’avenue de prestige dont avaient rêvé ses développeurs. De nombreux lots sont encore vacants.

Joseph Perrault est sur l’avenue du Parc en terrain connu : il s’installe sur les terres de ses ancêtres. En effet, avant leur acquisition en 1890 par l’agent immobilier torontois qui développera le projet résidentiel de luxe Montreal Annex (la partie ouest de l’actuel Mile End), Rienzi Athel Mainwaring, la famille Perrault-Nowlan, importants propriétaires fonciers canadiens-français, possède les terres qui s’étendent approximativement, du nord au sud, de l’avenue Beaumont à l’avenue du Mont-Royal et, d’est en ouest, de la rue Jeanne-Mance à la rue Durocher. Avant cette cession, c’est d’ailleurs à Henri-Maurice Perrault (1828–1903), architecte-arpenteur et père de Joseph, que l’on doit le premier plan de lotissement des fermes qui s’y trouvaient, vers 1880.

Joseph Perrault est un ardent défenseur de la vocation exclusivement résidentielle de l’avenue du Parc et de son statut d’avenue de prestige. Il s’oppose ainsi à ce qu’y soient construits des triplex. Mais, après l’annexion de la ville de Saint-Louis à Montréal en 1910, il fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation. Il est, en effet, un des premiers à construire sur l’avenue du Parc des immeubles à appartements, type d’habitat destiné à une certaine bourgeoisie. Son fils Jean-Julien Perrault, lui aussi architecte, deviendra un expert dans le développement de ce type d’édifices résidentiels à partir des années 1920; c’est à lui que l’on doit de nombreux immeubles à appartements de l’avenue Bernard à Outremont.

Non seulement Joseph Perrault embrasse la construction d’immeubles à appartements, mais il construit un de ces édifices sur sa propriété. À sa résidence, il ajoute en 1910 un bâtiment de quatre étages, soit douze appartements (le corps central de l’ensemble actuel). En 1912, il fait construire un atelier, aujourd’hui l’aile sud de l’ensemble. Les trois bâtiments de l’ensemble sont une véritable démonstration du talent de leur architecte. On les connait alors sous le nom d’Appartements Perrault ou de Fairmount Court.

Après le décès de Joseph, l’ensemble est vendu par sa veuve en 1924. Jean-Julien Perrault et son associé Joseph Roméo Gadbois occupent l’atelier jusqu’en 1927. En 1928, une partie de l’atelier est convertie en deux appartements.

Dans les années 1970, comme pour beaucoup d’immeubles de l’avenue du Parc, l’entretien des appartements Fairmount Court se trouve négligé par leur propriétaire : fuite d’eau, manque d’eau chaude, dégradation de la bâtisse, etc. Le propriétaire fait part de son intention de vendre. Au printemps 1977, germe alors dans l’esprit de plusieurs des locataires l’idée d’une coopérative d’habitation. Le 19 juin 1977, les locataires se réunissent en assemblée et quatorze des dix-neuf logements manifestent leur intérêt pour la création d’une coopérative d’habitation. Le 29 juin 1977, les premiers points de règlements sont votés en régie interne; la coopérative d’habitation Le Châtelet est créée. En décembre 1977, la coopérative procède à l’achat de l’édifice. S’ensuivent presque deux années de rénovation. Aujourd’hui, grâce aux soins des membres de la coopérative, cet ensemble architectural est toujours un des fleurons de l’avenue du Parc.

On doit à Joseph Perrault d’autres édifices remarquables du Mile End, dont les Appartements Saint-Georges (5200-5206 avenue du Parc), la manufacture de pianos Craig (80 rue Saint-Viateur Est), l’édifice Peck (5505 boulevard Saint Laurent), la manufacture Campbell–Hampton (125 rue Elmire), et la maison Hormisdas Pelletier (93 boulevard Saint-Joseph Ouest).


Voir aussi

Appartements Valmont
Appartements Pierrefonds

 

[Recherche et rédaction : Yves Desjardins et Christine Richard]