4875–4883 rue Saint-Dominique
Cet édifice, aujourd’hui disparu, a d’abord abrité l’hôtel de ville et la caserne de pompiers de la ville de Saint-Louis (1886–1905) et ensuite une entreprise de pompes funèbres. Il a été démoli, vers 1967–1968, pour faire place à la nouvelle école primaire Saint-Enfant-Jésus. Les photos du Mile End de 1910 sont fort rares : nous les devons à la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal, dont le centre d’archives les a reçues par un don de Jocelyne et Raymond Laberge.

Adolphe Lemay (assis à gauche) et ses employés devant ses bureaux de la rue Saint-Dominique, [entre 1905 et 1910]. Archives de la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal, P60-2. Don de Jocelyne et Raymond Laberge.
Le nouvel hôtel de ville remplaçait l’ancienne Maison municipale construite en 1886[1]. Elle était située du côté est de la rue Saint-Dominique, au sud du boulevard Saint-Joseph, juste après l’actuelle petite rue Marmette. Elle servait également de caserne de pompiers.
L’ancien hôtel de ville connaît alors une nouvelle vocation : l’acheteur est Adolphe Lemay (1863–1942), entrepreneur en pompes funèbres à Ville Saint-Louis depuis 1898. Il y déménage ses ateliers et son bureau, auparavant situés rue Saint-Louis (avenue Laurier) au coin nord-ouest de la rue Saint-Dominique, en face du parc Lahaye et tout près de l’église Saint-Enfant-Jésus. De toute évidence, les photos, prises entre 1905 et 1910, visent à faire la promotion de son entreprise. Le bâtiment abritait aussi quatre logements : plusieurs membres de la famille Lemay y résideront.
Lemay ouvre d’ailleurs en 1907 une succursale à Maisonneuve, près de l’église Très-Saint-Nom-de-Jésus (fermée en 1941), et en 1916 une autre succursale à proximité de l’église de Longue-Pointe, rue Notre-Dame (fermée en 1963).
En 1911, Adolphe Lemay est de retour avenue Laurier Est : il acquiert de l’Institution voisine des sourds-muets le terrain situé du côté nord de l’avenue, entre la rue Saint-Dominique et l’édifice de la Banque canadienne nationale qui fait le coin du boulevard Saint-Laurent. Adolphe Lemay y ouvre brièvement un bureau. En 1924, il démolit tous les bâtiments et fait bâtir l’immeuble à appartements qui se trouve toujours à cet emplacement (11–25 avenue Laurier Est), où il y installe sa résidence. Le siège de son entreprise reste cependant dans le bâtiment de la rue Saint-Dominique.
Il faudra une évolution des rites funéraires pour que les appartements du rez-de-chaussée, avenue Laurier Est, changent de rôle : au Québec, au début du XXe siècle, les entrepreneurs en pompes funèbres fournissent cercueils et corbillards, s’occupent des funérailles, mais l’exposition du défunt dans le domicile familial demeure la norme. Ce n’est qu’à partir des années 1920 que certains d’entre eux ajoutent des salons funéraires spécialement aménagés pour accueillir dépouilles et visiteurs en dehors du domicile. De ce point de vue, Adolphe Lemay fait figure de pionnier, puisqu’il est au nombre des premiers entrepreneurs de pompes funèbres à offrir ce service. L’augmentation de la demande fait en sorte que l’entreprise transforme progressivement les appartements de l’avenue Laurier Est en salons funéraires vers 1929.
L’édifice de la rue Saint-Dominique est alors utilisé comme entrepôt. Ce sera aussi l’adresse, jusqu’en 1967, d’un des fils d’Adolphe Lemay, Aimerio (1899-1972), qui a repris l’entreprise familiale avec ses propres fils, après le décès de son père en 1942. En 1967, tous les bâtiments situés dans le quadrilatère compris entre les rues Coloniale, Saint-Dominique, Marmette et Villeneuve sont expropriés par la Commission des écoles catholiques de Montréal. Elle y déménage l’école primaire Saint-Enfant-Jésus, auparavant située au 102 boulevard Saint-Joseph Est (cet édifice a survécu et abrite aujourd’hui une coopérative d’habitation). La commission scolaire agit ainsi dans le cadre d’un programme visant à doter les quartiers défavorisés d’écoles modernes entourées de grandes cours extérieures. Le stationnement des employés de l’école occupe désormais l’emplacement de l’ancien hôtel de ville.
Quant aux salons funéraires Lemay, ils continueront d’être exploités avenue Laurier Est jusqu’en 1987. Une école privée de soins infirmiers prend alors leur place ; des appartements en copropriété occupent aujourd’hui les lieux.

Calèche et corbillard devant les ateliers de l’entreprise de pompes funèbres d’Alphonse Lemay, [entre 1905 et 1910]. Archives de la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal, P60-3.

L’école Saint-Enfant-Jésus peu après sa construction, 1971. Le stationnement, en avant-plan, a remplacé le salon Lemay. Archives du Centre de services scolaire de Montréal.
[1] Il s’agissait du deuxième hôtel de ville du village de Saint-Louis-du-Mile End : le premier (1878) se situait du côté ouest du chemin (boulevard) Saint-Laurent, dans l’axe de l’actuel boulevard Saint-Joseph.
Recherche : Justin Bur et Yves Desjardins, mars 2026
Rédaction : Yves Desjardins
Révision : Justin Bur


