Mount Royal et Mountain View (appartements)


Les appartements Mount Royal et Mountain View. Montreal Star, 4 mars 1911 / Albums Massicotte, BAnQ

Les maisons d’appartements Mount Royal et Mountain View, qui ouvrent leurs portes en avril 1911 sur le boulevard Saint-Joseph Ouest, entre la rue Hutchison et l’avenue du Parc, sont représentatives de l’époque où ces immeubles étaient à la mode. Il s’agit de deux édifices jumeaux de cinq étages, construits au coût de 250 000 $ et abritant 44 appartements de cinq à sept pièces. Le quotidien La Patrie en fait une description élogieuse : le téléphone et de magnifiques « électroliers » (lampadaires) sont inclus ; on y trouve un foyer fonctionnel dans chaque salon, un jardin sur le toit où l’on peut tenir des réceptions, un café « qui ne cédera en rien aux plus fashionable du centre de la ville », situé au rez-de-chaussée, d’où l’on pourra faire venir ses repas grâce à des monte-plats. Des services de buanderie et de conciergerie y sont également offerts.

Le Mountain View après l’incendie. Montreal Herald, 28 avril 1911 / Albums Massicotte, BAnQ

Mais les promoteurs Félix Clavette et J.-A. Jarry n’ont pas de chance. Dans la nuit du 27 au 28 avril 1911, alors que 14 familles viennent à peine d’y emménager, l’un des deux édifices, le Mountain View, est la proie des flammes. Même si tout le monde s’en tire sain et sauf, c’est une perte totale. Il sera reconstruit, mais avec deux étages en moins que son voisin du côté ouest. Ayant perdu sa vue sur le mont Royal, il est alors rebaptisé Mount Pleasant.

Les recensements de 1911 et de 1921 nous donnent un aperçu de ceux qui sont attirés par ce nouveau type d’habitation. En 1911, on dénombre 14 ménages dans le Mount Royal, l’autre immeuble n’ayant pas encore été reconstruit. Dix d’entre eux sont anglo-protestants, plusieurs des immigrants récemment arrivés d’Angleterre et des États-Unis, deux sont canadiens-français, une famille est irlandaise et on retrouve un couple mixte. (Arthur Clément, un manufacturier canadien-français de 30 ans, se dit Luthérien : son épouse qui a 25 ans, Florence, est originaire d’Allemagne.) Ces locataires appartiennent à la classe moyenne et la plupart sont dans la trentaine. Les commerçants et les professionnels dominent; quatre ménages ont des servantes qui vivent sur place et la grande majorité des couples n’ont pas d’enfant. Une famille catholiques irlandaise, les Tansey, forme l’exception à la règle : les six enfants du couple, dont plusieurs sont adultes, vivent dans l’appartement et on y retrouve même un gendre !

Le recensement de 1921 témoigne de la rapide évolution du Mile End pendant cette période. Avec le deuxième immeuble reconstruit, le recenseur compte 31 ménages. On y retrouve encore 16 anglophones, mais, alors qu’ils étaient complètement absents en 1911, s’ajoutent 10 familles juives. Deux ménages canadiens-français, deux d’origine italienne et une famille française viennent compléter ce portrait. Ce dernier cas est intéressant : Zélia Mailly règne en matriarche, à 85 ans, sur trois de ses enfants célibataires, Marie, Auguste et Albert, qui sont pourtant âgés respectivement de 56, 50 et 42 ans. Marie est professeur de français, Auguste est typographe et Albert est « assistant », sans autre précision. Tout ce que le recensement permet d’apprendre sur leur migration, c’est qu’alors que leur mère vient de France, les enfants, eux, sont nés aux États-Unis. Tous ces locataires appartiennent encore très majoritairement à la classe moyenne, puisque la plupart des chefs de famille se disent manufacturier, marchand, gérant, ou encore rentier. On dénombre 6 servantes qui vivent sur place.

Mais le ménage le plus original est sûrement celui des sœurs Bradshaw, âgées de 26 et 24 ans : leur appartement constitue une véritable sororité ! Elles hébergent 5 logeuses, toutes célibataires, âgées entre 19 et 29 ans, et toutes sténographes, sauf une, qui est institutrice.


Recherche et rédaction : Yves Desjardins

Dictionnaire historique du Plateau Mont-RoyalExtrait (augmenté) du Dictionnaire historique du Plateau Mont-Royal (Écosociété, 2017) avec l’aimable autorisation de l’éditeur

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