Yidishe Folks Shuln


[photo Jack Goldsmith, 2006 – Musée du Montréal juif]

[photo Jack Goldsmith, 2006 – Musée du Montréal juif]

La résidence située au 5201 rue Waverly a abrité entre 1924 et 1941 les Yidishe Folks Shuln (Écoles juives populaires), à une époque où le Mile End se situait au cœur de la vie juive montréalaise. L’école était animée par des militants socialistes qui voulaient offrir une alternative laïque à l’enseignement religieux des écoles talmudiques. Elle met l’accent sur la justice sociale, la culture yiddish et le sionisme, perçus comme valeurs essentielles de l’identité juive. Le succès est tel qu’un nouvel édifice, situé juste en face au 5210 Waverly, est construit en 1941 pour abriter l’école. C’est aujourd’hui un pavillon du Collège français.


Établie sur la rue Saint-Urbain, au coin de Saint-Cuthbert entre 1920 et 1952, l’école ouvre en 1924 une succursale dans une ancienne résidence privée de la rue Waverly, au coin nord-est de l’avenue Fairmount. Ce choix n’est pas le fruit du hasard : juste à côté se trouve l’école primaire Fairmount, administrée par la Commission scolaire protestante. Même si plus de 80% des élèves qui la fréquentent sont d’origine juive, presque tous les enseignants et la direction sont protestants. Lorsque les enfants ont terminé leur journée à l’école protestante, ils se rendent aux Folks Shuln pour suivre des cours d’hébreu, de yiddish, ainsi que sur l’histoire et la culture juive. À partir de 1929, l’école offre aussi un enseignement à temps plein.

Le succès est tel qu’on décide de construire un édifice neuf pour abriter l’école, en juillet 1940. Les travaux commencent dès le mois de septembre et le nouvel édifice, conçu par l’architecte Max Kalman et situé juste en face au 5210 rue Waverly, ouvre ses portes pour la rentrée de septembre 1941. Cet intervalle très court, surtout dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale, s’explique par le fait que toute communauté juive montréalaise s’est mobilisée : ériger cette nouvelle école est présenté comme une réponse à la barbarie nazie. Quant à l’ancienne résidence, elle hébergera jusqu’en 1964 l’école religieuse pour filles Beth Jacob, fondée par des survivants de l’holocauste.

Plusieurs milliers de personnes ont assisté à la cérémonie de la première pelletée de terre pour le nouvel édifice, le 27 octobre 1940. Canadian Jewish Chronicle, 1er novembre 1940.

Plusieurs milliers de personnes ont assisté à la cérémonie de la première pelletée de terre pour le nouvel édifice, le 27 octobre 1940. Canadian Jewish Chronicle, 1er novembre 1940.

Les Écoles juives populaires suivent la migration d’après-guerre vers les nouvelles banlieues : l’institution déménage à Snowdon, avenue Van Horne, en 1955. Elle y existe toujours, sous le nom de Jewish People’s & Peretz Schools (JPPS), après avoir fusionné avec une autre école progressiste, Peretz, en 1971. L’immeuble de la rue Waverly est alors occupé par un collège talmudique, Merkaz Hatorah, de 1957 à 1971. Le Collège français, l’actuel occupant, l’achète en février 1972.

 

[Recherche et rédaction : Yves Desjardins]