Patro Le Prevost


Patro Le Prevost

L’édifice du Patro Le Prevost, rue Saint-Dominique, en 1914. (Archives du Patro Le Prevost)

Ce qui est aujourd’hui un terrain de stationnement, rue Saint-Dominique au sud de la rue Bernard, a été pendant près de 70 ans le site du seul organisme communautaire de l’est du Mile End, le Patro Le Prevost. Il est fondé le 16 décembre 1909 par les religieux de Saint-Vincent de Paul, plus particulièrement par le père Émile Piché, premier curé de la nouvelle paroisse Saint-Georges. Les patronages, ou centres pour l’éducation et la récréation des jeunes catholiques, sont nombreux en France et en Belgique, et présents au Québec depuis les années 1860.

D’abord logé au sous-sol de l’académie Saint-Georges, rue Waverly, le Patro déménage dans un édifice neuf en février 1914. Ses locaux abritent une bibliothèque, une chapelle, une salle de spectacle, des salles de jeux ainsi qu’une « maison de famille » – un service d’hébergement pour les jeunes ouvriers venus des campagnes environnantes. On veut leur donner « les avantages de la vie de famille et les moyens de préserver leur foi et leurs moeurs au milieu des dangers de Montréal » (dont la tentation d’avoir recours aux services du YMCA protestant). La pension qu’ils versent est l’un des principaux moyens de financement du Patro.

Le père Piché fait aussi aménager un terrain de jeux, selon lui le plus grand de Montréal. On y joue au hockey en hiver et au baseball l’été – « ensuite instruction et prière ». La participation à la messe du dimanche est obligatoire, car le but premier demeure former l’élite ouvrière chrétienne de demain. « Être du Patro », où l’on se retrouve de génération en génération, témoigne de son attachement au quartier. Outre les pensions versées par les jeunes ouvriers, le Patro se finance grâce à la charité publique ; son fonctionnement repose surtout sur l’entraide et le bénévolat des familles membres.

Mais cette solidarité s’essouffle pendant les années 1960, et le Patro se retrouve au bord de la faillite en 1969. Montréal et le gouvernement du Québec lui accordent une aide financière accrue, et l’organisme est réorganisé. Il est désormais administré par une société laïque, même si les religieux de Saint-Vincent de Paul continuent d’y jouer un rôle important. Partiellement municipalisé, le Patro élargit aussi son champ d’activités. Cette année-là, les filles y sont admises pour la première fois et un programme pour les familles est développé.

Le Patro quitte le Mile End après l’incendie survenu dans la nuit du 17 au 18 janvier 1977. Sur son emplacement, on retrouve aujourd’hui le stationnement de l’aréna Saint-Louis, inauguré le 23 février 1982. L’aréna est construit sur l’ancien terrain de jeux. Quant au Patro, il poursuit ses activités dans le quartier Villeray, au 7355 avenue Christophe-Colomb.


Recherche et rédaction : Yves Desjardins

Dictionnaire historique du Plateau Mont-RoyalExtrait du Dictionnaire historique du Plateau Mont-Royal (Écosociété, 2017) avec l’aimable autorisation de l’éditeur